
|
J. Basile Mavungu Khoto, prêtre du diocèse de Boma (RDC), prépare actuellement une thèse de doctorat en théologie biblique à Rome. Il vient de publier un commentaire (37 pages) au célèbre texte de la lettre de S. Paul aux Romains 13,1-7, sur l’action politique.
Pourquoi avez-vous choisi un titre pareil? C’est la lecture du texte paulinien qui me l’a inspiré. J’ai voulu tout simplement rappeler un principe fondamental de l’action politique: le service du bien commun. Je suis de ceux qui croient que les politiciens figurent parmi les principaux responsables des tristes événements qui endeuillent l’Afrique et que si leurs discours, leurs tables rondes, leurs accords, les décrets et leurs lois ne sont pas suivis par un engagement réel pour le développement harmonieux des territoires sous leurs juridictions, c’est entre autres parce que plusieurs d’entre eux restent prisonniers d’une conception du pouvoir au service des intérêts personnels.
Avec quels résultats? Généralement, c’est le pouvoir pour le pouvoir, le pouvoir pour la gloriole, le pouvoir pour dominer et exploiter, le pouvoir pour s’enrichir et promouvoir les siens seuls. Ce qui produit les dictateurs, les guerriers sanguinaires, les opportunistes et les valets des puissances étrangères.
Vous trouvez que la vision que Paul avait de la société et du rðle du pouvoir reste toujours actuelle? Oui, elle peut éclairer et guider les chrétiens et les hommes de bonne volonté dans leurs choix et leurs comportements politiques. Elle encourage les citoyens à se soumettre aux autorités civiles en charge, étant donné que tout pouvoir vient de Dieu. Au cours de l’histoire, l’usage qu’on a fait de ce passage assez ardu n’a pas toujours été orthodoxe. Même des bavures contre la dignité humaine ont été justifiées par l’exhortation à se soumettre aux chefs.
Ce que Paul exigeait de ses lecteurs à l’égard de ceux qui les gouvernent, est valide aussi aujourd’hui? L’épître aux Romains date des années 57-58. Il est certain qu’il n’était pas aisé pour les chrétiens d’obéir à un pouvoir étranger d’autant plus que empereur, sénateurs, gouverneurs, magistrats étaient tous des païens. Appelés à la liberté des enfants de Dieu, citoyens d’un royaume qui n’est pas de ce monde, les chrétiens pouvaient être tentés de ne pas se soumettre à un pouvoir idolâtre, hostile au vrai Dieu et à l’évangile. Par le texte en question, il y a tout lieu de croire que Paul a voulu résoudre un problème qui n’était pas seulement pratique, mais aussi théologique: concilier l’obéissance due au Seigneur avec l’obéissance aux organes que se donne la société politique.
Quelles sont les idées-force qu’on peut retenir dans le message de Paul? Il y en a trois. D’abord, celle-ci: Dieu, dans son projet, a donné à tout pouvoir une place et une fonction en vue d’une gestion ordonnée de la société. Les hommes sont libres dans le choix de leurs chefs, mais ces chefs ont une fonction en rapport avec ce que veut Dieu. Ils ne peuvent faire ce qu’ils veulent. La deuxième. Le pouvoir civil est un ministère, un service. Selon Paul, le pouvoir n’a de sens et de raison d’être que par sa fonction de service du bien. L’autorité indique la direction du bien commun à poursuivre et punit le mal commis par des malfaiteurs individualistes . Et finalement: c’est une soumission dans la liberté et la responsabilité. Paul est de l’avis que ce sont les malfaiteurs qui, par peur d’être punis, se soumettent à l’autorité. Ils vivent dans la crainte. Paul exhorte ses lecteurs chrétiens: ce n’est ni la peur, ni la servilité, mais notre foi qui nous demande de nous soumettre en responsables.
Est-ce qu’on pourrait trouver dans ce texte une certaine préférence pour une forme de l’État? Paul ne propose aucun régime politique ou économique qui revendiquerait a priori de correspondre le mieux aux exigences du bien. Dieu laisse les hommes libres d’assumer leur propre destin. Ce sont des hommes et des circonstances des temps et des lieux qui donnent le contenu et la valeur aux régimes qu’ìls se choisissent.
Le chrétien devrait-il choisir quel genre de responsable? Des hommes dont les projets de société sont animés par l’amour de Dieu et du prochain, des hommes qui ne viennent pas servir leurs propres intérêts personnels ou collectifs, mais le bien commun. Des malfaiteurs de longue date ne peuvent prétendre guider la société vers le ‘bien’.
Et si les chefs qu’on a sortent des bornes que leur assignent l’ordre et la volonté de Dieu, que doit faire le chrétien? Tyrannie, dictature, totalitarisme, exploitation, violation des droits de l’homme ne peuvent revendiquer une légitimité sur le plan de la foi.. Le chrétien a droit à la résistance, dans le respect de l’enseignement évangélique de la non-violence et de la correction fraternelle. Ae
|
|
Les politiciens… pour quoi faire? |