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L’Eglise de la RDCongo se prépare à célébrer «l’Année Isidore Bakanja.»

Elle commencera en août 2008 et se terminera en août 2009.

Par sa fidélité aux engagements du baptême, à l’amour du travail bien fait et au sens du pardon, Bakanja (mort le 15.08.1909, béatifié par Jean Paul II le 24.04.1994) reste un modèle pour tout chrétien désireux de se conformer aux exigences de l’évangile dans un monde où l’argent et la violence prétendent avoir toujours le dernier mot.

 

Il n’a pas cru si bien dire, le Pape Jean Paul II, quand on se remémore la vie d’Isidore Bakanja, cet ouvrier de la dernière classe (nègre, aide-maçon, domestique) au service d’un tout-puissant Blanc, à l’orée de la colonisation. Ce jeune chrétien a osé braver la dictature d’un anticlérical qui se permettait tous les abus. Il s’est montré un modèle dans la résistance pacifique au pouvoir en place. Voilà un fait qui n’arrivait pas tous les jours dans le temps et dans l’espace.

 

Modèle de résistance

Il y a de cela 14 ans, Jean Paul II procédait à la béatification de Bakanja Isidore, le 24 avril 1994. Il est de notre devoir de nous rappeler de ce chrétien laïc qui a témoigné sa foi en Jésus Christ d’une manière courageuse devant son patron blanc, Van Cauter, surnommé Longange, dans un contexte historique et social différent de celui d’aujourd’hui. Et de se demander quel pourrait être aujourd’hui le message du martyre de ce jeune chrétien congolais, qui n’était ni un théologien, ni un citadin, ni un responsable de communauté. Il n’était qu’un aide-maçon et un domestique.

Le Bienheureux Bakanja Isidore, fils de Iyonzwa et de Inyuka, a vu le jour vers 1885 à Bokandela-Mbilankama, dans la province de l’Equateur, République Démocratique du Congo. Il appartient à la tribu des Boangi, de l’ethnie Mongo. Il sera donc intéressant de rappeler le contexte historique et social dans lequel Bakanja a vécu avec héroïsme sa foi en Jésus Christ.

Dans leur ouvrage intitulé ‘Je meurs parce que je suis chrétien’, le Conseil de l’apostolat des laïcs catholiques du Zaïre (CALCZ) et la Commission épiscopale pour l’apostolat des laïcs (CEAL), offrent à la communauté chrétienne d’aujourd’hui des réflexions très pertinentes.

«Pour bien saisir toute la portée du martyre d’Isidore Bakanja, il est utile de décrire le contexte historique général ainsi que l’environnement social et religieux particuliers qui prévalaient à cette époque et dans cette région, celle de la Busira, à quelques centaines de kilomètres de Mbandaka. Nous sommes aux tout débuts de la colonisation. Le roi Léopold II exerce sur l’Etat Indépendant du Congo une souveraineté personnelle et absolue. En contrepartie, il avait promis la liberté absolue du commerce et le combat contre l’esclavagisme.

Pour financer ses projets, surtout le chemin de fer Matadi-Léopoldville (365 km), d’une importance capitale, le roi faisait exploiter les principales ressources de cette époque, en l’occurrence le caoutchouc et l’ivoire, notamment par des sociétés concessionnaires telles que la S.A.B. (Société Anonyme Belge) où Bakanja travaillera comme domestique d’un de ses agents. Les agents européens de ces sociétés, parmi lesquels on comptait de nombreux aventuriers, se retrouvaient pris dans un système d’exploitation pervers et sans scrupules, système qui les obligeait à travailler dans un esprit de méfiance et d’hostilité. Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait régné un esprit de vexations, de cruautés gratuites et même d’assassinats.»

«A ceux qui disaient que la colonisation allait se faire en douceur, les faits disaient exactement le contraire. De 1877 à 1907, la guerre fut totale: guerre de conquête coloniale pour s’emparer des terres, guerre entre envahisseurs, où les Européens évincèrent leurs concurrents Arabes, guerres de répression contre les premières rébellions au Congo... A ce tableau, il faut ajouter cette autre forme de violence que constituent les travaux forcés» (Isidore Ndaywel è Nziem, Histoire générale du Congo).

Heureusement, pour faire le contrepoids, il y avait les Pères Trappistes installés dans la région depuis 1896, à la demande du même roi Léopold II. Leur présence bienfaisante se fit sentir dès 1903-1904. En cette période, on enregistra 300 baptêmes et 11 mariages chrétiens à la première mission de Bamanya et 700 baptêmes ainsi que 133 mariages religieux dans la nouvelle mission Boloko wa Nsimba, à une heure de marche de Mbandaka. C’est dans cette mission que Bakanja reçut le baptême en 1906, pendant son séjour à Mbandaka.

A la vérité, une lutte sournoise opposait les Pères Trappistes et les agents de la S.A.B. qui voyaient d’un mauvais œil leur autorité décroître face à une population christianisée, de plus en plus éveillée et capable de réagir aux abus de tous ordres faits au peuple colonisé. Tous les moyens de pression étaient bons pour ridiculiser les nouveaux baptisés, traités de «nyama ya Mon Père» (bêtes du Père). Et ce seront les chrétiens qui feront les frais de cette lutte. Ayant pris le relais des missionnaires dans les villages éloignés de la mission, les catéchistes commencent à s’affirmer devant les Blancs face aux traitements injustes ou aux abus qu’ils allaient dénoncer chez les Pères. Voilà la raison essentielle pour laquelle ces agents s’en prenaient aux catéchistes et à tous les chrétiens.

L’histoire malheureuse du Bienheureux Bakanja illustrera cette affirmation.

 

La chicotte

Bakanja Isidore, adolescent, part de son village à Coquilhatville (Mbandaka) en quête de travail. Sans trop de peines, il est engagé comme aide-maçon. Pendant son séjour à Coquilhatville, il fréquente des chrétiens de Boloko wa Nsimba, une mission ouverte par les Pères Grégoire Van Dun et Roberts Brepoels, Trappistes, et demande de s’instruire et de devenir chrétien. Il est baptisé le 6 mai 1906 et reçoit à cette occasion le scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel. La première communion intervient le 8 août 1907.

Après quelques années de travail, son contrat expire. Bakanja regagne son village. En bon disciple de Jésus Christ, Bakanja refuse de mener une vie oisive dans son village natal, il se rend à Busira, toujours à la recherche de travail. Il est embauché comme domestique par Monsieur Reynders, surnommé Lomame, agent de la S.A.B. (Société Anonyme Belge). Après quelques temps, Monsieur Reynders est nommé comme adjoint de Monsieur Van Cauter, appelé Lonange, au poste d’Ikili. Bakanja accepte volontiers de suivre son patron à son nouveau poste.

Monsieur Van Cauter déteste les chrétiens et défend à Bakanja d’évangéliser ses compagnons de travail et surtout de ne pas porter au cou son scapulaire au cou, symbole de sa foi chrétienne. Bakanja refuse de se soumettre aux ordres de Longange. Et celui-ci le punit par des coups de chicotte.

Cette punition se répètera plusieurs fois parce que Bakanja a décidé depuis son baptême de ne pas cacher la lumière du Christ. Aux gens venus à son chevet, il repète son désir de pardonner à tous ceux qui lui ont fait du tort. C’est son testament. Un inspecteur qui visita la plantation, écrit: «J’ai vu un homme sortir de la forêt. Les plaies profondes qu’il avait sur son dos dégageaint une odeur nauséabonde. Il était couvert de saletés et assailli par les mouches. Incapable de marcher, il se traîna péniblement vers moi.»

L’inspecteur voulut le faire soigner, mais Isidore désirait une autre chose: «Si vous voyez ma mère, ou si vous aller voir le juge, ou si vous rencontrez un prêtre, dites-leur que je meurs parce que je suis chrétien.»

 

Longin Kizobo Langh

A la portée de tous