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«Ensemble on est forts. Divisés, nous devenons complices des conflits. Le témoignage commun s’impose, ainsi que le dialogue». Des consignes qui tout en indiquant le chemin à parcourir, reflètent aussi la présence de divisions anciennes ou nouvelles, provoquées par des groupes assurant que Dieu n’est que de leur côté.
Le rassemblement œcuménique européen à Sibiu, Roumanie, en septembre dernier, peut être considéré comme un événement majeur de l’année 2007 sur le chemin de l’œcuménisme. Dans un message aux 2.000 délégués représentant les Églises chrétiennes européennes, orthodoxes, protestantes, anglicanes et catholiques, le pape Benoît XVI a souligné l’importance de deux aspects suivants: «L’engagement à poursuivre le chemin vers l’unité visible est une condition indispensable pour livrer un témoignage «crédible» à l’Europe et au monde. Vis-à-vis des difficultés réelles «notre confiance - écrit le pape - en l’énergie transformatrice de la lumière du Christ est plus forte que la nuit de la résignation, du fatalisme, de la peur et de l’indifférence».
Des responsabilités «A cause de nos divisions, nous avons assombri la lumière de Jésus Christ pour de nombreuses personnes et avons rendu la réalité de Jésus Christ peu crédible - a dit dans son intervention le représentant du pape, le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens. - Nos divisions - et l’histoire en est la démonstration - sont coresponsables des divisions présentes en Europe et de la sécularisation de ce continent». Le poids des divisions héritées du passé pèse lourdement sur les relations et affaiblit le témoignage qu’on est appelé à donner. Tout cela, Benoît XVI avait déjà exprimé dans son entretien avec la télévision de Bavière en août 2006: «Naturellement, il faut ensuite témoigner Dieu dans un monde qui a du mal à le trouver et rendre visible Dieu dans le visage humain de Jésus Christ, et offrir aux hommes l’accès à ces sources sans lesquelles la morale devient stérile, perd ses repères, et aussi apporter la joie pour que nous ne soyons pas isolés en ce monde. Ce n’est qu’ainsi que peut naître la joie devant la grandeur de l’homme, qui n’est pas un produit raté de l’évolution, mais l’image de Dieu». Nos divisions «sont coresponsables des doutes que beaucoup éprouvent à l’égard de l’Église, et de leur mise en discussion. Face à cette situation que vivent nos Églises, nous ne pouvons vraiment pas nous estimer contents de nous, et ne pouvons continuer à aller de l’avant comme si de rien n’était. Aujourd’hui, l’Europe court le risque non seulement de trahir ses propres idéaux, mais surtout de les oublier tout à fait banalement. Ce n’est pas l’opposition athée qui constitue le danger majeur mais plutôt l’oubli de Dieu, qui passe tout simplement au-dessus des préceptes de Dieu, l’indifférence, la superficialité, l’individualisme et le manque de disponibilité à s’engager pour le bien commun et à se sacrifier pour cela» (card. Kasper).
Nous rejetons la guerre Un portrait sévère, mais réaliste. Les problèmes défiant le vieux continent sont multiples. Entre autres: l’arrivée des masses de migrants, les questions éthiques que les progrès de la science posent continuellement, la sauvegarde de la planète, la toute-puissance des moyens de communication, les divisions historiques à dépasser pour bâtir un continent uni, etc. Les dernières recommandations du document de Sibiu concernent l’engagement des chrétiens pour la paix, la justice et la protection de la création. «Nous rejetons la guerre comme instrument pour la résolution des conflits et nous promouvons les moyens non-violents pour la résolution des conflits. Nous nous sentons concernés par le réarmement militaire. La violence et le terrorisme au nom de la religion constituent un déni de la religion».
De nouvelles discussions Une énième polémique a semblé troubler l’effort œcuménique ces derniers mois, accompagnée d’amertume. En juillet 2007, la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi avait publié un document destiné à préciser quelques points controversés de la doctrine relative à l’Église, avec la conclusion qu’on ne peut pas avoir de l’Église n’importe quelle idée, si on l’aime. Résultat: de nouvelles discussions, à l’intérieur même et à l’extérieur de l’Église catholique. Le cardinal Jean-Pierre Ricard, président de la Conférence des évêques de France et membre de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a expliqué qu’à la question ‘mais où est aujourd’hui l’Église voulue par le Christ?’, un certain nombre de nos contemporains, parfois des théologiens, répondent de façons diverses: l’Église n’est nulle part; les Églises historiques ont trahi le projet initial du Christ; dans une Église mystique dont les différentes Églises seraient aujourd’hui autant de facettes; dans chacune des Églises historiques qui cheminent vers l’unité; dans une Église eschatologique qui viendra à la fin des temps. «Ces positions manifestent toutes un certain scepticisme sur la poursuite du dessein du Christ dans l’histoire des hommes. Or, la théologie catholique vient dire: non, nous ne sommes pas condamnés au doute ou à l’incertitude; il y a un lieu où ce projet du Christ peut être rencontré et expérimenté, c’est dans l’Église catholique». Ce n’est pas une condamnation des autres Églises. Le Concile avait d’ailleurs affirmé que « naturellement » cela a blessé beaucoup de personnes - a déploré le cardinal Kasper - en particulier beaucoup de mes frères et des mes sœurs protestants. Je ne suis pas insensible à cela; à moi aussi, il a créé des problèmes. Les blessures et les douleurs de mes amis sont aussi les miennes. Il n’était pas dans notre intention de blesser ou de rabaisser qui que ce soit», a-t-il admis. «Nous voulions rendre témoignage à la Vérité, comme nous attendons que d’autres Églises le fassent, et comme certaines le font déjà», a-t-il ensuite souligné. Ceci étant, a poursuivi le cardinal Kasper, ce document souligne également que «Jésus Christ, par son pouvoir salvifique, est également présent dans les Églises et dans les communautés ecclésiales qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église catholique».
Le dégel Pour Mgr Farrell, Secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, le dialogue œcuménique est une nécessité urgente pour les catholiques et les non catholiques: «Quand les ‘réponses’ nous rappellent qu’à cause de la division entre les chrétiens, l’universalité de l’Église n’est pas pleinement réalisée dans l’histoire, elles indiquent un travail non achevé qui ne peut être ni négligé ni reporté... Loin d’éprouver un sentiment d’autosuffisance, les catholiques doivent sentir que cette situation d’inachèvement, liée à cette division et à cette séparation, est une tragédie aussi pour eux. Elle rend d’autant plus ardue la possibilité d’offrir un témoignage convainquant, pour que le monde croie». Benoît XVI a placé l’oecuménisme au coeur des priorités de son pontificat. Au mois d’octobre dernier, des représentants orthodoxes et catholiques - Commission internationale pour le dialogue théologique - se sont rencontrés à Ravenne (Italie). Ils ont signé un ‘Document’ qui représente un progrès significatif dans le dialogue, préparant la future discussion sur le primat du pape. Sauf le Patriarcat de Moscou. Le dégel dans les rapports entre Rome et Moscou constitue un grand signe d’espérance. Le ‘froid’ entre l’Église orthodoxe de Moscou et l’Église catholique est moins rude qu’avant, comme l’affirmait tout récemment le métropolite orthodoxe de Moscou. Il a assuré que, par exemple, l’ordination épiscopale de Mgr Paolo Pezzi, nouvel archevêque du diocèse catholique de Moscou, a été un jour de fête pour tous les chrétiens de Russie. «Église catholique et Église orthodoxe russe sont désormais plus conscientes d’être alliées face aux nombreuses problématiques qui interpellent l’humanité», a-t-il dit. Louis Kalonj |
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