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Il y a quelques mois, le pape Benoît XVI commentait une lettre de Saint Clément III (92-99), successeur de Saint Pierre à Rome, en offrant des indications sur le comportement des chrétiens devant le pouvoir en place. Le pape présente des aspects de la vision chrétienne qu’il faut réaffirmer sans ambiguïtés dans notre temps. D’abord, dit-il, l’Église reconnaît l’autonomie de l’État et veut promouvoir dans la conscience des croyants des sentiments

et des attitudes de respect et de collaboration. L’Église n’a pas de prétentions de diriger un pays. Elle est une communauté religieuse. Une distinction d’une importance extrême, qui nous permet de comprendre le chemin parcouru jusqu’ici, les erreurs commises d’un côté

et de l’autre, fruits souvent d’ambitions et de disputes infinies sur la nature du pouvoir et sur le droit à avoir le dernier mot. L’histoire de l’Église est là pour montrer combien de fois derrière les disputes religieuses se cachaient des visées bien terrestres. Et cela peut arriver aussi de nos jours. L’Église, c’est le deuxième point, s’oppose également à la déification de l’État et des institutions politiques: la liberté de conscience, la liberté religieuse sont des biens qu’aucun pouvoir politique n’a le droit d’ignorer ou de dominer. «César n’est pas tout. Il y a une autre souveraineté dont l’origine et l’essence ne sont pas de ce monde, mais d’en haut: c’est la vérité, qui a droit à être écoutée», dit le pape.

Clément est l’auteur d’une prière extraordinairement belle, dans laquelle il loue et rend grâce à Dieu pour sa merveilleuse providence d’amour, qui a créé le monde et continue à le sauver et à le sanctifier. Il prie aussi pour les gouvernants. Au lendemain de la persécution, les chrétiens, bien conscients que les persécutions allaient se poursuivre, ne cessent de prier aussi pour les autorités qui les avaient condamnés injustement. Le motif s’inspire avant tout de l’évangile: il faut prier pour les persécuteurs, comme le fit Jésus sur la croix. «Mais cette prière contient également un enseignement qui guide, le long des siècles, l’attitude des chrétiens à l’égard de la politique et de l’État. En priant pour les autorités, Clément reconnaît la légitimité des institutions politiques dans l’ordre établi par Dieu; dans le même temps,

il manifeste la préoccupation que les autorités soient dociles à Dieu et «exercent le pouvoir que Dieu leur a donné dans la paix et la mansuétude».

Afriquespoir célèbre cette année le 10è anniversaire de son existence. Son titre répondait

au besoin qu’on ressentait, à ce moment-là, de souligner davantage l’importance de cette vertu. Cela était si vrai qu’un jour un monsieur, après avoir feuilleté le premier numéro, s’exclama: «En voyant tout ce qui arrive à notre pays et au continent, vous auriez mieux fait de l’appeler Afrique - désespoir»! C’était l’écho de ce que le feu archevêque de Yaoundé,

le card. Zoa, avait écrit à propos de l’«Afrique dérobée et blessée, abandonnée au bord de

la route». Aux gens trop souvent résignés aux souffrances et aux injustices que connaissent nos sociétés, les Évêques de la CERAO (Conférences épiscopales des Pays de l’Afrique de l’Ouest francophone) disaient déjà en 1995: «La tentation de tomber dans un état de pessimisme est en train de se diffuser parmi les gens; ils se sentent découragés par le fait que les nouvelles expériences fragiles sont en train de perdre le support nécessaire pour établir un système politique stable et bien balancé, nécessaire pour consolider la démocratie». Eh bien, depuis dix ans ce magazine fait de son mieux pour partager

une vision positive et concrète de notre monde et de ses problèmes. Et d’imaginer

des pistes de solution. L’invitation du Maître à ses disciples: «N’ayez pas peur»,

n’a rien perdu de son actualité.

Ae

Depuis dix ans

Éditorial