Zone de Texte: Home page  - Qui est Afriquespoir - Comment avoir Afriquespoir 
Zone de Texte:   Numéros on line

 

En juillet 2003, les Etats membres de l’Union Africaine ont adopté un ‘protocole’ sur les droits de la femme en Afrique. Un document important, qui vise à promouvoir la dignité de la femme et à accroître ses chances de développement intégral. Mais certains articles, notamment le 4 et le 14, posent des problèmes pour «les valeurs de la morale chrétienne et de la culture africaine», affirment les Evêques de l’ACEAC (Association des Conférences Episcopales de l’Afrique Centrale).

Entretien avec l’abbé Léonard Santedi , théologien et secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENC0).

.

 

* Le Protocole de Maputo, a suscité des approbations enthousiastes et des critiques sévères...

A l’heure actuelle, sur les 53 pays membres de l’Union africaine, 9 pays n’ont pas signé le protocole; 20 pays ont signé et ratifié le protocole; 24 pays dont la RD Congo ont signé, mais n’ont pas encore ratifié. Certes, il faut reconnaître qu’il contient beaucoup de visées nettement positives concernant la promotion de la dignité et du développement intégral de la femme. Cependant, à côté de bonnes idées sur la libération de la femme, ce protocole contient également des idées inacceptables du point de vue de la morale chrétienne et même du point de vue de la tradition africaine authentique.

La vie, qui est un don de Dieu et qui est sacrée, doit être protégée. Or, dans certains articles de ce protocole, et surtout dans les articles 4 et 14, la vie est tout simplement considérée comme un contrat qu’on peut conclure et annuler, construire et démolir, aisément. Dans certaines conditions, on peut la garder et dans d’autres, la supprimer. Cette vision des choses est apparentée à ce que les évêques appellent «culture de la mort», qui se répand de plus en plus en Afrique à cause d’une éthique hédoniste.

 

* Pouvez-vous expliciter le contenu des deux articles que vous venez de citer?

Ils traitent respectivement du droit à la vie, à l’intégrité et à la sécurité (art.4) ainsi que du droit à la santé et au contrôle des fonctions de reproduction. (art.14). Suite à l’autorisation de l’avortement médicalisé, en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste etc., le Protocole constitue l’instrument juridique le plus favorable au droit à l’avortement. On ne peut pas être d’accord avec cette philosophie. Pour la bonne raison que la vie est toujours donnée; nous l’accueillons, nous l’acceptons et nous devons chercher à la rendre meilleure.

 

* Le document en question semble justement préoccupé des victimes des violences sexuelles et de la santé des personnes.

Ce n’est pas en supprimant la vie d’un être humain qu’on peut croire résoudre le problème des violences faites aux femmes. Mais c’est en créant les conditions nécessaires pour une vie de justice, de paix et en mettant fin aux guerres, que ces problèmes pourront trouver des solutions.

En effet, on se rend compte que la plupart de cas des viols sont enregistrés là où il y a des conflits. C’est un constat qui vient d’un souci sincère d’aider les victimes de nos guerres absurdes. Mais, on aimerait voir souligner avec beaucoup plus de forces que la doctrine proposant l’avortement, est encouragée par des pays qui n’ont pas honte de vendre les armes à certains groupes.

On doit travailler plutôt pour la paix, la réconciliation et la justice et non pour la solution ayant trait à l’avortement. Et comme la vie appartient à Dieu, qui peut dire d’avance ce que deviendra cet enfant -là qui est né d’un viol? Ceux qui disent que l’Eglise n’a pas de cœur, se trompent. C’est parce que l’Eglise a du cœur, qu’elle tient à arrêter le meurtre.

 

* Que dire des commentaires des gens qui sont considérés comme spécialistes dans le domaine et des conseils des médecins ainsi que de la confiance dans la science qui ne tiennent pas toujours compte du respect de la vie humaine?

Comme le dit le Pape Benoît XVI dans son Encyclique «Spe salvi», la science peut aider l’humanité, mais elle ne rachète pas l’homme. Celui-ci est racheté par l’amour de Dieu. On remplace Dieu par la science, la liberté, le progrès et la raison, mais on ne se rend pas compte que finalement la science ou la raison menée contre Dieu mène à la catastrophe.

La vie n’appartient ni aux médecins, ni aux scientifiques, mais à Dieu, qui la donne et l’enlève. Nous devons aider la femme qui est victime des violences; nous compatissons avec elle et nous prions pour elle; mais tout en respectant la vie qui est en elle.

 

* Quelle est la position du Protocole de Maputo face à la polygamie?

Dans l’article 6, le Protocole traite du mariage, de l’homme et de la femme qui doivent jouir de l’égalité et être considérés comme des partenaires égaux. La monogamie est encouragée comme la meilleure forme du mariage, bien que le mariage polygamique soit accepté par la loi musulmane.

Mais si on accepte le mariage polygamique, pourquoi ne pas accepter aussi le mariage polyandrique, où une femme pourra avoir plusieurs hommes; puisque les deux sont égaux? On voit bien que nous sommes là devant une culture de la jouissance, du plaisir sous couvert de la libération. D’autant plus que, selon les constitutions de nombreux pays, tout comme chez nous, la monogamie est la seule forme de mariage reconnue par l’Etat, bien que la polygamie soit très répandue.

 

* Certains médias ont beaucoup critiqué ce qu’ils appellent ‘rigorisme de l’Eglise’ Qu’en pensez-vous?

Je pense qu’il ne s’agit pas de rigorisme, mais de la défense d’une valeur. Une société ne se construit pas sur ce qu’on appelle exceptions, mais sur les idéaux. C’est comme cela que l’Eglise met l’accent sur les valeurs de fidélité, d’honnêteté, d’amour etc. D’ailleurs, l’Eglise souligne qu’il y a une anthropologie réductionniste qui est sous-jacente à toute l’idéologie du Protocole de Maputo sur le mariage et qui menace le sens même de l’amour. Tout est contrat. Il y a là toute une philosophie qui rejette la donation gratuite. Or, selon notre foi chrétienne, Dieu nous donne la vie et le souffle; le salut nous est donné par Dieu….

 

* Dans l’article 14, il est du droit de la femme d’exercer un contrôle sur sa fécondité et de décider  aussi de l’espacement des naissances, etc. Il s’agit de la politique de la natalité et de la planification familiale. Quoi dire?

La vie est, certes, précieuse, mais on doit la vivre d’une manière intelligente. De toutes les façons, il existe dans notre pays une éducation à la vie, grâce à laquelle une femme peut comprendre le fonctionnement de son corps et de son cycle, afin qu’elle arrive à mieux se comprendre.

Il n’ y a pas une politique de contrainte, mais bien une éducation à la vie, qui doit montrer la gestion de la sexualité. De cette façon, l’enfant ne sera pas une simple conséquence du plaisir de ses parents.

 

* Concernant les démarches de l’Episcopat auprès du Parlement, y a-t-il des propositions concrètes et des choses à changer?

Dans ces articles précités on trouve une prise de position, qui confirme les attentats contre la vie des enfants. Assurément, ces deux articles posent de problème. Et l’Eglise propose leur révision avant la ratification. C’est pourquoi, l’Episcopat congolais fait appel aux dirigeants du pays de ne pas ratifier le Protocole dans sa forme actuelle.

Louis Kalonji

Moleli L.

Des valeurs à sauver