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Cette année, l’Eglise commémore les 2000 ans de la naissance de l’apôtre Saint Paul. Le pape Benoît XVI invite la chrétienté à faire mémoire de ce grand apôtre de l’Evangile. Débutée le 29 juin passé, l’année paulinienne prendra fin le 29 juin 2009. En Turquie, les évêques ont demandé au gouvernement l’autorisation de rouvrir au culte l’ancienne basilique Saint-Paul à Tarse, aujourd’hui transformée en musée.
Né à Tarse de Cilicie (Turquie), d’une famille juive de la tribu de Benjamin, mais en même temps citoyen romain, Paul reçut dès sa jeunesse, à Jérusalem, une forte éducation religieuse selon les doctrines pharisiennes. D’abord persécuteur acharné de la jeune Eglise chrétienne et mêlé au meurtre d’Etienne, il fut brusquement retourné, sur le chemin de Damas, par l’apparition de Jésus ressuscité. A partir de ce moment, il va vouer toute sa vie au service du Christ. C’est de par son impulsion, en effet, que l’évangile de Jésus-Christ a commencé à être annoncé chez les peuples païens. Il le fit au cours de trois voyages missionnaires, entre 45 et 58 après J.C. D’abord à Chypre, puis à travers l’Asie Mineure, la Macédoine et la Grèce, où il fonda plusieurs communautés. C’est à certaines de ces communautés qu’il écrira des lettres, surtout pour les aider à approfondir les contenus de la foi et à résoudre des problèmes qui agitaient les nouvelles ‘églises’. La Lettre à l’église de Rome est la plus longue; une église qu’il n’avait pas fondée mais qu’il désirait visiter.
«Reprenez courage» C’est à la fin de son dernier grand voyage qu’en 58 Paul rentra à Jérusalem, où il dut faire face à des troubles sérieux avec les chefs juifs. «Le conflit prenait des proportions – dit le livre des Actes -. Plus de quarante Juifs guettaient Paul, pour le tuer» (23,21). Les autorités romaines eurent peur et arrêtèrent Paul, pour le soustraire aux Juifs. Après deux ans de prison à Césarée, il put faire valoir sa qualité de citoyen romain et exiger d’être jugé par l’empereur (Néron, 54-68 après JC). Il comparaît devant le procurateur de Judée, Festus, et en appelle à César: ce statut privilégié lui vaut finalement d’être jugé à Rome en 59. Il est emmené à Rome avec un groupe de détenus. Les chapitres 27 et 28 des Actes sont un document fort intéressant sur la navigation en Méditerranée à cette époque. Luc a noté bien des détails : quel contraste avec le récit de la tempête de Jonas, écrit sans doute par quelqu’un qui n’était jamais allé en mer ! On voit que Paul connaissait ce genre de voyages. Après l’île de Crête, le bateau a été emporté par un vent d’ouragan et les voyageurs avaient perdu tout espoir de se sauver. Paul leur dit: « Mes amis, je vous invite à prendre courage : sachez que le navire va se perdre, mais nous n’aurons pas de perte de vies humaines. Car cette nuit, un ange du Dieu auquel j’appartiens et que je sers s’est tenu à côté de moi et il m’a dit : « Ne crains pas, Paul, tu te présenteras au tribunal de César et Dieu t’accorde tous ceux qui voyagent avec toi. Donc, compagnons, reprenez courage, je fais confiance à Dieu». Les voyageurs (276 personnes) prirent courage. Après maintes péripéties, ils arriveront au but. Les chrétiens de Rome avaient une grande envie de le rencontrer. Ils lui étaient très reconnaissants de la Lettre qu’il leur avait adressée. Certains sont allés à sa rencontre sur la Voie Appia. D’aucuns l’ont trouvé au Forum d’Appius, d’autres encore aux Trois Tavernes, à 69 km et à 53 km de Rome, respectivement. Les Actes des Apôtres nous disent que Paul remercia Dieu lorsqu’il les vit et qu’il «s’est senti réconforté». A Rome, on permit à Paul de vivre dans une maison privée sous la garde d’un soldat qui devait le surveiller vingt-quatre heures sur vingt-quatre et le tenir par une chaîne dès qu’il sortait. Dans la capitale de l’empire, Paul rencontrera les responsables de la communauté juive. Sachant que les nouvelles se transmettent d’une communauté à l’autre dans le monde juif, Paul veut prendre les devants. Il est très important pour lui que des accusations qu’on lui a faites et le procès qui en déroule ne le fassent pas passer pour un traître à son pays. Mais il veut plus encore attaquer de front le refus de croire en Jésus. Paul répétera à peu près ce qu’il disait lors de sa première prédication à Antioche de Pisidie (13,46-47) : l’Evangile doit être proclamé d’abord aux Juifs, mais s’ils le rejettent, cela n’empêchera pas la parole de Dieu d’être annoncée à tous les autres peuples. Paul resta deux années entières dans ce logement, c’est-à-dire dans cette demi-captivité : c’était le délai fixé par la loi pour les détentions préventives. Il est donc fort probable que tout se termina par un non-lieu.
Le témoignage final Le Seigneur bénit avec des fruits abondants cette activité des premiers temps de l’Église romaine. Grâce à leur apostolat personnel, les chrétiens faisaient des prosélytes et durant sa captivité, Paul pouvait déjà envoyer aux églises les salutations des chrétiens qui vivaient sous le toit de César (Ph 4, 22). Ces chrétiens de la maison de César étaient des fonctionnaires de l’administration de l’Empire. Certaines traditions affirment qu’alors Paul réalisa le rêve d’aller en Espagne (Rm, 15,24). Un voyage qui voulait dire aller plus loin que Rome, ville qu’à l’époque on considérait comme le centre du monde. Cela donne une idée du zèle de Paul pour créer de nouvelles communautés partout, sans attendre que celles qu’il venait d’établir soient parfaites. En 64 éclata à Rome la première persécution des chrétiens. Selon l’historien Tacite, accusé de favoriser ses projets d’urbanisme et d’avoir allumé le feu qui embrasa certains quartiers de la ville, Néron lança une persécution contre les chrétiens, «Tigellin, préfet du Prétoire, conduisit les arrestations des chrétiens. Celui dont ils tiraient ce nom, Christos, avait été, sous le règne de Tibère, supplicié par le procurateur Pontius Pilatus... On commença donc par saisir ceux qui confessaient leur foi, puis, sur leurs révélations, une infinité d’autres... On fit de leurs supplices un divertissement: les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens; beaucoup, mis en croix, étaient, lorsque le jour avait disparu, brûlés pour éclairer la nuit. Néron avait offert ses jardins [de sa villa du Vatican] pour ce spectacle et donnait des jeux au Cirque, se mêlant au peuple en habit de cocher, ou conduisant un char. Aussi quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les cœurs s’ouvraient-ils à la compassion, en pensant que ce n’était pas pour le bien public, mais à la cruauté d’un seul, qu’ils étaient immolés.» (Annales XV).
Sur la route d’Ostie Parmi ces victimes, Pierre et Paul. Leur martyre eut lieu l’an 65 ou 66. La tradition dit que Pierre, condamné au supplice de la croix, demanda à être crucifié la tête en bas, ne se jugeant pas digne de mourir de la même manière que son divin Maître. Il a été enterré dans les domaines de la colline du Vatican. Des fouilles récentes ont permis de découvrir sa tombe contenant des ossements et marquée de différentes inscriptions. Le lieu du martyre de Paul est actuellement dans le quartier de l’EUR, au sud de Rome. D’après des traditions anciennes, Paul eut la tête tranchée, près de la route Ostiense, sur un terrain élevé et près d’un pin. Sa tête roula sur la pente et rebondit trois fois par terre faisant miraculeusement jaillir trois fontaines: c’est la raison pour laquelle l’ancienne église et l’abbaye bâtie plus tard porteront le nom de ‘ad Tres fontes’, Trois fontaines. Un lieu qui a eu des visiteurs illustres tout au long des siècles : Charlemagne y pria à Noël, en l’an 800; ce fut un jour de l’an 1138 que saint Bernard, alors qu’il disait sa messe, eut la vision de l’échelle qui allait jusqu’au Ciel; saint Philippe Néri s’y rendit en 1556 pour prier et demander conseil à l’un des moines, pour savoir s’il devait partir aux Indes en tant que missionnaire. Le moine lui dit: «N’y vas pas Philippe, car tes Indes sont à Rome». Le corps de Paul fut déposé à deux mille du lieu de son martyre, dans la propiété que la chrétienne Lucina possédait sur la route Ostiense. Sur la tombe de Paul, l’empereur Constantin construit en 313 une basilique, remplacée dès 390 par une autre plus grande: St Paul Hors les Murs. C’était la plus grande basilique de Rome avant la reconstruction de St Pierre au XVIème siècle. Un incendie la ravagea en 1823. Elle fut alors entièrement reconstruite. Le plan original de la Basilique a été préservé.
Gaétan N. Yawo
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