
|
Y a-t-il inflation ? D’accord! A qui la faute ? Aux pays occidentaux et riches, ainsi qu’à leurs institutions internationales ? Oui, il y a du vrai, mais toute la vérité ne se concentre pas que là ! Aux responsables à la tête de chaque pays ou d’un ensemble de pays en crise ? Assurément! Mais il y a plus encore : dans tous les cas, il ne manque pas de mains cachées pour agiter le spectre de la désorganisation monétaire pour en tirer d’énormes profits. Des mains qui appartiennent presque toujours aux gens qui sont au pouvoir et à leurs complices de l’extérieur et de l’intérieur.
Hausse généralisée et continue des prix. Voilà ce que le mot ‘inflation‘ signifie. C’est au Zimbabwe de connaître maintenant ce phénomène qui, dans les décennies passées a fait rage dans d’autres pays africains (Angola, Mozambique, RD Congo etc). A l’indépendance, en 1980, la valeur d’un dollar zimbabwéen dépassait celle d’un dollar américain. Petit à petit, ce rapport commença à dégringoler. Dix ans plus tard, pour 1 dollar américain, on vous donnait 250 dollars zimbabwéens. En 1998, l’inflation était de 32%; l’année suivante, 59%; en 2002, 208% ; en 2006, 1.281%. Un nouveau record de cette inflation galopante venait d’être battu en janvier 2007 à 1.593%. En septembre 2007, un dollar américain valait, officiellement, 30.000 dollars zimbabwéens: au marché noir, 250.000. Un mois plus tard, 300.000. La planche à billets tourne follement: la Banque centrale du Zimbabwe a introduit un nouveau billet de banque, imprimée sur une seule face, d’une valeur de 200.000 dollars zimbabwéens, les petites coupures étant devenues inutiles du fait de l’hyperinflation qui affecte l’économie du pays et qui est en train de battre des records mondiaux. Ce nouveau billet est coté à 800 dollars américains au taux officiel, mais seulement un dollar américain sur le marché parallèle. Il y a un an, ont été également supprimés trois zéros de la monnaie pour soulager les Zimbabwéens, contraints de faire leurs courses avec des sacs remplis de billets. En février 2007, le gouvernement admit qu’il avait imprimé 21 trillions de dollars zim, afin d’acheter les dollars américains nécessaires pour payer les arriérées de sa dette accumulée auprès des instances financières internationales. Les autorités font de leur mieux pour expliquer, éclairer, justifier cet état de choses. On limoge le ministre des finances, on accuse les banques et les opérateurs du change, les anciens colonisateurs, les opposants politiques etc. Tout est en train de devenir impossible pour beaucoup de gens: pain, margarine, viande. Un rouleau de papier hygiénique coûte 145.000 dollars zim. Les experts affirment qu’on peut comparer l’inflation zimbabwéenne à celle de l’Allemagne en 1923, lorsque les prix quadruplaient chaque mois: au Zimbabwe les prix doublent tous les trois ou quatre mois. Entre temps, le taux de chômage dépasse les 70 % de la population active. Les Nations Unies. estiment que l’espérance de vie des Zimbabwéens est la plus basse au monde: 40 ans. Qu’est-ce qu’on doit faire si on a un peu d’argent «Ne le garde pas. Si tu as besoin de quelque chose et tu as de l’argent, achète-le. Si tu as de l’argent, dépense-le aujourd’hui, demain tu auras perdu le 5%», c’est le conseil donné par des sages. Hélas, du déjà vu. Et surtout, vite oublié. En Angola, fin années 80, un enseignant disait: «Ne me demandez surtout pas comment les gens font pour survivre! L’inflation est démentielle: on est passé au Kwanza Réajusté, on a tiré 3 zéros à l’ancienne monnaie qui s’appelle nouveau kwanza. Une bière en boîte vaut 40.000 Kwanzas Réajustés, le dollar est à 250.000 KR, 200.000 il y a une semaine. Le salaire annuel d’une infirmière ou d’un professeur est de 900.000 KR (5 U$ environ!) Le petit tas de 3 ou 4 oignons au marché de Luanda est de 300.000 KR, en proche province 200.000 KR. A l’intérieur, les paysans sont littéralement pillés par les troupes et la police, des deux côtés, gouvernement comme Unita, à tel point que la plupart du temps, ils ne réussissent pas à récupérer la semence des trop rares graines distribuées l’an dernier».Le Ghana a connu le bien triste parcours de l’ajustement. Après avoir quitté la zone sterling, et faisant face à une crise des échanges, le pays vit, vers le milieu des années 1970, la valeur parallèle de sa monnaie, le cédi, tomber à 60% sous sa valeur officielle par rapport au franc CFA. Après une décennie de gestion économique désastreuse et corrompue, ayant réduit le secteur formel à une peau de chagrin, les années 1980 s’ouvrirent avec deux chocs majeurs qui allaient enfoncer l’économie dans un déclin déjà profond : une forte sécheresse et l’expulsion puis le rapatriement d’un million de Ghanéens du Nigeria. La conjoncture internationale, marquée par la chute du cours du cacao et la montée du prix du pétrole, aggrava la crise interne: entre 1980 et 1982, les termes d’échange se détorièrent de 50%! Avec un taux d’inflation s’élevant, en 1983, à 123%, le pouvoir d’achat se réduit pour les salariés au dixième de ce qu’il était dix ans auparavant. Les réserves de devises étaient tombées si bas que les importations de base, nécessaires pour faire tourner les usines existantes, avaient été interrompues. L’industrie était au point mort, les infrastructures routières et ferroviaires hors d’usage. Une part importante des exportations était engloutie par la contrebande. Les villes étaient frappées par de terribles pénuries, les boutiques étaient vides, même les productions vivrières nationales faisaient défaut sur les marchés. C’est d’une économie totalement délabrée que le capitaine Rawlings s’empare en 1981. Pour éviter un effondrement total, il va, deux ans plus tard et malgré un discours très volontariste tenu contre le capitalisme international et ses méfaits, se tourner vers les institutions de Washington, ravies de l’aubaine.
En faillite Des décennies de gestion douteuse et de pillage des ressources du Zaïre provoquèrent, au début des années 1990, l’écroulement du système économique. Les taux d’inflation très élevés - dont les pics de 4.651 % et 9.796 % atteints en 1993 et 1994 - étaient accompagnés ou provoqués par des dévaluations et des dépréciations criantes de la monnaie nationale. En octobre 1993 fut créé le nouveau zaïre, qui valait 3 millions de zaïres anciens, environ l’équivalent d’un dollar US. Les prix dans les magasins changeaient plusieurs fois par jour. Un ticket d’avion Kinshasa-Isiro, par exemple, au lieu de 300 dollars revenait à 900 millions de nouveaux zaïres! La monnaie nationale était devenue une «monnaie qui brûle les poches», c’est-à-dire que l’on avait du mal à conserver longtemps, dans la crainte de voir s’évaporer son pouvoir d’achat, vu l’évolution de l’inflation. La course au dollar était devenue le sport national le plus pratiqué. A la corruption du pouvoir politique et à sa mainmise sur l’économie pour en détourner les profits, la population répondait en pratiquant l’économie souterraine, estimée à trois fois le montant officiel du PIB. En 1994, la Banque Mondiale décrivait en ces termes la situation économique au Zaïre, où «Le volume global de l’économie est retombé au niveau de 1958, alors que dans le même temps le nombre d’habitants s’est vu multiplié par 2,9. La confusion qui règne au niveau des finances publiques est totale. L’Etat est insolvable; la plupart des entreprises et institutions financières lui appartenant sont de facto en faillite. Le nombre d’enfants inscrits dans les écoles primaires est passé de 95% en 1972-73 à 77% en 1986-87 et devrait tomber à 50% en l’an 2000 si des mesures énergiques ne seront pas prises. Les écoles, lorsqu’elles sont effectivement ouvertes, fonctionnent dans des conditions déplorables, sans manuels ni matériel pédagogique; les élèves doivent même souvent s’asseoir à même le sol, les pupitres ayant été emportés par des pillards. Les conditions sanitaires se sont détériorées, faute de financement adéquat et suffisant. En 1986, le gouvernement ne couvrait que 5% des frais généraux du secteur santé, contre 50% ou plus dans la plupart des pays de l’Afrique sub-saharienne». (Rapport de la B.M.).
Le système D Dernier exemple. Le 11 janvier 1994, les 14 pays rattachés depuis 1948 au franc français par une parité fixe, dévaluent le CFA de 50% et les Comores du tiers. Une mesure présentée comme nécessaire et salutaire par la grande finance internationale, mais qui affectera très fortement le pouvoir d’achat de leurs populations. Du jour au lendemain, les prix à la consommation passent du simple au double. Pour une valeur monétaire réduite de moitié, le même produit au même prix devenait subitement inaccessible. Cette situation a ravivé le système D (débrouillardise) qui a permis aux populations de s’en sortir, face à un État absent dans l’accompagnement des mesures d’assistance aux citoyens. La corruption s’est répandue à tous les niveaux parce que les salaires n’ont pas augmenté alors que le marché a été «réévalué». Le pouvoir d’achat des consommateurs a largement été entamé et la seule réponse des autorités politiques a été un silence gêné face à la tentation des travailleurs de chercher par tous les moyens «à arrondir leurs fins de mois». Enfin, rien de nouveau sous notre soleil! Patrick Monzemu Moleli |
|
Des brouettes d’argent |