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Il fallait du courage à Malek Chebel pour parler de l’esclavage parmi les Musulmans dans l’histoire et dans les temps actuels. Il l’a fait dans un livre, dont la lecture est vivement conseillée et qui a comme titre : L’ESCLAVAGE EN TERRE D’ISLAM, publié par Fayard (Paris).
Il fallait du courage pour en parler, surtout par un musulman et pour les Musulmans. En effet, on pense couramment (et on l’enseigne partout dans les écoles, surtout en Afrique) que les esclavagistes étaient essentiellement des Européens, qui ont pratiqué pendant presque quatre siècles un commerce juteux entre l’Afrique (esclaves), les Amériques (rhum, sucre, etc.) et l’Europe (tissus, miroiterie, etc.). C’était le commerce «triangulaire» entre trois continents. Mais dans les régions colonisées par les arabes musulmans ? Là aussi, l’esclavage était pratiqué, comme du reste partout dans le monde. Et pourtant Mohammed avait bien dit de libérer «les frères des chaînes de l’esclavage». Le successeur du Prophète avait été fidèle à l’enseignement du Maître. Abû Bakr, mort en 634, fut remplacé par le deuxième Calife, Omar (581 – 684), qui au contraire encouragea ce commerce et les marchands d’esclaves n’avaient plus de limites à leurs entreprises.
Des collaborateurs En arabe, esclave se dit ‘abd, ou ‘abid et ma’bûd pour désigner surtout les esclaves noirs. Ces esclaves noirs venaient essentiellement de Zanzibar, où les Arabes sont arrivés au cours du douzième siècle, ou d’autres pays du Sahel au fur et à mesure des conquêtes. De là viennent les mots zandj et aswad, toujours pour désigner les esclaves noirs. Mais combien d’esclaves sont-ils partis de l’Afrique ? La traite occidentale, selon les experts, aurait transporté en Amérique au moins 12 millions de personnes à partir du XVI jusqu’au XIX siècle. Pour les capturer, il fallait évidemment entrer à l’intérieur des côtes africaines. Cela était le travail des collaborateurs africains de la traite et des roitelets locaux. A ce propos, il ne faut pas oublier, selon les experts, que pour capturer un esclave, il fallait en tuer cinq autres. Donc nous pouvons seulement imaginer la tragédie que la traite des esclaves a provoquée dans toute l’Afrique subsaharienne. Malek Chebel a voulu dans son livre nous rappeler que la traite «orientale», pratiquée essentiellement par les arabes et les islamisés, a été aussi meurtrière que celle occidentale, sinon pire. On parle d’environ 20 millions de personnes, capturées essentiellement en Afrique, mais aussi en Europe de l’Est et dans le Caucase. Cette traite a initié au début de l’Islam et a duré jusqu’à nos jours. La doctrine des «Lumières» du XVIII siècle et la tradition chrétienne, redécouverte après l’ouragan de la Révolution Française, ont beaucoup contribué à la suppression de la traite des esclaves. L’abolition de l’esclavage a été décidé en 1834 en Angleterre, en 1843 en Inde, en 1847 en Tunisie, en 1848 en France, en 1850 au Brésil, en 1856 au Portugal, en 1865 aux Etats-Unis, etc. Le dernier envoi d’esclaves du Mozambique vers le Brésil s’est fait en 1862. Et pour les pays islamisés ? On a publié des lois et des décrets qui sont restés lettre morte presque partout. A titre d’exemple, un marché d’esclaves se tenait régulièrement à Rabat au Maroc jusqu’en 1910, tandis que l’abolition de l’esclavage sera nommée dans un décret royal en 1922. Au Pakistan, l’abolition de l’esclavage a été décidée en 1992 et en Mauritanie en 2007 !...
De nos jours Et actuellement ? La traite des esclaves continue… sous d’autres formes. Des millions d’hommes et de femmes viennent dans les pays du Moyen Orient pour chercher du travail. Ils ont un salaire misérable par rapport au niveau de vie de ces pays. Ils n’ont pas droit à se marier, à la reconstitution familiale, à l’intégration. Une fois terminé le contrat de travail, ils sont obligés à rentrer dans leur pays d’origine: l’Inde, le Bangladesh, les Philippines, etc. S’ils sont chrétiens, ils n’ont pas droit aux objets de culte, à avoir une chapelle ou à se réunir pour la prière. Au Mali, au Tchad et dans d’autres pays de l’Afrique subsaharienne, on pratique encore la vente d’enfants. Selon les Nations Unies, il y en a au moins deux cent mille qui disparaissent chaque année dans ces pays et qui prennent la route du Moyen Orient ou d’ailleurs. Les « esclaves » avaient et parfois ont encore aujourd’hui toujours le même rôle dans les pays de l’Islam: le travail physique, les jouissances sexuelles et le service domestique. En parler ouvertement aujourd’hui dans les pays de l’Islam ? Il vaut mieux de ne pas le faire. C’est gênant. Pour cette raison, Malek Chebel a eu du courage pour aborder la question de l’esclavage en terre d’Islam dans le temps passé, mais aussi, dans plusieurs pays à majorité musulmane, aujourd’hui encore.
Tonino Falaguasta Nyabenda
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Les pays visités
Avant de parler de l’esclavage en terre d’Islam, Malek Chebel a parcouru un certain nombre de pays qui se réclament de l’enseignement de Mohamed. La Turquie d’abord. Ce pays avec la domination ottomane contrôlait la vie politique, économique et sociale d’une grande partie des pays islamiques jusqu’au XX° siècle. Et aujourd’hui, grâce à la réforme de Atatürk Mustafa Kemal (1881-1938), la Turquie continue à jouir d’une grande influence surtout sur les pays à l’islam modéré, en Afrique, au Moyen Orient et en Asie Centrale.
L’Irak et l’Iran: le mariage de complaisance qui y est pratiqué est une forme moderne d’esclavage. L’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Yémen, le sultanat d’Oman : les esclaves des temps modernes ne viennent pas des guerres ou des razzias, mais ce sont des ouvriers qui font le travail le plus dur et le moins rémunéré. Toute l’Afrique du nord et les pays de la Corne ont été une plaque tournante de l’esclavage. Et Tombouctou, la ville sainte du Niger? On disait qu’il y avait 333 saints. Mais ces saints (les imam), moyennant des offrandes généreuses, légitimaient (aujourd’hui encore) un commerce innommable.
Nous allons terminer par la Mauritanie, où l’esclavage a été déclaré délit passible d’une peine allant jusqu’à dix ans de prison, le 8 août 2007 ! Mais les Harratine, descendants d’esclaves noirs, sont encore entre cent mille et cent cinquante mille, concentrés dans la vallée du fleuve Sénégal et «propriété» de cinq grandes tribus du pays. A la face des Droits de l’Homme proclamés par les Nations Unis en 1948 !
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L’esclavage en terre d’Islam |