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En décembre 2005, le journal Congo Vision publia la liste de quelques dizaines d’hommes (et femmes) politiques ‘possibles’ candidats à la présidence. Avec leur ‘forces’ (préparation universitaire, grande expérience dans la gestion des affaires, discrétion, courage, entrées dans les milieux internationaux, sérieux, etc). Et leur ‘faiblesses’ (aventurisme, inexpérience politique, passé douteux, massacres, magouilles financières, opportunisme, etc.). La notion de force revêt des significations et des interprétations variées. Quelque soit le sens qu’on lui accorderait, la force fait penser à l’énergie, au dynamisme initial en l’homme, au courage, mêlé parfois à la brutalité.
D’habitude la force fait penser à la virilité physique. Les gens, surtout les jeunes, admirent plus facilement toute personne de belle carrure. Celui qui est pourvu de muscles marqués et puissants inspire la peur aux faibles. La gazelle timide craint le lion même de loin. L’homme fort est, généralement parlant, celui qui, comptant sur sa constitution physique solide, s’engage dans la réalisation d’une action sans craindre le moindre danger ou obstacle qui pourrait se présenter. Les philosophes du 18è et du 19è siècles ont exalté la notion de force. Le philosophe allemand F. Nietzsche considérait comme vraie force celle qui se traduit par la volonté de puissance ou de domination. Le ‘surhomme’ est le modèle de l’homme fort dans la mesure où il impose sa puissance sur autrui, qui est le faible ou l’homme raté. «Qu’est-ce qui est bon? - écrivait-il - Tout ce qui exalte en l’homme le sentiment de puissance, la volonté de puissance, la puissance elle-même. Qu’est-ce qui est mauvais? Tout ce qui a racine dans la faiblesse».
Partout et toujours Cette conception est particulièrement manifeste dans les relations interpersonnelles et les rapports des groupes sociaux. Les sociétés comptant sur leur production ou possession d’armes peuvent s’imposer sur ceux qui ne les détiennent pas. Semer la terreur ou faire la rébellion pour s’emparer du pouvoir au moyen d’armes lourdes ou légères, pour les hommes de tous les temps, est un signe de force. Toutefois, la force brutale conduit généralement à l’arrogance orgueilleuse, qui à son tour se traduit par des exploits spectaculaires. Le langage politique est extrêmement génial dans la création de termes qui justifient la force comme nécessaire, urgente, la seule solution, et même providentielle. Staline, qu’on appelait ‘homme d’acier’, aurait répondu cyniquement au ministre français Pierre Laval, en visite à Moscou et qui lui demandait de faire un geste favorable envers le Vatican: «Le pape! Combien de divisions a-t-il?» Le premier président de la Guinée Conakry, Sekou Touré, aimait être appelé Sily (éléphant), symbole de la ‘force’. Sily étaient aussi la monnaie et l’équipe nationale de football. Lorsque dans la nuit du 24-25 novembre 1965, Mobutu limogea le Président Joseph Kasavubu et le Premier Ministre Patrice-Emery Lumumba et interdit les activités des partis politiques et le droit de grève, nombreux furent ceux qui expliquèrent tout cela comme un ‘geste de force’ dont on avait besoin. Certains chefs d’Etat africains, aujourd’hui considérés comme étant les «sages» du continent, avaient à leurs débuts conduit leurs différents pays avec une grande brutalité, qu’on faisait passer pour une «force» nécessaire pour assurer la paix et le progrès. Un leader superlativement fort fut sans aucun doute Idi Amin Dada, qui se permettait de défier d’autres présidents à un combat de boxe. Son ancien ministre de la Santé, Henry Kyemba, en exil en Angleterre, publia un livre qui confirmait l’image truculente du dictateur ougandais. Il aimait dire: ”Je me nourris du sang de mes ennemis pour devenir plus fort”! Pis encore, en 1976, l’université Makerere de Kampala lui attribua des titres honorifiques à la fin de son mandat à la tête de l’Organisation de l’Unité Africaine! «Le sida est un virus paisible. Si vous restez propre, il n’y a pas de problème. Le paludisme n’est pas dangereux, sauf si quelqu’un d’infecté est piqué et que c’est transmis. Le sida et le paludisme sont les forces de Dieu défendant l’Afrique», aurait dit Kadhafi (Jeune Afrique n° 2219). Les coups de canon qui déstabilisent toute une région dans l’Est de la RDCongo et mettent en fuite un demi million d’individus? Ne vous en faites pas, ce sont des «frappes chirurgicales» expliquent les meneurs de la guérilla, des «initiatives» en vue de protéger avec «fermeté» les droits des populations! (Rapport NU 2005). Ou plutôt, ne sont-ils ‘Les nouveaux prédateurs’ dont parle l’ouvrage bien documenté de la journaliste Colette Braeckman: des animaux qui se nourrissent de rapines, des pillards pour qui les ressources d’un pays sont à prendre «par le mieux armé, le plus rapide, le plus proche»?
La force, c’est quoi alors? Est-ce qu’il y aurait un autre chemin capable de mettre un terme à tous les coups de force dont regorge notre histoire? Dans un récit magistral, la Bible nous offre un exemple d’une force arrogante et stupide (Goliath) face à une faiblesse (David) s’appuyant sur l’intelligence et la confiance en Dieu . Goliath mesurait plus de deux mètres. Homme de guerre depuis sa jeunesse, ses menaces belliqueuses donnaient des frissons dans le dos aux soldats de l’armée israélite. Il surgissait à la vue d’Israël comme une montagne de chair équipée de technologie de guerre. L’armure de bronze qu’il portait pesait quelque 40 kilos et la pointe de fer de sa lance, à elle seule pas moins de sept kilos. Le jeune David décida d’affronter ce colosse au cours d’un combat, humainement parlant, perdu d’avance. «David frappa le Philistin au front, la pierre s’enfonça dans son front et le Philistin tomba face contre terre. C’est ainsi que David triompha de Goliath avec la fronde et la pierre» (1 Sam 17, 49-50). Une victoire qui montre que la seule force physique ou militaire n’a pas toujours le dernier mot. Dans l’agir humain, il ne faut pas trop vanter la robustesse physique ou l’orgueil des guerriers, mais plutôt la prudence et la patience, dit le livre des Proverbes: «Mieux vaut un homme sage que fort, un homme de science qu’un vigoureux gaillard» (Prov. 24,5-6). «Mieux vaut un homme patient qu’un preneur de ville» (Prov.16,32). La force peut être individuelle ou collective. Individuelle, elle sert à l’homme non seulement pour faire face aux situations dramatiques et pour vaincre les dangers, mais aussi pour former sa personnalité. Elle l’aide à faire face consciencieusement et pleinement à tous ses devoirs quotidiens. Collective, elle doit répondre aux critères fixés par les constitutions de chaque pays. La nouvelle constitution de la RDC assigne des bornes bien précises à l’emploi de la force, en affirmant, par exemple, que police, armée, forces de l’ordre «sont au service de la nation toute entière. Nul ne peut, sous peine de haute trahison, les détourner à ses fins propres. Elles sont apolitiques et soumises à l’autorité civile» (Art. 187-188). «Elles participent à la protection des personnes et de leurs biens notamment. Nul ne peut, sous peine de haute trahison, organiser des formations militaires, para-militaires ou des milices privées, ni entretenir une jeunesse armée» (Art 190). Voilà des normes appropriés pour bien gérer la force! Et pour éviter; disait Jean-Paul II, «la tentation de recourir au droit de la force plutôt qu’à la force du droit».
Godefroid Manunga-Lukokisa, SVD |
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