Village planétaire, Maison commune, Mondialisation

Nous vivons en Afrique, mais nous sommes liés au monde entier. Nous faisons partie d’un monde qui est en  train de devenir un « village planétaire ». Le premier à en parler a été Marshall McLuhan (1911-1980), un Canadien, qui, partant de l’étude des médias, est arrivé à la conclusion que la «Galaxie Gutemberg » (Gutemberg étant l’inventeur de la presse écrite vers 1450 de notre époque) était terminée. Les nouveaux moyens de communication sociale permettent de développer les rapports entre individus et entre pays d’une manière exponentielle, si bien que les frontières ne constituent plus un vrai obstacle à la communication humaine et le monde n’est plus un ensemble de pays, mais un «village global».

Nous assistons de nos jours, surtout à partir des années 1990, après la fin de la Guerre froide et l’irruption de la Chine dans la scène internationale, à une autre vision du monde.

L’Europe n’est plus le centre de la planète, l’Occident non plus. Au lieu d’être contrôlée par les Etats, l’économie est toujours plus dans les mains de sujets - individus ou sociétés multinationales- qui ne se soucient que des résultats économiques positifs.

 

 

Le docteur Philippe Biyoya Makutu, directeur de l’Ipris (Institut Panafricain de Relations Internationales et Stratégiques) de Kinshasa, l’a bien dit dans un article paru dans Le Potentiel (04. 07. 2008) : la RDC avec ses immenses richesses risque d’être spoliée de tout, si les responsables ne font pas attention aux rapports qui existent entre pays, entre instances internationales, entre sociétés multinationales, dans une époque où la mondialisation s’impose comme l’organisation économique et sociale du monde entier.

 

Il est nécessaire

La mondialisation est bel et bien une réalité que nous devons connaître et avec laquelle il faut vivre. Déjà en 2001, Afriquespoir publia un dossier pour aider ses lecteurs à comprendre que le monde est notre pays et que la famille humaine est une seule. Et pour signifier l’importance du phénomène et la nécessité d’en parler de la manière la plus exhaustive possible. Il faut maintenant penser le monde en termes de mondialisation.

Hier encore, il fallait traverser territoires et océans pour en savoir plus. Aujourd’hui les déplacements des habitants de la planète (tourisme, migrations, etc.) sont en train de se multiplier d’une façon exponentielle. Aux Etats-Unis, à chaque heure, 10.000 avions survolent le pays. Il suffit d’un simple clic sur l’ordinateur et les données recherchées sont là. Aimeriez-vous retirer de l’argent que quelqu’un vous envoie de l’autre côté du globe? La mondialisation vous donne la latitude de le recevoir en ligne.

Dans le monde, le nombre d’utilisateurs du téléphone portable est d’environ de deux milliards. Ils assurent également les échanges entre personnes d’un bout à l’autre de la planète, et d’une façon parfaitement fiable. Or, ces échanges, facilitant la conduite des affaires ainsi que les relations personnelles, permettent de nouer un nombre incalculable de liens entre les individus et les peuples. Autrement dit, les satellites nous rapprochent les uns les autres de jour en jour. Des satellites munis de radars montrant des détails de l’ordre du mètre à la surface terrestre, de jour comme de nuit, quelles que soient les conditions météo. Plus près de nous, les récents Jeux olympiques, à Beijing. Alors que le centre d’intérêt étaient les performances des 10.624 athlètes du monde entier réunis dans la capitale chinoise, il a fallu pas moins de 22.000 journalistes pour faire le relais, 24 heures sur 24, à 4 milliards de téléspectateurs répartis sur la planète entière.

 

Le pire?

Comment calculer, désormais, le flot de textes et d’images qui nous poursuivent à chaque instant, que nous le voulions ou non? Face à cette réalité, les avis sont  multiples et même contradictoires. «L’important pour survivre dans ce monde – disait le patron de Nestlé à Davos (Suisse) en 2002 – c’est d’être plus compétitif que son voisin!»

‘Globalisation, le pire est à venir’, c’est le titre du livre de Patrick Artus et Marie-Paule Virard (Ed. La Découverte, juin 2008). Depuis la chute du Mur, la globalisation a déchaîné des forces d’autant plus indomptables qu’elles ne sont pas régulées de manière coopérative et qu’elles sont devenues le champ clos de tous les égoïsmes. La mondialisation? C’est une machine inégalitaire qui mine les tissus sociaux et attise les tensions protectionnistes; un chaudron qui brûle les ressources rares, encourage les politiques d’accaparement et accélère le réchauffement de la planète… Des mesures radicales sont nécessaires pour enrayer la course folle de la globalisation, cette énorme machine à prendre du revenu aux uns pour le redistribuer aux autres.

Pour ce faire, il faut au moins trois conditions.  Premièrement, il est nécessaire de repenser l’idée du progrès. Sinon, on risque de tomber dans les désastres économiques et écologiques des sociétés nazis, fascistes, communistes et leurs progroms d’extermination de masse.

Deuxièmement, il faudra renouveler les idées d’humanité et d’humanisme. La famille humaine est une réalité unique et ses membres ont tous la même dignité et la même importance.

Troisièmement, la perception des espaces légitimes doit changer. Le monde n’est plus un ensemble de pays qui se côtoient comme des vases clos, mais une seule et unique réalité.

Quelques petits exemples en sont des illustrations, peut-être banales, mais pourtant parfaites de l’importance à attacher à la mondialisation.

 

Quelques chiffres

«La mondialisation est un ouragan», écrit Ignacio Ramonet, directeur du Monde Diplomatique et auteur, avec Ramón Chao et Jacek Woźniak de «Abécédaire partiel, et partial, de la mondialisation» (Plon, 440 pg.). Elle est une deuxième révolution capitaliste, dont les acteurs ne sont plus les Etats comme au temps de la première, mais des individus, des entreprises, des conglomérats, des groupes industriels et financiers privés qui entendent dominer le monde. Les «maîtres du monde» n’ont jamais été aussi peu nombreux et aussi puissants.  Ils sont situés tous dans la ‘’Triade’’ USA, Europe et Japon. La Chine et l’Inde sont encore en train de faire les premiers pas. La mondialisation actuelle n’a pas besoin de s’emparer des pays géographiques, mais elle entend conquérir les marchés. Au temps de la colonisation, on visait la prise de possession des territoires, actuellement on veut exclusivement  leurs richesses. Selon le «Rapport mondial sur le développement humain 2003 » du PNUD, en 1960 les 20% de la population mondiale vivant dans les pays les plus riches avaient un revenu 30 fois supérieur à celui des 20% les plus pauvres. En 1995, leur revenu était 82 fois supérieur.

A l’échelle mondiale, près de 3 milliards de personnes, soit presque la moitié de l’humanité, vivent avec moins de 3 dollars par jour. Sur les 5 milliards d’habitants que comptent les pays en voie de développement, un tiers n’a pas accès à l’eau potable; dans le  cinquième de cette population, des enfants n’absorbent pas suffisamment de protéines et 2 milliards souffrent d’anémie. Selon les Nations Unies, il suffirait de prélever le 4% de la richesse cumulée par les 225 plus grosses fortunes du monde pour assurer à toute la population de la planète l’accès aux besoins de base (= nourriture, eau potable, éducation, santé, logement).

Des dangers nouveaux se manifestent un peu partout : spéculation financière, crime organisé, réseau mafieux, fanatisme religieux, corruption, pandémies nouvelles (sida, ébola, vache folle, SRAS, etc.), pollution, effet de serre, désertification, dérèglements climatiques, prolifération nucléaire, etc. Véritablement, la mondialisation est en train de transformer la société actuelle, les valeurs traditionnelles disparaissent et les communautés humaines deviennent des «foules solitaires».

 

... qu’on cache

Ce qui compte dans le monde d’aujourd’hui, ce sont les marchés financiers. Ce sont eux qui ont le pouvoir au niveau mondial. Et ce pouvoir «global» l’emporte sur le national et il est capable de dicter la loi aux Etats particuliers. Nous étions habitués, dans l’économie, à considérer le rapport entre capital, matières premières et travail. Aujourd’hui tout a basculé.  Un groupe économique, une multinationale, pour établir la relation entre ces trois facteurs, ne tient plus compte ni des frontières, ni des lois, mais seulement de l’exploitation intelligente de ces trois facteurs. Cela produit la délocalisation du travail (on investit là où la main d’œuvre est moins chère), le déplacement des capitaux avec le recyclage des bénéfices provenant des affaires louches (drogue, contrebande des matières premières, contrefaçons des biens et des produits, etc.).

On parle de plus de 1.500 milliards de dollars par an, c’est-à-dire bien plus  que le produit national brut d’un tiers de l’humanité,  comme  somme totale d’argent qui provient d’une manière frauduleuse et qui est investie par les grandes banques dans les milieux d’affaires du monde entier.

La mondialisation est aussi responsable du pillage planétaire. Les grands groupes économiques n’ont pas de scrupules quand ils saccagent l’environnement, quand ils tirent profit des richesses de la nature desquelles dépend la vie même de l’humanité.

Ici les structures de l’Etat traditionnel connaissent des problèmes de fonctionnement, surtout dans les pays du Sud, parce qu’elles sont inadaptées à lutter contre la mondialisation et ses effets sur la vie des hommes, à l’exemple de la déforestation dont l’Afrique subit les conséquences fâcheuses à un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale.

 

Environnement

Un atlas publié par l’Onu montre des images prises par satellite et qui permettent de mesurer notamment l’extension de la déforestation,  problème majeur pour 25 pays africains dont la RDC, le Malawi, le Nigeria, le Rwanda. A la  frontière de l’Ouganda et de la RDC, affirme le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (Pnue), les glaciers des Monts Ruwenzori, qui culminent à 5.109 mètres, ont rétréci de moitié entre 1987 et 2003. Toujours selon cette source, 300 millions de personnes sont exposées à des pénuries d’eau dans le continent, et les zones sub-sahariennes concernées par ce phénomène devraient s’étendre d‘un tiers d’ici 2050.

Grâce au phénomène de la mondialisation, les économies des pays de la Terre sont de plus en plus interdépendantes et d’une manière plus étroite. En effet, les capitaux circulent librement,  ils ne connaissent plus de frontières. Les marchés financiers sont en mesure de dicter leurs lois aux Etats. Si par exemple un pays veut imposer des lois au capital, les marchés financiers le punissent en faisant fuir les investissements vers d’autres places où il y a plus de  «liberté.»

Le global l’emporte toujours sur le national et l’entreprise multinationale privée gagne souvent sur l’Etat. Le premier souci d’une entreprise multinationale privée ne tient jamais compte de la solidarité à l’intérieur de la collectivité. Ce qui compte pour elle, c’est l’intérêt économique. Et cela peut  amener finalement au divorce entre la logique du marché et celle de la démocratie. Dès lors, où allons- nous? Nous sommes en train d’aller vers un diktat unique: s’adapter aux injonctions anonymes des marchés, construire un «homme mondial» vidé de sa culture, de son identité, du sens de l’autre. Dans la société actuelle, nous nous sentons comme englués par une sorte de doctrine visqueuse qui étouffe toute richesse culturelle, toute donnée particulière, tout sens de la relation humaine collective. Cette nouvelle idéologie, cette «pensée unique» est la seule autorisée et propagée par tous les moyens de communication sociale. Elle est propre des grandes institutions internationales, définie déjà en 1944 avec les accords de Bretton Woods et des géants des activités financières et industrielles. Ceux-ci disposent du pouvoir nécessaire pour contrôler et orienter les choix politiques et économiques des Etats.

Cette idéologie est diffusée comme une nouvelle «bonne nouvelle» par tous les moyens dans le monde entier. Elle peut être résumée dans cette phrase: «Ce n’est pas la démocratie ou la culture l’état naturel de la société. Le marché oui!».

L’économie alors, débarrassée de tout obstacle à caractère social, est placée au poste de commandement. Et comme conséquences: libre échange, qui devient facteur de développement; globalisation de la production manufacturière et des flux financiers; division internationale du travail pour modérer les revendications syndicales et baisser le coût salarial; monnaie forte qui serait un facteur de stabilisation; privatisation et libéralisation. Au fond, «moins d’Etat» en faveur des revenus du capital. Et toujours une grande indifférence à l’égard des coûts écologiques.

 

Les grandes décisions

Toute résistance ou toute critique à cette idéologie sont condamnées. Dans les années 1930, on appelait «régimes totalitaires» les régimes à parti unique qui n’admettait aucune opposition organisée, comme le régime fasciste, hitlérien ou stalinien. En ce début de XXIème   siècle, nous sommes en train de faire l’expérience d’un autre type de totalitarisme, celui des «régimes globalitaires». La mondialisation peut tuer le marché national, fondement du pouvoir de l’Etat particulier. De cette manière, les Etats n’ont plus le pouvoir de s’opposer aux marchés ou des contrôler les flux formidables des capitaux.

Les privatisations massives et le libre flux des capitaux permettent le transfert de décisions capitales (par exemple : en matière d’emploi, de retraites, d’éducation, de santé, de protection de l’environnement, etc.) de la sphère publique à la sphère privée. Dans les années 1970, le nombre des sociétés multinationales ne dépassait guère quelques centaines. Aujourd’hui, elles sont plus de 40.000. Le chiffre d’affaires global des 200 principales entreprises de la planète représente plus d’un quart de l’activité économique du monde entier, mais la main-d’œuvre employée ne dépasse pas 0,75%. Ces grandes multinationales ne cessent de fusionner en vue de bénéfices plus importants et d’épargne de main-d'œuvre. Les 23 entreprises les plus puissantes de la planète vendent plus de produits que certains pays comme l’Inde, le Brésil, le Mexique ou l’Indonésie. A elles seules, elles contrôlent le 70% du commerce mondial ! Le cinquième le plus riche de la population de la planète dispose de 80% des ressources. Et le cinquième le plus pauvre dispose de moins de 0,5%!  Les « maîtres du monde », dans la situation actuelle, ne sont pas des individus, mais des forces qui obéissent à des mots d’ordre précis, comme le suivant : «tous les pouvoirs aux marchés!».

Le financier  américain d’origine hongroise George Soros, disait à ce propos: « Les marchés votent tous les jours. Ce sont les marchés qui ont le sens de l’Etat ». En 40 ans, il a accumulé une fortune estimée à 7,2 milliards de dollars en 2004. Il reconnaît pourtant que le système financier actuel est néfaste pour le développement des pays les plus pauvres. Et devant les désastres sociaux et écologiques produits par la mondialisation, il en est devenu un des plus féroces adversaires. Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations Unies, lui aussi a dit : «la réalité du pouvoir mondial échappe largement aux Etats. Tant il est vrai que la mondialisation implique l’émergence de nouveaux pouvoirs qui transcendent les structures étatiques ».

 

Les critiques

Les critiques à la mondialisation exprimées par George Soros et par Boutros Boutros-Ghali ne sont pas les seules. Les prophètes de la mondialisation nous assuraient que grâce à la main invisible des marchés, les problèmes de l’augmentation du chômage, de la désindustrialisation, du délabrement des services publics, des désastres écologiques, etc. seraient résolus. Faux ! Dans la réalité, il y a un petit groupe de privilégiés d’un côté et de l’autre la grande foule des précaires, des exploités, des exclus. A l’échelle mondiale, la pauvreté est la règle et l’aisance l’exception. Les inégalités sont patentes et les flux migratoires des populations en sont une preuve palpable. Le patrimoine des 15 personnes les plus riches de la terre dépasse le PIB (produit interne brut) total de l’ensemble des pays de l’Afrique subsaharienne !

La mondialisation a favorisé une dilatation gigantesque de la sphère financière: le montant des transactions sur les marchés des changes atteint les 2.300 milliards de dollars par jour. Le montant des transactions financières internationales est 50 fois plus important  que la valeur du commerce international. On comprend alors le coût toujours plus élevé du baril de pétrole! Si un gouvernement démocratique souhaite réaliser une politique favorable à la croissance et à l’emploi, quitte à rogner un petit rien sur les profits, les investisseurs internationaux sanctionneraient immédiatement ce pays, en attaquant la monnaie ou en vendant massivement les titres de ses entreprises. Nous sommes en présence d’une sorte d’un exécutif planétaire, qui constitue le gouvernement réel du monde. Cinq milliards de personnes vivant dans le besoin extrême, tandis que quelques millions de privilégiés sont dans l’opulence. En face de ce pouvoir réel, il faudrait un contre-pouvoir.

 

Un autre monde est possible.

Le contre-pouvoir traditionnel n’a en effet plus de force. Les parlements, les partis politiques, les médias sont trop locaux, trop divisés et parfois complices. On sent le besoin d’un contre-pouvoir au niveau mondial. C’est ce qui a été fait, par exemple, à Porto Alegre (Brésil) lors du Forum Social Mondial en 2002. Devant les ravages de la mondialisation, surtout dans les domaines économique et social, il faut une nouvelle génération de droits et de droits collectifs: droit à la paix, droit à l’information, droit à la vie, droit au développement des peuples, droit au respect de la nature, etc.        

Il faut donc fonder une économie basée sur le développement durable et plaçant l’être humain au cœur des préoccupations de tous les responsables du Monde. Les Etats doivent avoir le courage et la force de prélever une partie des richesses des gagnants de la mondialisation pour la redistribuer aux perdants.  A l’instar de la taxe Tobin  (du nom de James Tobin, conseiller du président John Kennedy, prix Nobel d’économie en 1981) qui l’a proposée, en vue de limiter les fluctuations du taux de change, taxe qui pourrait générer 300 milliards de dollars par an, capables de financer des programmes sociaux en faveur des pauvres de la planète.

Selon les Nations Unies, avec seulement les 10% de cette somme, on pourrait dispenser les soins élémentaires à tout le monde, vacciner tous les enfants, éliminer la malnutrition, approvisionner tout le monde en eau potable. Avec les 3% de cette somme, on pourrait réduire de moitié l’analphabétisme des adultes, rendre l’enseignement primaire universel, donner aux femmes un niveau d’éducation élevé, etc. Malgré tout, la taxe Tobin ne suffit pas pour éliminer les dégâts de la mondialisation surtout dans le domaine économique et financier. Il faut aussi  supprimer les paradis fiscaux, paradis des mafias, zones où règne le secret bancaire et qui servent à dissimuler les fruits des délits de la criminalité financière. Quant aux pays en développement, il faut leur donner la place qu’ils méritent dans les instances internationales, il faut mettre fin  à la politique d’ajustement structurel, il faut annuler leur dette publique et augmenter l’aide au développement, ce développement qui ne peut pas prendre pour modèle celui des pays développés actuellement, parce qu’écologiquement insoutenable.

 

Les plus faibles

Oui, un autre Monde est possible ! Et l’enseignement de l’Eglise est là pour nous en indiquer le chemin.

S’adressant aux Grands du G8 qui se réunissaient au Japon, Benoît XVI a dit le 06.07.2008: «Je m’adresse aux participants à la rencontre de Hokkaïdo (Japon), je leur demande de mettre au centre de leurs délibérations les besoins des populations les plus faibles, qui ont une vulnérabilité accrue à cause des spéculations et turbulences financières.» Le Pape parlait ainsi sans ambages des effets néfastes de la mondialisation.

Jean Paul II  avait dit aux travailleurs chrétiens réunis en Assemblée à Sao Paulo (Brésil) en mai 2000 : «Si la mondialisation de l’économie et le développement des nouvelles technologies offrent de réelles possibilités de progrès, ils n’en multiplient pas moins en même temps des situations de chômage, de marginalisation et d’extrême précarité dans le travail.» La mondialisation n’est pas un phénomène inéluctable. «Il ne s’agit pas de quelque chose de fatal, car elle est le fruit de choix libres ». Jean Paul II l’a même qualifiée de « grand signe de notre temps », comportant des éléments aussi bien positifs que négatifs. Comme aspects positifs, on peut notamment prendre en compte l’augmentation de la production, l’intensification des relations entre les pays et les cultures, le renforcement du processus d’unité entre les peuples, de nouvelles possibilités de déployer la solidarité  avec les membres  moins favorisés de la famille humaine, etc.

Mais les aspects négatifs ne pèsent pas moins sur la balance: «Si la mondialisation est régie par les seules lois du marché, appliquées selon l’intérêt des puissants, les conséquences ne peuvent en être que négatives.  Telles sont par exemples l’attribution d’une valeur absolue à l’économie, la diminution et la détérioration de certains services publics, la destruction de l’environnement et de la nature, le chômage, l’augmentation des différences entre riches et  pauvres, la concurrence injuste qui place les nations pauvres dans une situation de précarité toujours plus marquée, etc.

 

Le doigt dans la plaie

Ecoutons ce que, par exemple, les Evêques de France nous disent à ce propos: «Le XXIème siècle s’ouvre sur un capitalisme triomphant, dans lequel le marché est la loi ; le profit, la norme d’action; la consommation, l’objectif. Nous ne nous résignerons jamais à une mondialisation synonyme d’exploitation.»

Pour leur part, les évêques des Conférences épiscopales de l’Afrique de l’Est, le 11 juin 2005, paraphrasaient: «Nous sommes horrifiés par les ravages d’un capitalisme incontrôlé qui a enlevé et étouffé la maîtrise des initiatives économiques et conduit à un fossé dangereux entre peu de riches et une majorité de pauvres.»

Michel Camdessus, Français, a été directeur du FMI de janvier 1987 à février 2000. Il connaît donc le fonctionnement de l’économie mondiale. En juin 2000, il a écrit: «La mondialisation sans solidarité, c’est Babel, c’est-à-dire une humanité écrasée et dispersée sous la loi d’un totalitarisme: que ce soit celui de l’argent, de la technocratie ou du pouvoir. Une mondialisation réussie n’est pas selon Babel, mais selon la Pentecôte, où toute communauté humaine s’exprime avec ses différentes valeurs et sa culture. Si l’on n’introduit pas dans la mondialisation un supplément de solidarité, on va à la catastrophe ». La Conférence des Evêques catholiques du Canada n’est pas allée avec le dos de la cuillère. Dans sa lettre du 19 juin 2008 adressée aux chefs des gouvernements membres du G8, les évêques canadiens ont mis à nu les promesses non tenues par ces ‘puissants du monde’: «Il est impérieux que vous réaffirmiez les engagements pris. En 2005, les pays les plus riches du monde ont promis une aide supplémentaire au développement de 30 milliards de dollars par année - dont la moitié pour l’Afrique - jusqu’en 2010.

En plus du maintien de ces engagements, d’autres initiatives doivent être prises dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’aide humanitaire.» S’agissant des changements climatiques, ils ont hardiment pointé du doigt les pollueurs de la nature et réclamé dédommagement: «En tant qu’évêques catholiques, nous sommes particulièrement préoccupés par les répercussions des changements climatiques sur les pauvres. Malgré le fait que ceux-ci aient moins contribué aux activités  qui ont aggravé ces changements, ils en subissent démesurément les effets nocifs. Les pauvres ne peuvent en payer indûment les frais.»

«Grâce au phénomène de la «mobilité» des gens (due aux migrations internationales ou à la situation des réfugiés), les sociétés deviennent de plus en plus multiculturelles. Au moment du changement de millénaire, on estimait qu’il y avait 150 millions de migrants internationaux dans le monde. On estimait aussi que les réfugiés, c’est-à-dire les migrants forcés à l’être, étaient 50 millions. C’est la spontanéité naturelle mondiale des migrations qui octroie aujourd’hui au phénomène une importance particulière. Un nombre croissant de personnes qui jamais choisissent de migrer, se rendant dans de plus en plus de pays. De nombreuses villes du monde sont aujourd’hui peuplées par des groupes culturels très différents.

 

Les «gentes»

Ce mouvement massif de personnes change radicalement à l’heure actuelle la physionomie de nos villes. Et très souvent, la diversité de la culture signifie également différence de religion. Il s’ensuit qu’aujourd’hui, la mission ne peut plus être considérée comme aller à l’étranger, dans d’autres pays. Parce que les «gentes» ne sont pas seulement ceux qui sont à l’étranger. Les «gentes» sont ici, parmi nous, derrière le coin de la rue. Aujourd’hui, il nous faut d’autant plus envisager la mission comme le devoir de construire ou de promouvoir une Église authentiquement multiculturelle, c’est-à-dire une Église qui soit un foyer pour des personnes de cultures différentes, un instrument de dialogue interculturel et un signe d’intégration totale du Royaume de Dieu» (Père A. Pernia, Supérieur gén. des Missionnaires du Verbe Divin). Il faut que tous, individus et collectivités, travaillent ensemble pour que justement la mondialisation soit orientée vers le bien-être de l’humanité. En mai 2000, Jean Paul II écrivait aux travailleurs chrétiens :

«Personne ne doit se résigner à une mondialisation fondée uniquement sur des critères économiques et ne peut s’en remettre à la fatalité de mécanismes aveugles. Au contraire, avec tous les partenaires de la vie sociale, dans le dialogue et la collaboration, les travailleurs sont appelés à s’engager pour éviter les méfaits de la mondialisation et d’une technologie qui écrasent l’homme.» Autrement dit, la mondialisation a besoin d’un visage humain.         

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