
|
Un tableau sombre |
|
Le nombre de décès d’enfants de moins de cinq ans a été de 9,7 millions en 2006. C’est le Rapport 2008 de l’Unicef sur «La situation des enfants dans le monde» qui le révèle. L’Afrique subsaharienne reste la région la plus touchée, où un enfant sur six meurt avant son cinquième anniversaire.
Ce document prend en compte plusieurs aspects importants se rapportant à la santé de l’enfant, de la mère et de leur environnement. Les causes principales de la mortalité constatées par les experts sont le VIH sida, la diarrhée et les pneumonies. La réduction du taux de mortalité infantile étant l’un des 8 Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), le rapport souligne que la diminution du nombre de décès d’enfants au cours de la dernière décennie est un succès incontestable. Il rappelle néanmoins que la mort, chaque jour, de plus de 26 000 jeunes enfants – et pour des causes que l’on aurait pu prévenir- est tout simplement inacceptable. Pour le représentant de l’Unicef en RDC, selon les données disponibles, un enfant congolais sur 8 meurt avant d’atteindre un an.
Exclus et invisibles Le taux de mortalité infantile est d’autant plus important qu’il constitue un paramètre objectif pour mesurer le degré de développement d’un pays. Il renvoie à la réalité des millions d’enfants que l’Unicef appelle les «exclus» ou «les invisibles». Il s’agit essentiellement des enfants qui n’ont pas suffisamment accès à l’éducation, aux vaccins pouvant sauver leur vie et aux différentes formes de protection, soit au sein de la famille, soit dans la communauté. La plupart de ces décès auraient pu être évités par de meilleurs services de santé de base et des programmes de nutrition. Les enfants de certaines régions du monde ne sont pas vaccinés contre des maladies évitables comme la tuberculose, la coqueluche, la diphtérie, la poliomyélite Les raisons de leur exclusion et de leur invisibilité sont notamment la pauvreté, les conflits armés, la propagation du VIH/Sida et la discrimination. Selon l’ONG Save the Children, dans la prochaine décennie, 175 millions d’enfants seront affectés chaque année par des désastres naturels ou par la sécheresse. On prévoit aussi qu’un grand pourcentage de la population mondiale sera exposé à la malaria, l’une des grandes causes de mort pour les enfants de moins de cinq ans, dans la proportion d’environ 50% du fait des changements climatiques. Le manque d’eau potable à travers le monde aggrave la situation et hante le tableau du futur. Des millions d’enfants sont privés de l’éducation primaire et secondaire, victimes des violences sexuelles, du travail forcé, ou de recrutement forcé dans des groupes armés. Les guerres, la prostitution, le mariage précoce, la faim, les mauvais traitements, constituent le paysage quotidien de plus de 400 millions d’enfants dans le monde.
Exploitation commerciale Les enfants représentent plus de 10% du potentiel de la main-d’œuvre: il y a encore aujourd’hui 218 millions d’enfants qui travaillent dans le monde et dont le droit à l’éducation est de ce fait arrêté. 73 millions d’enfants au travail sont âgés de moins de dix ans. L’esclavage des enfants est devenu un instrument de la guerre commerciale internationale : les petits esclaves rapportent, chaque année, selon les estimations les plus basses, environ 13 milliards d’euros. De grosses entreprises multinationales, bien connues dans le monde entier, avec leurs productions qui vont de l’automobile à l’habillement jusqu’aux boissons et aux chaussures de sport, exploitent des petites filles et des petits garçons dans les pays pauvres, les soumettant à des sous-contrats pour faire baisser le prix d’une marchandise qui sera vendue en d’autres lieux et dont ces enfants ne pourront jamais bénéficier. Aux mains de diverses mafias, les enfants sont utilisés comme source de bénéfices économiques, plus faciles à recruter, à convaincre et à transférer que les adultes. C’est pourquoi, comparativement à leurs coûts très bas, ils génèrent un bénéfice économique énorme. Il s’agit des sommes impressionnantes. Si l’on prend en compte les jeunes majeurs, captifs de ces réseaux, le montant brassé chaque année passe même à quelque 27 milliards d’euros. Non seulement ils sont utilisés pour le travail dans de grandes usines, mais ils sont également obligés de se prostituer, de mendier ou de commettre des délits. Mais ce n’est pas tout: on les emploie aussi dans des trafics d’organes et dans des cas d’adoptions illégales. L’exploitation des enfants ne se limite pas qu’aux pays en développement. En Europe, les pays les plus pauvres comme la Roumanie ou les ex-républiques soviétiques, connaissent un nombre important de mineurs ‘en situation de risque’ et sont très touchés par ce fléau. Et cela se répercute malencontreusement dans les pays les plus riches. Aux derniers Jeux Olympiques à Athènes, en 2004, par exemple, on a vu des contingents entiers d’enfants mendiants déferler sur la capitale de la Grèce. Dans les autres grandes villes d’Europe occidentale, ils mendient avec des adultes qui se présentent comme leurs parents ou, s’ils sont bébés, on les trouve sur les bras des femmes qui les portent à longueur de journée, comme anesthésiés, voire drogués pour qu’ils jouent au mieux leur rôle de ‘catalyseurs d’apitoiement’. Paul Koussou |