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A contre-courant |
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Connu pour ses prises de position à contre-courant sur les relations entre noirs et blancs, et pourfendeur de toutes les formes de racisme, Gaston Kelman, écrivain et chroniqueur, livre un autre combat dans «Les Blancs m’ont refilé un Dieu moribond» (1): la fierté de se dire chrétien aujourd’hui. (1) Editions Desclée de Brouwer, 150p
► Comment est né ce livre «Les Blancs m’ont refilé un Dieu moribond»? C’est Manuel Valls, le maire de ma ville d’Evry qui, surpris de m’entendre régulièrement évoquer mes convictions religieuses lors de conférences ou de débats, a suggéré à son éditeur d’engager avec moi un travail dans cette voie. Sans cette invitation, je ne me serais jamais senti digne d’écrire un livre pareil ! D’ailleurs il ne faut pas le lire comme un catéchisme, mais bien comme la profession de foi d’un homme qui ne se prend pas au sérieux.
► Pourquoi ne pas l’avoir intitulé, par exemple «Ce en quoi je crois» à la place de ce titre un brin polémique, qui insiste sur cette opposition Noir/Blanc que nous n’avez de cesse de dénoncer? Peut-être parce que c’est mon combat quotidien d’affirmer que nous sommes tous égaux et que j’y retombe parfois un peu malgré moi quel que soit le sujet… Je suis tellement révolté par le sentiment de culpabilité des Blancs à notre égard, et cette position d’éternelle victime dans laquelle se maintiennent les Noirs… Certes, j’aurais pu, cette fois-ci, éviter de les opposer… mais en même temps, comment aurais-je pu écrire un livre sur Dieu sans le relier à ceux qui nous l’ont apporté en Afrique : les Blancs !
► Pourquoi dites-vous qu’il est moribond ce Dieu qu’ils vous ont transmis? Parce qu’en Occident, Dieu n’existe presque plus ! Il est sur son lit de mort. On s’imagine qu’on peut très bien se passer de lui, qu’on n’en a plus besoin. Pire, on en a honte. Je le vois quand je fais mon signe de croix au restaurant. Je le fais un peu par bravade, pour témoigner et me forcer à me conduire en adéquation avec le geste que je viens de faire. De la même manière, il m’arrive de refuser un dîner en disant « non, je ne peux pas, c’est Carême », alors même que je ne fais pas Carême. A travers cette réponse, je suis fier de dire mon attachement au Christ, et souvent, les gens autour de moi n’en reviennent pas !
► N’est-ce pas du désintérêt plus que de la honte? Je vous laisse choisir. Pour moi, les deux perspectives sont inacceptables. Pourquoi les gens disent-ils qu’ils ont eu une fête de famille au lieu de proclamer fièrement qu’ils ont fait baptiser leur enfant ? Ils l’ont fait. Ils y ont donc trouvé un intérêt. Pourquoi ne pas avoir de bonheur à le manifester? C’est ce qui me donne envie de dire aux Blancs, « Vous régressez, les gars, comment pouvez-vous ne plus croire à quelque chose d’aussi magnifique?»
► Comment expliquez-vous que Dieu ne fasse plus recette en Occident alors qu’il séduit de plus en plus en Afrique? Parce que les Lumières sont passées par là et qu’on a tendance à croire, en Occident, que les progrès de la science sont incompatibles avec Dieu. Jusque dans les années 50, la vie était encore rythmée par la religion. L’Angélus sonnait… Aujourd’hui, on a abandonné ce qui était au moins une tradition. Dieu est relégué au second plan quand ce n’est pas le dernier… Le clergé catholique n’y est pas pour rien, dans cette indifférence généralisée ! Vous trouvez qu’ils font envie nos prêtres ? Subordonnés à l’air du temps et aux médias, ils n’ont plus de convictions. Quand je pense qu’ils sont prêts à écourter la messe lorsque la télévision leur fait l’honneur de venir filmer l’eucharistie dominicale dans leur paroisse… A quand le Vendredi Saint un jeudi ? Dans ma paroisse, nous avions mis en place un apéritif après la messe du dimanche. On apportait une ou deux bouteilles, ça permettait aux gens de se rencontrer… J’appelle cela la fraternité. A la demande du curé, il a fallu tout arrêter… Où est passée la vitalité qui animait ces chers missionnaires qui nous ont apporté Dieu en Afrique ?
► Justement, pensez-vous qu’un jour le Africains viendront en quelque sorte ré-évangéliser le vieux continent? Je crains que non. Même si on voit de plus en plus des prêtres africains venir en renfort l’été dans les paroisses françaises, je ne suis pas certain qu’en Afrique la foi soit encore très solide. Il se passe là-bas exactement le phénomène inverse qu’en Occident : les gens n’ont rien et attendent donc tout de Dieu. D’où certains excès, la multiplication des faux prophètes… Dieu est mis à toutes les sauces. Certains entrent en religion comme ils entreraient dans la police, sans autre ambition que de se faire une place dans la société…
► Votre livre est aussi un hommage à ces missionnaires venus en Afrique... La colonisation a donc eu du positif? Non, je ne dirais jamais cela ! Je suis très heureux qu’on m’ait apporté cette parole « Aimez-vous les uns les autres», mais de là à reconnaitre un quelconque bienfait à la colonisation…C’est comme si on disait que la Shoah avait eu du positif puisqu’elle avait permis la création de l’Etat d’Israël… Ce qui est certain, c’est que dans cette Afrique où l’on considérait que le Noir n’avait pas d’âme, les religieux étaient les seuls à croire le contraire puisqu’ils étaient là pour nous convertir ! Certes eux aussi pensaient que nous étions inférieurs aux Blancs - ce n’est pas pour rien que nous n’étions pas assis du même côté que les colons à l’église - mais les missionnaires croyaient en notre potentiel, ils pensaient que nous pouvions devenir les égaux des Blancs. Sinon pourquoi nous auraient-ils construit des lycées d’excellence et des bibliothèques ? C’est grâce à eux, à leur générosité que j’ai aujourd’hui une foi si forte. A travers leur engagement à nos côtés - je revois encore le curé de mon village faire l’ambulance avec sa deudeuche - ils ont réussi à nous faire passer d’une foi contrainte et forcée, comme du temps de mon grand-père, à une foi d’adhésion…
► Aujourd’hui, qui est Dieu pour vous? Il est l’Alpha et l’Omega, et est présent partout où je me trouve. C’est le Dieu de l’Amour, un Dieu qui aime les hommes et qui est donc incapable de les mener en Enfer. Pour moi, on ira tous au Paradis. J’ai une relation très directe avec lui, je lui parle tout le temps. J’ai même l’impression, parfois, de le voir sourire quand je m’impatiente parce qu’il tarde à m’accorder ce que je lui ai demandé !
► La Vierge est également très présente dans votre livre... C’est bien normal, comment ne pas aimer celle qui a enfanté le Sauveur ? Marie, je l’acclame comme la première parmi les croyants. Vous imaginez, cette jeune fille de 16-17 ans à qui un ange annonce une grossesse prochaine, et qui répond le plus simplement du monde « Je suis la servante du Seigneur ». Marie n’a pas posé de question, elle n’a pas douté. Quand je pense que nous, on n’ose même plus faire un signe de croix… Isabelle O’Neill Le Messager de St Antoine/www.Saintantoine.org |
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Kibwila: L’Afrique de l’espoir |
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