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Il y avait de l’ambiance à tout casser, en cette soirée festive du baptême de son dernier bébé. De quatre puissantes enceintes musicales surélevées aux coins de la parcelle, les tonnerres des décibels leur retombaient dessus en une tornade électronique de cascades mélodieuses, et les notes basses rythmiques vous cognaient au cœur, emprisonnant ses battements: ‘Boumboum-boum Boumboum-boum’. C’était tout physique: envoûtement de tout l’être, détente de l’esprit dégagé qui oublie ses soucis, liesse du corps allégé qui vogue sur les vagues saccadées de l’apaisante ancienne rumba congolaise... C’était merveilleux. Et il était là, Gégé, le père heureux, en train de danser, enlacés l’un à l’autre, sa chère et tendre et lui, ayant largué sur l’orbite de Mars son rang de Dga avec son cortège de préoccupations, noyé dans l’euphorie de la magique salsa colombiana qui a succédé à la rumba de chez nous… Et brusquement tout dégénéra. Le DJ balança une autre musique, génération jeune, celle-là, plutôt endiablée, tenant de la gym plus que de la danse: levant les bras, poussant des cris, lançant la jambe, à gauche, à droite, jusqu’à sautiller, selon les commandements des musiciens, tous les convives VIP avec lui sur la piste de circonstance éclataient de rire, hommes et femmes se marrant de leurs propres pitreries communes. On était à la joie!… Puis, sans s’être annoncé, le ‘philosophe’ en lui reprit le dessus et arrêta tout net Gégé le mélomane emporté: «Tiens! C’est bizarre, non? Pourquoi nous mettons-nous à gigoter ainsi aux commandements de ces jeunes gens dont la musique produit en nous un tel impact et nous prend aux tripes?» C’est que la musique, comme tous les mystères qui façonnent la nature de l’homme et provoquent en lui une éternelle fascination, est une puissance neutre: «de la mathématique appliquée» disait le grec Platon. Mais à son contact, sa magie ‘enthousiasmante’ (du grec: délire sacré qui saisit l’interpretre de la divinité), se produit toujours dans notre corps qui en premier capte ses effluves envahissants, puis subtilement les fait absorber par notre âme qui s’en imbibe comme une éponge - la question du ‘comment’ de tout ce processus n’a jamais eu de réponse depuis que la «musique» a été inventée par la nature... Alors, soit l’âme ‘passe le mur du son’ (oserions-nous dire) et c’est la jubilation (que notre Dga a quelque part trouvée ‘bizarre’), soit que l’âme (c’est dire en cette matière l’importance de nos états d’âme!) en ressent une vive répulsion et ’’ça ne passe pas!‘’... Combien d’africaines et d’africains Noirs rejettent la musique classique comme inutilement bruiteuse, pleine de discordances et ‘sans rythme’ (traduisez: ‘non dansable’… à la mode africaine!).
Tandis que le dimanche, les mêmes préféreront participer à la Messe «latino-française», même s’ils ne comprennent guère le latin. Ils se disent ‘transportés’, ‘enthousiasmés’ par la mélodie grégorienne… Grand mystère que ce goût ou dégoût personnel à l’égard de tel ou tel genre musical, selon notre sensibilité - à géométrie variable d’un individu à l’autre et à l’intérieur même de l’âme personnelle – plus ou moins affinée, plus ou moins raffinée. Éduquer à apprécier la musique dans toutes ses harmoniques culturelles n’entre plus nulle part hélas! dans le programme touffu de la jungle scolaire, moins encore dans la prise en charge de la formation continue des adultes. Et pour cause! L’histoire de la vie des sociétés aujourd’hui roule sur les crêtes économiques et financières du vaste océan qu’est le Village mondial en érection, océan qui produit les intempéries de l’existence communautaire où seront absents ou présents l’équilibre de la vie, la paix sociale, le pouvoir d’achat, la violence sanguinaire des guerres et de l’horreur totale: cette arme de destruction massive qu’est devenu le VIOL, et l’autre violence qui ne dit jamais son nom à travers l’anéantissement mental, moral, spirituel et physique de l’homme pris dans l’étau politique de toutes nos injustices, nos impostures et nos lâchetés… Les musiques du monde traduisent ces moments historiques d’élévation ou d’abaissement de l’humanité. La musique congolaise d’aujourd’hui - un fatras musical, plutôt? - ne ressemble en rien à celle dite de la Belle Époque (’50-’65) et de notre jeunesse nostalgique (’65-’80), période obscure où le peuple, doublement colonisé économiquement, une première puis une seconde fois bien au-delà de la mascarade de l’Indépendance politique, s’assoupissait dans un bien-être factice. C’était une musique plus «puissance neutre» du tout: elle adoucissait vraiment les mœurs et entretenait l’illusion solide du bonheur à atteindre à «l’Objectif 80»! Ignorant comment marchait le monde en dehors de nos frontières, nous avons tous cru que ‘ça allait toujours être ainsi!’ Le réveil a été dur, la désillusion profonde. A temps de troubles, musiques désordonnées, reflet de cette disharmonie historique d’un peuple désaccordé par rapport à lui-même et aux autres cultures. Mais ce cancer musical des orchestres - même religieux - sans art ni talent, aide-t-il à réaliser le rôle noble que l’on pourrait pourtant assigner à la musique puissance neutre: aider à rejoindre l’universel des idéaux de l’Homme Image de Dieu?
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Puissance neutre? |