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Sors! Sors!

Des mots prononcés dans bien des centres de prière par des exorcistes à l’adresse d’une personne victime de la sorcellerie.

Un mot, celui-ci qui désigne pas mal de choses. Notamment tout ce qui est considéré comme mystérieux, surnaturel, inexplicable et qui, tôt ou tard, semble vouloir entrer dans notre existence pour nous faire souffrir. Ou qui pourrait nous libérer de nos difficultés.

Des choses capables d’occuper une bonne tranche de notre imagination, soit individuelle soit collective.

Par exemple : la paix de la maison est dérangée par des bruits inexplicables, par des voix mystérieuses. Lorsque la nuit tombe, on est pris par l’angoisse. Des coups sur les tôles de la toiture, comme si quelqu’un y jetait des pierres. Des clés qui tournent dans la serrure de la porte, dans les tiroirs les choses changent de place. Dès qu’on touche le salaire, la maladie se présente, le dernier-né tombe à nouveau malade.

 

La malchance ne nous quitte pas, la perte de l’emploi, un fiasco à l’examen, la trahison d’un conjoint: enfin, les maux les plus divers et qui ont l’air de vouloir s’installer dans notre vie. Des histoires sans nombre et dans tous les secteurs de la vie.

Les amis parlent de mauvais œil, mauvais sort, démon, etc. et suggèrent qu’il faut verser beaucoup d’eau bénite, brûler de l’encens, invoquer sept fois l’esprit d’un saint ou d’un bon ancêtre, passer de l’huile bénite sur le cadre de la porte de la maison, chasser de l’habitation l’individu supposé coupable du malheur…

 

Des cas

Les gris-gris se portent bien. Ils sont capables de provoquer des meurtres à distance ou des maladies mortelles, l’éclatement de la famille, de bloquer les initiatives de croissance personnelle et sociale.

Si le problème perdure, il n’y a qu’une solution: consulter un magicien. On entre alors dans un monde très vaste et flou, le règne des forces occultes, que le magicien peut utiliser pour le bien comme pour le mal. En échange de quelque chose, surtout de l’argent ou même de l’âme d’un parent, de l’expulsion d’un enfant de la maison, de l’achat d’objets protecteurs les plus farfelus.

Le sorcier, le jeteur de mauvais sort, l’individu qui a le pouvoir d’influencer le corps et l’esprit d’autrui et d’indiquer la cause probable de votre souffrance, est partout.

A l’occurrence, notre imagination est capable d’en fabriquer! “Kolia na mwasi, kolia na ndoki”, manger avec une femme, c’est manger avec une sorcière”, chante Zaïko dans ‘Viya’.

Que la femme soit une sorcière, c’est une conviction qui héberge dans beaucoup de têtes!

 On croit que l’œil humain peut envoyer des choses pernicieuses, des ondes magnétiques perverses, des maux, des maladies. Dans le temps, on racontait que dans la forêt, une puissance mystérieuse transformait les hommes en hiboux ou en boas bavards; et que la foudre était capable de tout faire. De nos jours, on parle de voitures circulant dans la ville sans conducteur, en route vers l’aéroport des sorciers. Les hommes d’affaires, les politiciens, les hauts fonctionnaires, les sportifs n’ont pas peur de recourir aux charmes, aux talismans, aux protections, aux bénédictions ou aux malédictions.

Un père de famille souffre d’une maladie inexplicable. Un guérisseur, consulté, assure qu’il a le moyen de lui redonner la santé. Avec un rasoir, il entaille par ici par là la peau du malade et y introduit un produit ‘très efficace’, «Vous verrez!», promet-il. Naturellement, ce n’est pas gratuit. Quatre jours plus tard, la fièvre commence à secouer le malade. La famille, paniquée, décide de le transporter à l’hôpital. Cela ne servira à rien: une infection emportera le malade. Et le guérisseur ? Il disparaît de la circulation pendant quelques mois!

 

Une affaire courante

Combien d’histoires! Et partout. Au Sénégal, on parle de marabouts qui auraient des pouvoirs capables d’endormir la victime désignée. Tu as entendu que ton patron veut te limoger et qu’il est en train de chercher un prétexte? Fais recours à tel marabout, qui te donnera un talisman et ton patron laissera tout tomber. Ton administration n’est pas transparente et le chef de l’entreprise te demandera des comptes? Consulte le marabout X, il fermera les yeux du chef, afin qu’il ne puisse pas voir que c’est du bidon.

En Côte d’Ivoire. La presse assure qu’il y a des sorciers avec des préférences pour l’âme des responsables de la vie sociale. Élèves, étudiants et fonctionnaires de l’État, dans la commune de Kouibly, sont la cible de deux sorciers. Quatre jeunes viennent de disparaître: «Je tue et je mange la chair humaine pour augmenter ma puissance et devenir roi des sorciers», fait savoir un sorcier.

A tel point que le Général Guéi, racontait la presse en 2002, s’en était pris aux sorciers qui «ensorcellent avant de manger l’âme des cadres de leur village, au point que ceux-ci ont peur quelquefois de s’y aventurer.»

Certains dignitaires, notamment les chefs de familles et les gardiens des cases sacrées, arrivent «à livrer leurs progénitures aux confréries de sorciers en guise de sacrifices rituels pour certains ou de paiement de dette pour d’autres... des cadres sont les victimes les plus prisées dans les festins des sorciers, alors qu’on devrait plutôt sacrifier des moutons et autres animaux domestiques.»

En RDC. La sorcellerie: une affaire courante et qui concerne aussi ceux qui ont quitté le pays. Il n’y a qu’à voir le nombre de «marabouts» et de «médium» qui proposent leurs services en France. (Gaston M’Bemba-Ndoumba, dans Les Bakongo et la pratique de la sorcellerie, Ed. L’Harmattan)..

 

De vedettes

Deux grands orchestres de la place vont jouer l’un après l’autre à la Fikin (Foire internationale de Kinshasa). Toute la ville en parle. Les journaux diffusent une nouvelle: que ci et là, on ramasse des billets de banque sur la rue. La rumeur fait boule de neige: les féticheurs consultés par l’un et l’autre de ces deux stars de la musique auraient exigé une rançon consistant en de vies humaines. Il faut en trouver en quantité fixée avant le jour J. Comme ces vedettes se refusent à sacrifier les leurs propres, la meilleure formule et la plus facile est d’acheter des âmes à tout venant. Pour être sacrifié, il suffit de ramasser et de consommer ces billets de banque travaillés dans des ‘labo’ des sorciers et lancés au vent par des voitures filant à pleine allure.

Kinshasa, commune de Bumbu. Deux voisins en sont venus à se chamailler haut et fort dans ce quartier populeux de la ville de Kinshasa. L’un dit à l’autre: «Si tu ne me vois pas le matin, tu me verras le soir».

48 heures plus tard, à partir d’une simple migraine, une forte fièvre attaque le querelleur visé tant et si bien qu’au matin du troisième jour, on le retrouvera mort.

A l’Est de la RDC, on l’appelle ‘fonoli’. C’est un peu le ‘zombie’ des Antilles, le fantôme d’une personne tuée par la magie, qu’on peut récupérer et utiliser sans la moindre désobéissance. On emploie le ‘fonoli’ pour les travaux des champs et la pêche. (Thy-René Essolomwa, in ‘La fin d’un zombie’, Ed. Génafed, 2005).

 

Des litiges sans fin

- Benin., janvier 2005, monde de la musique. Le célèbre rappeur béninois Merveilles Davy Kokou Zinsou, alias ‘Apouké’, est emprisonné pour «sorcellerie et envoûtement». Un garçon de 10 ans revenait de l’école quand il a été abordé par Apouké. Le musicien, à bord de son véhicule, a porté à la hauteur du visage de l’enfant un miroir où il a vu d’abord plusieurs serpents entrelacés, puis un être à visage humain mais à queue de poisson, la sirène appelée ‘Mami Wata’. A l’aide d’une pièce de 100 francs et d’un liquide non identifié, il a épongé le visage du garçonnet. Un geste destiné à prendre l’âme de l’enfant pour connaître plus de succès dans sa musique et devenir financièrement plus prospère. Aussitôt que la voiture a démarré, l’enfant était atteint d’un déséquilibre psychologique. D’où la plainte des parents.

- Togo, Bénin, Ghana etc. Certaines naissances conduisent obligatoirement au devin (géomancie): si on n’exécute pas les rites prévus, souvent assez coûteux, elles ne cesseront de se répéter et de provoquer des litiges dans la famille et des décès. Le devin indiquera les sacrifices à offrir et les purifications auxquelles la mère et la famille entière devront se soumettre.

Consulté, l’oracle pour connaître le responsable d’une naissance anormale – souvent c’est la mère qui est considéré responsable : celle –ci doit confesser la faute commise et se soumettre à des sanctions.

- Nigeria, juillet 2001, Jummayi Hassan est une ‘sorcière’ de 13 ans et membre d’une secte basée à Lagos. Elle avoue 51 crimes rituels. Entre autres, la disparition d’un nourrisson de deux ans à Maïduguri, au nord-est du Nigeria. «Je suis bien l’assassin du petit Joseph. Il est ma 51ème victime. Je tue sur ordre des personnes indiquées par un haoussa appelé Emmanuel, qui est le gourou d’une secte à laquelle j’appartiens. Nous avons des pouvoirs surnaturels. Nous tenons des réunions nocturnes à Lagos où je me rends par l’esprit. Mon corps, lui, reste en place. C’est avec une poudre que nous tuons. Il suffit que cette poudre touche quelqu’un pour qu’il meure. Après le décès de la personne, nous récupérons le cœur. L’une de mes premières victimes est mon propre père. J’avais 6 ans quand je l’ai tué, parce qu’il constituait un obstacle à l’exécution de ma grand-mère.»

- Brazzaville, arrondissement de Makelekele. Ce jeune homme avait une obsession: aller chercher fortune en Europe. Deux années de démarches vaines auprès des ambassades étrangères pour obtenir un visa. Conseil de famille. Sa tante se porte garante de le lui «procurer». Dans la semaine qui a suivi –oh, miracle !- il était servi sans coup férir. Un an, deux ans, et le temps tirait vers sa troisième année en France quand, en se réveillant un matin, il s’est retrouvé… dans la parcelle familiale à Brazzaville. Comment? – Mystère!

 

Tous confus

Emoi, étonnement dans le quartier, en commençant par lui-même. De nouveau et de toute urgence, on réunit le conseil de famille. La tante avoue: «Ne cherchez pas loin, c’est moi l’auteur de ce que vous vivez. Alors que ses collègues partis en Europe comme lui envoient régulièrement à leurs parents restés au pays colis et argent, notre enfant ne nous envoie absolument rien. Et dire que c’est moi, l’aînée de son père, qui l’y ai envoyé.» Silence gêné dans l’assemblée.

Mais le jeune se lève, fou de colère, se tourne vers son père, prêt à lui balancer un coup de poing: «Papa, est-ce que je n’envoie rien à ma tante?» Tout confus, le père avoue avoir utilisé tout ce qu’il recevait presque tous les trois mois pour la dame, argent, tissus, bijoux… Arrangements pris, la tante a promis de retourner le neveu en France, de la même manière. Promesse tenue, dit-on. Des cas pareils sont sans nombre.

Fréquent est, par exemple, celui de parents qui se sont beaucoup privés pour faire étudier leur enfant et en suite ils constatent que celui-ci les néglige une fois qu’il a obtenu une bonne situation. Ils peuvent être tentés de lui lancer une malédiction qui entraînera sa chute. Des paroles traduisant les souffrances endurées pour l’éducation de cet enfant, sa réussite et son ingratitude. Ils arrivent à le maudire en souhaitant sa chute par la perte de son poste de travail ou par la perte de ses biens. Des paroles terribles, proférées comme menace ou, si la rupture est définitive, sous forme d’une malédiction qui doit frapper le coupable. Cette forme d’ensorcellement est une chose très redoutée, car elle semble soumettre totalement la victime à la puissance de l’opérateur.

 

La peur

La sorcellerie semble obséder les esprits, tant elle apparaît omniprésente du bas jusqu’au haut de l’échelle sociale. Ce n’est pas la sorcellerie dont parlait l’archevêque anglican de York il y a quelque temps, lorsqu’il mettait en garde ses fidèles contre la «sorcellerie de l’Internet, qui pourrait finir par ‘engloutir’ l’humanité si l’engouement pour la technologie n’est pas mieux maîtrisé. Le danger avec cette sorcellerie dans les foyers est que les gens ne sortent pas de chez eux et qu’il n’y ait en conséquence plus d’interactions sociales».

Mais elle est là, vécue comme une menace permanente d’agression visant le corps, la vie, les gens aimés, les biens qu’on possède, les entreprises qu’on entame. La perception de la mort, notamment, reste très influencée par ce type d’interprétation. Quand un homme meurt dans un accident de voiture, quand un enfant se noie ou qu’un adulte décède d’une crise cardiaque, on dit: «Tous les enfants se baignent à cet endroit sans se noyer. Il était en excellente santé, buvait, fumait, il avait trois femmes. Pourquoi sont-ils morts prématurément?»

On croit que les sorciers existent vraiment, même si les pouvoirs qu’on leur prête sont assez fantaisistes. Surtout les sorciers malfaisants, redoutables, souvent mal connus dans leurs actions, craints justement à cause du mystère dont ils s’entourent et qui auraient même le pouvoir de dépouiller les hommes de leur virilité. Ils font peur. On croit, qu’il y a des femmes qui ensorcellent leurs maris car elles ont peur d’être abandonnées. Et vice-versa.

La Commission diocésaine Justice et Paix du diocèse de Kasongo (RDC) a dénoncé le cas suivant: le fils du pasteur de l’Eglise Neno est mort frappé par la foudre. Cette mort a été imputée aux fidèles de l’Eglise Catholique de la place suite aux nombreux problèmes parcellaires précédents. Certains fidèles ont été même frappés par les forces de l’ordre et ont dû payer une rançon.

 

Une punition !

Dans bon nombre de ‘nouvelles églises’, on a tendance à exploiter la peur des sorciers. Certaines d’entre elles ne pratiquent que la chasse aux sorciers et aux mauvais esprits. On fait recours à l’exorcisme pour chasser n’importe quel genre de mal. Si un enfant vomit ou a des convulsions, il est plus probable que ça soit la malaria plutôt que les mauvais esprits. Mais il est plus facile de tirer profit des peurs anciennes et actuelles. C’est affiché à l’entrée : «Ministère de Jésus contre la sorcellerie…Séances de délivrance des mauvais esprits: de 15h00 à 20h00 .»

Armé d’un micro très puissant, le pasteur ou le prophète guérisseur répète des dizaines de fois sur la personne frappée par un mal ‘mystérieux’: «Au nom de Jésus, sors! Au nom de Jésus, sors!… Je te chasse vers les lieux arides…»!

La formule répétitive s’attend un exaucement automatique de la prière. Il y a même des gens qui proposent des ‘chaînes de prière’ (déposées parfois au fond des églises ou envoyées par courrier) qui garantiraient l’exaucement quasi-magique du seul fait d’avoir été répétées le nombre de fois et de la manière indiquée. Et quoi dire des gens qui, à la simple vue d’un cancrelat, d’une bande de fourmis, d’un lézard ou qui après avoir heurté une pierre, pensent immédiatement à une catastrophe provoquée par les mauvais esprits désireux d’entrer dans des maisons et y ensorceler ses habitants?

Grande est la peur du VIH/sida. Il y a des gens qui l’entretiennent explicitement, en la présentant comme une maladie envoyée par Dieu.

Le chanteur congolais Lwambo Makiadi Franco, dans ‘Attention na sida’, se pose la question suivante :

«D’où vient cette maladie, maman?

Dieu nous envoie une punition maman!» Aussi dans la chanson de Simaro, du même orchestre que Lwambo: «Le monde a beaucoup changé,

nous commençons à reculer vers Sodome et Gomorre.»

«Certaines sectes y voient une malédiction divine, une punition de Dieu pour châtier ceux qui se livrent au dévergondage sexuel, l’expression de la colère des ancêtres…. Leur propagande accroît le phénomène des enfants sorciers, mais hante aussi d’innombrables malades psychiques dans ce pays où les cabinets de psychologues sont quasi inexistants… d’innombrables guérisseurs qui prétendent guérir le sida avec des gris-gris ‘traditionnels’... Ils vendent des illusions et se ruent sur la fragilité des malades pour se faire de l’argent. Des gourous d’un mysticisme qui allie génie culturel négro-africain et syncrétisme religieux… En Afrique australe, notamment, se diffuse la croyance qu’il faut violer un bébé pour guérir automatiquement du VIH/sida.» (Mgr Fulgence Muteba, Combattre efficacement le VHS/sida en Afrique noire. Ed. du Cepas, Kinshasa).

 

Le sport

Mais la peur ne semble pas être la source exclusive du recours à la sorcellerie. Le désir de gagner un match de football, de réussir aux examens ou de retrouver un amour perdu peut conduire vers les fétiches et ceux qui le fabriquent. Surtout dans le domaine du sport.

Ce qui se passa en Allemagne, en 1974, reste exemplaire. Pour la toute première fois, une équipe subsaharienne participe à une finale de Coupe du monde de football, à Gelsenkirchen. C’est le Zaïre, l’actuelle République Démocratique du Congo. Pour leur premier match, les ‘Léopards’ ont affronté une équipe aguerrie dans ce genre de compétitions, l’Ecosse. Résultat: 0-2. Les Léopards ont perdu certes, mais ont laissé une telle impression que les journaux n’en ont parlé qu’en bien. Pour son second match, le Zaïre devra rencontrer la Yougoslavie. Dans les milieux politiques du pays, on se fait des idées: «si on a réussi à faire 0-2 contre la coriace Ecosse, pourquoi ne battrait-on pas la modeste Yougoslavie? - Alors, que manque-t-il ?

Des féticheurs!». Aussitôt dit, aussitôt fait, un DC-10 plein de féticheurs venus de tous les coins du pays quittait le sol zaïrois pour l’Allemagne. De toute la nuit la veille du match, les joueurs n’ont pu fermer l’œil, puisque chaque féticheur avait droit à un temps pour ses incantations, au milieu des joueurs. En fin de compte, le résultat de la rencontre: 0-9, la plus lourde défaite encaissée dans une finale de Coupe du monde depuis ses débuts jusqu’à ce jour.

- Dar-es-Salaam, février 2005. Yanga et Simba, les clubs de football les plus prestigieux de la Tanzanie, vont s’affronter pour le titre. Deux joueurs de Simba, au vu et au su de tout le stade, vont uriner au centre du terrain afin de neutraliser les substances jetées par les footballeurs de Simba.

Ce n’est pas la première fois avec ces deux équipes. En effet, en 2003, elles ont dû payer des amendes pour s’être livrées à divers rituels sur le stade. Il est des fois où des joueurs de l’un ou l’autre camp entrent au stade à reculons ou en empruntant le passage réservé au public, craignant l’espace leur réservé parce que «pollué» par les gris-gris des adversaires.

Dans ce pays, la pratique de sorcellerie ne se limite pas aux seuls clubs. En 2004, la Fédération Tanzanienne de Football avait préféré faire venir un sorcier à Nairobi pour s’occuper de l’équipe nationale qui allait jouer contre le Kenya un match qualificatif pour la Coupe du Monde, en utilisant pour cela l’argent destiné à payer les primes des joueurs.

Résultat des courses : les Taifa Stars (équipe nationale tanzanienne) défaits par 3-0.

Il en va de même au Cameroun. Des sommes considérables seraient allouées aux marabouts dans l’espoir d’obtenir des victoires sportives. Parfois, aux dépens des primes des joueurs.

En 2002, l’équipe nationale de football du Cameroun, les Lions Indomptables, s’est vue réclamer 30 millions de francs CFA par un féticheur qui avait œuvré «du début à la fin de la compétition pour les victoires successives de l’équipe camerounaise de football». (La Nouvelle Presse).

Les grands ont aussi des problèmes.

Au Malawi, le Chef de l’Etat, Bingu wa Mutharika, a renoncé à vivre dans le palais situé près de Lilongwe. Motif : le palace de 300 pièces et d’une valeur de 83 millions d’euros serait hanté par des fantômes. « Nous avons demandé à des religieux de plusieurs églises d’exorciser les esprits malins» précisait à l’AFP son conseiller aux Affaires religieuses, qui a poursuivi: «Le président entendait des bruits étranges qui le maintenaient éveillé et sentait une présence rôder autour de lui la nuit».

 

Trois criquets

Lors de l‘invasion des criquets en 1988 et l’inefficacité des insecticides ,le chef d’Etat Abdou Diouf a fini par recourir à un remède plus traditionnel. Il a fait appel à un de ses contrôleurs d’Etat, Cheikh Ismaila Diouf, doté des pouvoirs occultes, pour se débarrasser de ce fléau: « Je ne suis pas un marabout, ni un fétichiste, confie le contrôleur.

C’est le bon Dieu qui m’a doté de cela. Je suis profondément musulman pratiquant, et mystique. Six mois avant l’invasion, trois criquets rouges sont venus me voir. Nous avons parlé, comme vous et moi. Ils m’ont prévenu de l’invasion du Sénégal dans les mois qui suivaient. Six mois après, des nuages de criquets fondent sur le pays. Ils m’avaient également prévenu que si nous saupoudrons, il y aurait des morts. Nous avons entrepris l’éradication par pesticide. Deux camions chargés du travail se sont renversés et il y a eu des morts. C’est à ce moment-là que le Président Diouf m’a convoqué, quand il s’est rendu compte que je lui avais prédit la vérité….

J’ai récité certains versets du Coran à un criquet, puis il s’est envolé pour rejoindre son essaim, et quelques minutes après, tous les criquets ont quitté le Sénégal»!

 

Sorcier - Loi - Justice

Guérisseur, herboriste, prophète, magicien, devin, sorcier, charlatan : autant de noms indiquant la personne disposant d’un savoir-faire, d’une connaissance des gens et la manière de les influencer, persuader, tranquilliser, rassurer, calmer, effrayer. Et aussi… tromper jusqu’à arriver au crime. Car il peut agir et influencer l’imagination d’un individu jusqu’à lui faire voir ce qu’il veut. Le magicien influence la personne qui se soumet à lui et qui est disposée à payer le service.

Innombrables sont les histoires montrant que lorsque le pouvoir de la magie disparaît, l’ensorcelé découvre qu’il a été envoûté et volé.

Comme celle de l’œuf pourri. Le charlatan demande à son client d’aller acheter un œuf chez le commerçant le plus proche. Ce dernier qui s’est associé au charlatan avait déjà injecté dans l’œuf une solution noire comme l’encre. Le charlatan casse l’œuf devant le patient après avoir lu quelques versets et lui dit que la maladie est passée dans l’œuf, ce qui explique sa couleur.

Jusqu’au clown, qui fait rentrer un œuf par la bouche et le ressortir par l’œil, avaler une quantité de lames de rasoirs reliés par un fil ou mettre une femme dans une boîte qu’on transperce par la suite de plusieurs épées sans que la femme ne soit atteinte.

Comment gérer toutes ces histoires et d’autres? Surtout quand elles se terminent devant un juge? Des procès sur la sorcellerie, voilà un domaine qui fait tourner la tête aux gens de la loi. Dans certaines régions du Cameroun, par exemple, on a compté parfois 10 à 20 procès en l’espace d’un mois. La nature ambiguë de la sorcellerie rend l’infraction difficile à cerner.

 

C’est alors…

Un colloque appelé «Justice et Sorcellerie» s’est déroulé en mars 2005 à l’Université catholique d’Afrique centrale à Nkolbissou, au Cameroun. Le Cameroon Tribune a écrit que de nombreux observateurs ont souligné que pour les Camerounais, la sorcellerie joue un rôle central dans l’explication de beaucoup d’événements de la vie sociale et que les «décisions de justice rendues sur base du Code pénal sont pour la plupart insatisfaisantes.» Distinguer le «vrai» du «faux» sorcier surtout lorsque les accusations de sorcellerie obéissent à un projet de vengeance ou de calomnie ce n’est pas une tâche aisée pour un juge. Il faut être réaliste. Tout ce qu’on vient de dire dans ces pages ne veut pas nier qu’il y a des choses inexplicables. Les sciences, notamment la psychologie, n’arrivent pas à donner un éclairage définitif sur tous les aspects de la vie. Voir le diable partout est un manque de sagesse, mais ne le voir nulle part, c’est la naïveté. Toute sorcellerie qui conduit à la division, à la haine, à la jalousie, à la destruction des personnes, surtout des plus faibles (enfants, malades, etc.) fait le jeu des forces du mal. «Derrière le discours de la sorcellerie - écrit l’abbé kinois Joseph Mpundu - se cachent des problèmes humains de différente nature. Nous rencontrons des problèmes psycho-affectifs (manque d’amour, d’affection, de tendresse, de considération, jalousie, etc.), des problèmes socio-économiques (manque d’emploi, manque de moyens de subsistance, etc.), des problèmes relationnels, des problèmes conjugaux, des problèmes religieux, des problèmes politiques, des problèmes de santé (physique ou mentale), bref des problèmes existentiels de tout genre.

Le phénomène «sorcellerie» bien qu’ayant existé depuis nos ancêtres est accentué de nos jours par la crise socio-économique qui pousse certains parents pauvres à se décharger de la responsabilité de leurs enfants en les accusant d’être des sorciers et en les rejetant.»

 

Il existe

Toute l’histoire sacrée est contresignée par la présence du diable. Beaucoup de poussées au mal que nous éprouvons dans la vie de tous les jours, viennent de lui. A lui, on doit débiter au moins une partie de l’égoïsme monstrueux qui engendre la tragédie de la faim, l’exploitation des enfants, les guerres, l’intolérance. Satan n’est pas une idée à la mode destinée à s’effacer, car le diable existe et continue de faire des adeptes. La grande porte par laquelle il entre, c’est lorsque la créature humaine ne respecte pas la loi de Dieu. A cela peut collaborer aussi notre …stupidité.Environ un tiers de l’Evangile est consacré aux guérisons accomplies par Jésus au cours de la brève période de sa vie publique. Des guérisons miraculeuses qui ont des caractéristiques uniques.

Leur objectif n’est jamais de susciter de l’émerveillement, de pousser les présents à crier «bravo!» ou d’assurer un profit pour celui qui les accomplit. Jésus accomplit des miracles par ‘compassion’, parce qu’il aime les personnes et pour annoncer que Dieu est le Dieu de la vie et que le mal n’aura pas le dernier mot, que la maladie sera vaincue de même que la mort et il n’y aura plus de pleurs, de cris et de peine. Non seulement Jésus guérit, mais il ordonne à ses apôtres de faire de même après lui. Nous trouvons toujours les deux choses associées: proclamer l’Evangile et guérir les malades. L’homme a deux moyens pour tenter de surmonter ses maladies: la nature (l’intelligence, la science, la médecine, la technique) et la grâce, c’est-à-dire le recours à Dieu, à la prière.

Le mal commence lorsque dans la recherche du coupable ‘invisible’ de nos maux, on tente une troisième voie, la voie de la magie. C’est alors qu’on risque de tomber dans les griffes de charlatans ou même d’ennemis de Dieu, bien qu’ils l’invoquent pendant leurs exorcismes.

Lorsqu’on lit des annonces du type: «Prophète… il réussit là où les autres échouent, «résout des problèmes en tout genre», «éloigne le mauvais sort», «aucune maladie ne lui résiste», il n’y a pas le moindre doute à avoir: il s’agit d’un escroc.

 

 

Gaétan Yawo et Patrick Monzemu Moleli