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Ventre creux, vagabondage, violence, mariage toujours reporté, divorce, névrose chronique, risée dans le quartier, recours aux sectes et aux vendeurs des miracles, drogue, SDF (sans domicile fixe), migrations, … tels sont les maux qui rongent comme une «gangrène» le quotidien des multitudes sans emploi. Le taux du chômage ne cesse de galoper dans de nombreux pays.
Depuis plus de deux décennies, les turbulences économiques qui perdurent en RDCongo mettent sur le marché de l’emploi une armée sans cesse croissante de chômeurs. Alors que la pression démographique est de plus de 3% l’an, l’évolution des travailleurs salariés (secteur privé formel) enregistre une décroissance de plus de 10% en moyenne chaque année. Le volume d’emplois est passé de 1,5 million en 1984, à 880.000 en 1994, puis à 148.800 en 2001, soit une régression supérieure à 230%. De nos jours, cet effectif est estimé autour de 120.000 travailleurs. La baisse effrénée de l’emploi compromet la stabilité sociale et crée ainsi des nids des tensions allant du noyau familial à toutes les communautés locales. Bien que les statistiques en la matière diffèrent beaucoup d’une source à l’autre, il n’en demeure pas moins que le rapport ‘Agents de l’Etat - Travailleurs salariés privés’, qui était de 1 pour 4550 dans les années 1980, s’est rapidemnt inversé pour tomber à 3 ou 4 agents de l’Etat pour un seul travailleur aujourd’hui. Ainsi, l’impact global de la population occupée et la population totale active, de 15 à 64 ans, est d’une extrême faiblesse et en régression constante. Puisque la main-d’œuvre est nombreuse et les emplois rares, - la loi de l’offre et de la demande- quoi alors d’étonnant que l’employeur, en RD Congo, agisse à sa guise pour octroyer à ses travailleurs les salaires parmi les plus bas du monde, bien en-deçà du minimum légal garanti, au vu et au su des gouvernants?
Causes Le Bureau international du Travail (BIT) souligne qu’il y a encore 1,37 milliard de travailleurs extrêmement pauvres, qui, à défaut de travail décent et productif, ne survivent qu’avec l’équivalent de 2 dollars US par jour et par personne. Le nombre de travailleurs pauvres vivant sous le seuil de pauvreté d’un dollar par jour et par personne a décliné partout sauf en Afrique subsaharienne où il a augmenté de 14 millions, et en Amérique latine et Caraïbes. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, il est demeuré plus ou moins inchangé. En RDCongo, trois quarts des familles des salariés survivent avec un revenu en dessous du seuil tolérable de la pauvreté de 1 $US par personne et par jour. L’horizon paraissant totalement sombre, bien des jeunes ne pensent plus qu’à s’exhiler. Ils sont nombreux ceux qui quittent le pays à destination de certains pays lointains ou même africains où, parfois, ils subissent des traitements cruels, inhumains et dégradants afin d’échapper à la misère en terre natale. La situation de l’emploi, comme voies des droits humains et de la loi, est fort préoccupante. Le chômage mondial est à son plus haut niveau historique, disent les agences du secteur. Alors que la population active est d’environ trois milliards de personnes (47 % de la population totale) les chômeurs à travers le monde sont 195 millions. Plusieurs motivations plaident pour cette situation. Robert S. MacNamara, ancien président du Fonds monétaire international, souligne que le «problème vient en grande partie des politiciens africains qui se servent de leur position pour se procurer, à eux seuls, ainsi qu’à leurs amis, des emplois, des marchés, des monopoles publics et des gains illicites. L’Etat devient du même coup de moins en moins capable de produire des biens et des services au profit de la masse de la population». «Les perspectives de création d’emplois décents et de réduction du nombre de travailleurs pauvres sont extrêmement faibles» (BIT). Dans son article 30, la Constitution de la 3ème République situe «le travail comme un droit et un devoir sacrés pour chaque Congolais. L’Etat en garantit le droit et la protection.» C’est une lueur d’espoir. Mais aussi sujet de scepticisme de la part de plus d’un, quand on parle aussi allègrement d’un programme quinquennal à même d’absorber plus de huit millions de chômeurs à un rythme supérieur à 14 % l’an en cette période de récession à l’échelle mondiale. De quoi rêver, car de nombreuses entreprises ne programment qu’une seule solution pour assainir leur bilan: celle qui prévoit des réductions d’effectifs dans le domaine de l’emploi. En les justifiant avec des motivations qui ne sont pas totalement fausses, mais qui semblent laisser de côté toute considération ‘humaine’. C’est le cas, par exemple, de la Gécamines (Générale des carrières et des minerais) où, par une formule magistralement biaisée de «demande de départs volontaires», l’administration propose de se débarrasser de plus de 5 000 travailleurs correspondant à plus de 50.000 personnes dans les ménages. Les responsables de la Miba (Minière de Bakwanga, pour la production de diamants) et de l’Okimo (Office des mines d’or de Kilo-Moto), exigent le départ massif de plus de 2 000 travailleurs pour la reprise économique de ces entreprises. Prenant en compte l’adage qui dit que «trop de taxes tuent la taxe», un entrepreneur congolais, fort connu dans les milieux d’affaires, s’est fait l’avocat du patronat en évoquant la multiplicité des dispositions légales et des arrangements extralégaux qui mettent les dirigeants des entreprises dans une situation où la fraude devient la règle du jeu et le licenciement des employés la solution la plus rapide.
Enjeux actuels A titre de rappel, il y a deux ou trois ans, près de 20 000 travailleurs de la Gécamines et de l’Oncpt (Office national de poste et télécommunication) devaient bénéficier de leurs indemnités de sortie grâce à des prêts mis à la disposition du Trésor public par le Fonds monétaire international. Jusqu’à ce jour, ces fonds, devant couvrir les pensions de retraite et des arriérés de salaire de 72 mois, ne sont jamais arrivés à destination. Innombrables sont les travailleurs adultes et les jeunes à la recherche d’un emploi. Les premiers pour avoir été limogés parfois sur instruction des bailleurs des fonds internationaux ou atteints par l’âge, les seconds pour qui l’accès à un emploi appartient à l’illusion. Fatigués d’attendre, ces jeunes, trouvent vite des prétextes pour expliquer cet état de choses: la malédiction familiale. Certains recourent alors à des sectes mystico-religieuses ou aux services des vendeurs de miracles.
A la recherche Cette crise s’amplifie et se caractérise de plus en plus par un tissu social toujours décousu dont les indices sont plus visibles dans les grandes villes. On peut affirmer que cette mégapole de plus de 6 millions d’habitants qu’est Kinshasa connaît deux importants fléaux, placés en amont et en aval de cette source de pauvreté qui embrase toute la population : la déscolarisation d’une part et l’oisiveté généralisée d’autre part. Le désespoir gagne les cœurs, et le désarroi s’installe. S’il est des jeunes qui, à partir d’un petit fond de commerce, montent une petite boutique devant leur parcelle ou où ils écoulent du bric et du broc, point n’est le cas pour la plupart. Pour ces derniers, les coins des rues sont devenus leur propriété, de même que les petits marchés, les lieux mortuaires, les carrefours et les arrêts des véhicules où, n’ayant rien à faire que d’écouter et de dansoter au rythme de la musique tonitruante diffusée par la buvette du coin, ils «inventent» n’importe quoi pour vendre n’importe quoi, bricoler, rançonner, marauder. Ils arrivent à protéger des flaques d’eau au milieux de la route en attendant que les voitures s’y embourbent et les chauffeurs quémandent une poussée. Ils s’organisent dans des «écuries» ou clubs structurés des ‘sportifs’ qui, désœuvrés, se livrent de temps en temps à des bagarres entre «écuries» dans le but de faire des razzias dans les petits marchés. Il n’est pas rare de les voir, la nuit, dépouiller les passants de leurs biens dans des coins sombres. Y a-t-il une manifestation politique quelque part? Ils ne manquent jamais à la fête, exigeant boisson et argent de l’organisateur, bien plus que les militants des groupes politiques eux-mêmes! Les moins violents n’hésitent point à se placer en des endroits stratégiques pour solliciter une petite aide. Cette crise touche aussi bien des diplômés que les non diplômés. Au cours de ces trois dernières décennies, l’Etat congolais a mis sur le marché plus de 1,1 million de diplômés du niveau secondaire. Si entre les années académiques 1960/61 et 1969/70 on comptait en moyenne 400 diplômés universitaires, aujourd’hui, cet effectif a vite été multiplié par quinze, voire vingt à chaque fin d’année académique. Tous ces jeunes s’engouent à la recherche de leur premier emploi et vivent sous un stress permanent.
Christian Kabengele Lubambala. |
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