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Dans plusieurs pays, le trafic d’organes humains semble prospérer. Notamment aux Philippines. Un commerce qui exploite des pauvres toujours plus désespérés.
Dans beaucoup de pays en voie de développement, principalement dans toutes les villes des Philippines, vous trouverez un bureau de prêteur sur gages. Écrasé par la misère, le pauvre échange ce qu’il possède de plus précieux pour un petit rien. La crise suivante le poussera à la solution finale: vendre ses organes corporels. Le trafic des organes humains est un commerce criminel des plus florissants aux Philippines. Une récente étude faite par l’Université des Philippines (UP) a révélé que près de 3.000 personnes de la banlieue de Manille ont vendu leurs reins pour un prix allant de 1.440$ à 2.469$. Un pauvre homme qui s’était vu payer seulement une partie de la somme promise est parti voir la police. Sa plainte a abouti à l’arrestation en décembre 2006 d’un monsieur faisant commerce d’organes donnés par des pauvres. Un secrétaire du ministère de la santé est arrivé jusqu’au point d’affirmer que désormais le ‘tourisme de la santé’ est l’industrie à venir et que les étrangers devraient payer de 3.000 à 5.000$ pour acheter un rein. Une affirmation scandaleuse car, après tout, le trafic des organes humains est illégal aux Philippines. Seulement la donation volontaire d’un organe est légale et est considérée comme étant un geste de générosité et de sacrifice. Ce sont les Philippins qui ne disposent pas de moyens financiers, et non les étrangers, qui devraient avoir la priorité dans l’accès aux banques d’organes. La vente d’organes de la part des pauvres est le fruit d’une misère accablante. Les pauvres les vendent parce qu’ils n’ont rien d’autre à vendre pour survivre. La plupart sont si faibles et mal nourris que s’ils ne reçoivent pas un traitement médical convenable, ils mourront au cours des semaines qui suivent. Marché des reins, ‘Kidney bazaar’, c’est le titre d’un service consacré par Mail & Guardianonline du 6.août 2007 à ce trafic ignoble. Avec maints exemples. Le Pakistan, où le marché d’organes humains n’est pas illégal, est en train de devenir ‘un marché du foie’. Nombreux sont les étrangers qui s’y rendent à la recherche d’un nouveau rein. Rien qu’à Lahore, il y a 13 centres où l’année dernière, on aurait effectué plus de 2.000 greffes avec des reins achetés. Les patients, surtout venus d’Europe, d’Arabie Saoudite et de l’Inde, paient environ 8.500$ pour un rein. Au donateur, on refile de 300 à 1.000$ et souvent, il ne reçoit aucun traitement de suivi après l’ablation de l’organe.
En Turquie, des étudiants, des jeunes en chômage ainsi que des pères en difficulté envoient des annonces sur internet: ils mettent leurs reins en vente, en indiquant leurs habitudes (boisson, tabac) et le type de leur sang. Des offres vont jusqu’à 38.000$. En Chine, Paul Lee a obtenu son foie d’un condamné à mort exécuté; en Egypte, Karam, a acheté un rein pour sa sœur à 5.300$... Ce n’est pas si rare: un terrible manque d’organes donnés dans les pays riches pousse des gens à chercher en pays pauvres des individus au dernier stade de la maladie pour acheter une dernière chance de vie. L’Organisation Mondiale de la Santé estime que chaque année, on greffe 21.000 foies. Mais les experts du monde médical disent que la demande mondiale annuelle est d’au moins 90.000. C’est pour cette raison qu’on arrive à fabriquer des solutions qui semblent s’inspirer de la piraterie classique. Au banc des accusés, au premier rang la Chine, où l’opération de greffer un foie d’un donateur mort coûte 30.000$ environ. En Chine, en effet, on effectue 20.000 greffes par an: 3.000 sont des greffes de foie, dont 95% proviennent des donateurs morts. La loi admet l’emploi d’organes des condamnés à mort exécutés. Certains hôpitaux sont en relation avec les prisons, surtout là où se préparent des exécutions capitales. La Chine vient d’interdire la vente d’organes humains et a limité les greffes pour les étrangers, en expliquant qu’elle doit d’abord répondre à la demande interne de 2 millions d’organes.
Marché mondial La demande de reins est supérieure à l’offre et cela fait monter les enchères du trafic d’organes et grandir un marché noir qui fait déplacer des ‘touristes de greffes’ des pays riches vers les pays pauvres, vers des populations qui n’ont pas d’autres moyens pour survivre. Organs Watch, une ONG qui lutte contre ce commerce particulier, assure que la liste des pays accueillant ce «tourisme médical» ou «tourisme de transplantations» est longue: Afrique du Sud, Inde, Moldavie, Brésil, Russie… L’Afrique du Sud est devenue l’une des plaques tournantes de la transplantation des reins et des cornées. Milliardaires américains, européens et même des riches hommes d’affaires mauriciens viennent s’y faire remplacer les reins, la cornée, le cœur, dans de discrètes cliniques privées. Un donateur de l’Afrique du Sud reçoit 700$ pour un rein, alors qu’aux États-unis, il n’exige pas moins de 30.000$. Si rien n’est fait, l’Afrique, mais aussi l’Amérique du Sud, l’Inde et la Chine risquent de payer un lourd tribut. 9.000 dollars pour un cadavre frais en Tanzanie et en Zambie. Dans les townships sud-africains, des jeunes gens en bonne santé se disent prêts à vendre un rein pour 300 à 400$. Au Nigeria 4.000$ pour un litre de sang humain. Dans notre continent, le corps humain peut s’acheter en pièces détachées. La demande est forte, soutenue par certains sorciers, amateurs de sacrifices et d’amulettes à base d’organes humains, ainsi que par des centres de transplantations en quête d’organes transférables. De quoi attiser la cupidité des trafiquants qui se montrent de plus en plus déterminés. A Lomé, des dizaines de jeunes femmes et de conducteurs de moto-taxis ont été retrouvés assassinés, vidés de leur sang et mutilés. Les auteurs? Des trafiquants nigérians à la recherche de sang et d’organes, dit-on. Le ministre mozambicain de la Sécurité intérieure a affirmé: «Ce n’est un secret pour personne que le trafic de reins et de cornées existe et nourrit des réseaux de transplantations.» Le même problème préoccupe la Tanzanie, où les crimes suivis de prélèvements d’organes sont de plus en plus fréquents, en particulier le long des frontières avec la Zambie et le Malawi. Les commanditaires seraient des ‘exportateurs d’organes’ qui paient environ 9 000$ par cadavre frais. Et le Mozambique, où les nouvelles d’un trafic international d’organes d’enfants (pour des greffes ou pour des rites magiques) a récemment secoué l’opinion publique.
Il devrait On voit de plus en plus des Africains déterminés à vendre, de leur plein gré, une partie de leur corps contre de l’argent. Même si on n’en est pas encore aux petites annonces dans les journaux, comme cela se voit en Amérique du Sud, les acheteurs ne manquent pas. «Ce phénomène est d’autant plus difficile à combattre qu’il n’y a pas, en Afrique comme dans les autres pays pauvres, de législation spécifique. Certains chefs de famille, accablés par la misère, sont prêts à faire n’importe quoi pour survivre», constate Organs Watch.
Depuis dix ans, l’Organisation mondiale de la Santé a adopté des dispositions très claires: «Le corps humain, en tout ou en partie, ne peut faire l’objet de transactions commerciales. En conséquence, il devrait être interdit d’allouer ou de recevoir un paiement pour des organes. Il devrait être interdit de faire de la publicité autour du besoin ou de la disponibilité d’organes dans le but de demander ou de proposer un paiement». Y. D.(Source :WORLD MISSION,OMS, RFI) Patrick-R. Monzemu Moleli L. |
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