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Vivre ensemble |
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Le continent africain «est le grand espoir de l’Eglise», a affirmé Benoît XVI le 2 mars 2006, en soulignant la croissance et l’importance des catholiques africains pour l’Eglise universelle. Les Eglises africaines se préparent au grand rendez-vous 2009 : le Synode Spécial des Evêques de l’Afrique.
En 1969, l’année de l’atterrissage du premier humain sur la lune, Paul VI devint le premier pape à visiter l’Afrique. Deux ans auparavant, il avait envoyé un message spécial au continent africain (Africae Terrarum), une sorte de bénédiction officielle de l’Eglise pour les valeurs de la culture africaine. Aux participants au premier symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et Madagascar ( SCEAM) à Kampala, Ouganda, le Pape défia les évêques «Dès maintenant, vous les africains, vous êtes devenus les missionnaires de vous mêmes». Réaliser cette mission, ce n’est pas facile. Après la vague des indépendances, dans les années soixante-dix, un nombre croissant de régimes «répressifs» vit le jour en Afrique. Les chrétiens en Ouganda, Congo/Zaïre, Ethiopie, Soudan, Angola et Mozambique connurent des contraintes et parfois de vraies persécutions. C’était un temps, aussi, pendant lequel l’importance des catéchistes a été redécouverte et fut lancé le projet pastoral des Petites Communautés de base. Des communautés dirigées par des responsables laïcs ou catéchistes, dans lesquelles les gens écoutaient ensemble la Parole de Dieu et s’occupaient les uns des autres, ouvrit la porte à l’expérience qu’ils appartenaient à une famille plus large, l’Eglise.
De nouveaux chemins L’exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, sur l’évangélisation dans le monde moderne, publiée par Paul VI en 1975, souligna la nécessité d’une évangélisation renouvelée et plus profonde, destinée à rejoindre le cœur des peuples et des cultures. C’est ainsi que l’Eglise africaine établit ces communautés de foi autosuffisantes, avec leurs propres ministres et missionnaires. Et avec de résultats différents, succès, faillites. Jean Paul II encouragea et accompagna le chemin de l’Eglise en Afrique à partir des années 80 jusqu’à sa mort, en 2005. Il fit 14 voyages et visita 42 pays en Afrique. Son encyclique, la Mission du Rédempteur, en 1990, ralluma la ‘missio ad gentes’, l’évangélisation des gens qui ne connaissent pas l’évangile et lança la ‘nouvelle’ évangélisation’ du monde. En s’agenouillant dans la maison des Esclaves à l’Ile de Gorée, Sénégal, en 1992, le Pape demanda pardon pour la participation dés chrétiens dans la traite négrière. 11 ans plus tard, les Evêques africains ont suivi son exemple: de Gorée, réunis à la fin de la 13è assemblée panafricaine, eux aussi demandèrent pardon. Et ils ont envoyé un message aux Chefs d’Etat africains, leur demandant de prendre leurs responsabilités et d’arrêter les nouvelles formes d’esclavage qui oppressent les peuples: la prostitution forcée, le tourisme sexuel, le trafic d’enfants, les enfants soldats, les divisions et les conflits interétatiques. En réalité, depuis que les régimes les plus dictatoriaux furent renversés dans les années 90, aussi les responsables de l’Eglise récupérèrent une plus grande liberté d’expression. Ensemble, avec une communion interne plus forte. Son top fut la célébration du premier Synode africain. Après une période de consultation avec les communautés chrétiennes de la base, des centaines d’évêques africains se réunirent à Rome autour du successeur de Pierre pour ‘réfléchir’ sur l’Eglise en Afrique et sa mission évangélisatrice vers l’an 2000. L’Eglise africaine a changé énormément. Il y a 50 ans, les catholiques étaient 24 millions, aujourd’hui ils sont 160 millions. Les prêtres diocésains sont 19.959, alors qu’en ce temps-là, ils étaient 2500. Les évêques étaient 25, alors qu’aujourd’hui ils sont 630. Les cardinaux sont 13, alors qu’il y a un demi siècle, il n’y en avait aucun.
Un cadre complexe Des chiffres, cependant, qui doivent être vus dans le contexte d’un continent dont les habitants (936 millions), du point de vue religieux, appartiennent à trois grandes religions: musulmane 377 millions (40%); christianisme 326 millions (35%), dont 17% catholicisme; religion traditionnelle 233 millions (25%). Ce cadre est rendu très complexe par les adhérents aux innombrables Eglises africaines indépendantes (10.000, selon certaines statistiques), et les sectes qui se multiplient comme des champignons. Naturellement ce panorama doit être complété par les considérations suivantes. Les catholiques sont une petite minorité dans certains pays (Afrique du Nord, pays du Sahel, Soudan, Somalie). Une minorité importante à côté d’autres dénominations chrétiennes (Erythrée, Ethiopie, Kenya, Namibie, Afrique du Sud) ou musulmanes (Nigeria, Tanzanie), ou fidèles des religions africaines traditionnelles (Bénin, Burkina Faso, RCA, Togo, Zambie, Zimbabwe). La majorité de la population (Angola, Burundi, Congo, RDC, Rwanda, Ouganda). Toutes ces divisions rendent impossible une vision suffisamment complète de l’histoire de l’Eglise en Afrique au cours des derniers 50 ans. La vie de la communauté catholique en Libye ou au Maroc, par exemple, est caractérisée par un témoignage silencieux de solidarité et de charité, alors que la pratique publique de la foi chrétienne est limitée par les lois et les traditions islamiques.
Le grand message Le premier ‘Synode Spécial des Evêques de l’Afrique’ fut organisé à Rome en 1994. Evangélisation, inculturation, dialogue, justice et paix, moyens de communication sociale: voilà les cinq domaines qu’on avait pris en considération par ce qui est d’ordinaire appelé le ‘premier Synode africain’. Les Evêques proposèrent leurs réflexions aux chrétiens du continent en présentant, notamment, l’Eglise comme la Famille de Dieu en Afrique. En 1995 le pape Jean-Paul II présenta officiellement à Yaoundé, Johannesburg et Nairobi Ecclesia in Africa (L’Eglise en Afrique), un document destiné à indiquer aux catholiques africains le chemin à parcourir à l’approche du troisième millénaire. Un message de ‘résurrection et d’espérance’, qui fut reçu avec enthousiasme dans tout le continent. Cependant, sa traduction dans la vie de tous les jours s’est révélée beaucoup plus compliquée. Tandis que les évêques étaient à Rome, au Rwanda le génocide vit impliqués un grand nombre de catholiques, membres de la même Eglise, famille de Dieu, laïcs, religieux, prêtres. Des pages horribles, où toutefois ne manquèrent pas des gestes héroïques de nombreux martyrs. D’autres épisodes déplorables eurent lieu dans les années suivantes, comme le massacre de Karungu en 2000, lorsque plus de 500 individus sont morts brûlés dans une église du sud de l’Ouganda ou l’abandon de l’Eglise de la part de l’archevêque Emmanuel Milingo de Lusaka (Zambie) et ses sympathisants. Un épisode, celui-ci, qui retentit dans les médias beaucoup plus que l’exécution sordide de l’archevêque de Bukavu (R. D. Congo), Mgr Christophe Munzihirwa en octobre1996.
Des défis Le choix d’un thème nouveau ne signifie pas que les problèmes proposés en 1984 aient été résolus. Des thèmes tels que l’inculturation, le mariage chrétien, le culte des ancêtres, la liturgie, l’évangélisation en profondeur, l’Eglise comme famille de Dieu, les communautés de base, l’œcuménisme, le dialogue avec les autres religions sont des défis demandant une action urgente et adéquate. On pourrait en ajouter d’autres à la liste, comme la dépendance économique de l’Eglise africaine de l’hémisphère Nord, la persistance du pouvoir de la magie, qui mine une complète et sincère adhésion au Christ, la nécessité de collaborer avec les religions traditionnelles africaines pour sauvegarder et protéger les valeurs de la vie, présentes dans toutes leurs formes. Il y a aussi un besoin sérieux pour l’Eglise d’être moins cléricale et plus ouverte aux nouveaux ministères, à la reconnaissance de la dignité du rôle de la femme, d’être plus proche de la jeunesse, qui représente la moitié de la population africaine. Le peuple de Dieu s’attend à des candidats au sacerdoce mieux sélectionnés et formés, des théologiens capables d’aider les croyants à se sentir chez eux dans l’Eglise et d’enrichir l’Eglise universelle avec le don de la culture et de la sagesse traditionnelles. Les prêtres sont appelés à assurer leur formation permanente, à ne pas trop se soucier de leur sécurité matérielle et de la carrière, à partager la mission du Christ, en communion avec leurs évêques. Ces derniers sont appelés à être des leaders ‘serviteurs’, près du peuple, notamment des pauvres, à la suite du Bon Pasteur et en donnant leur vie pour ceux qui sont confiés à leur ministère.
Un pas en avant L’Eglise catholique africaine continue son chemin vers la maturité. En regardant ce que la puissance de Dieu a fait dans le continent au cours des derniers cinquante ans et le progressif déplacement de la chrétienté de l’hémisphère nord à l’hémisphère sud, on doit partager la vision de Benoît XVI, que « l’Afrique est la grande espérance de l‘Eglise». Le défi auquel l’Eglise doit faire face est de grandir dans la fidélité au Christ, plus missionnaire dans l’esprit et dans la pratique, soucieuse des pauvres, afin de devenir vraiment une «espérance pour l’Afrique ». Vivre ensemble comme des membres qui s’aiment, de la même famille de Dieu, est plus facile à dire qu’à faire. Dans de nombreux pays, après une bonne préparation et un accueil enthousiaste, l’application semble avoir été pauvre. La plupart des choses proposées par l’Eglise en Afrique attendent d’être mises en oeuvre. La convocation d’un autre synode pour l’Afrique, qui aura lieu l’année prochaine, est donc un autre pas en avant et une autre opportunité et grâce pour l’Eglise en Afrique.
Joseph Franzelli, Evêque de Lira (Ouganda)
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Kibwila: L’Afrique de l’espoir |
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