L’analphabétisme est toujours là

 

Il y a 50 ans l’Unesco définissait l’analphabétisme comme l’état d’une personne qui ne sait ni lire, ni écrire. Les choses ont changé depuis lors. La définition du terme aussi. L’analphabète du nouveau millénaire n’est plus seulement celui qui ne sait ni lire, ni écrire, mais aussi la personne qui n’achète jamais un journal, qui ignore qu’est-ce que c’est une base de données, qui n’est pas en mesure d’utiliser un ordinateur ou de se connecter via internet.

Mais comment scolariser, par exemple, seize millions d’enfants en Afrique à l’horizon 2010, comment former près de 4 millions d’enseignants? Autrement dit, comment répondre aux défis de l’Objectif du millénaire concernant l’éducation primaire universelle, objectif fixé pour 2015 ?

L’institut de technologie du Massachusetts (USA) a lancé l’opération «One Laptop Per Child» (un ordinateur par enfant). Un petit PC portable à 200 dollars à destination des enfants des pays en développement. Depuis 2007, année de sa véritable mise en œuvre, un million de ces PC ont été distribués, pour l’heure principalement en Amérique latine, grâce à l’opération de solidarité numérique:

«Un PC acheté, un PC donné.»

Dans l’espoir de familiariser les nouvelles générations avec les nouveaux outils informatiques. Affaire à suivre.

 

Ecrit, sur web, une femme: «Beaucoup de gens sont dans mon cas en Suisse, mais ils ont honte de le dire. Moi, j’ai des problèmes pour lire et surtout pour écrire. Lire toute seule, ça va, mais lire à haute voix, ça me stresse et je loupe beaucoup de mots. A l’écrit, les règles de grammaire, la terminaison des mots, les verbes, c’est l’horreur… »

Plus simple. Makengo travaille comme bonne à tout faire chez les Ebong. Elle  est docile et serviable et s’acquitte bien de son travail. Malgré tout, son patron a décidé un jour de la mettre à la porte. Because, elle ne sait pas déchiffrer la liste des commissions.

En Gambie, principalement dans la contrée environnant la ville de Brikama, la plupart des paysans producteurs de cacao et de café, ont été, des années durant, le dindon de la farce pour les gérants sans scrupule de leurs coopératives. Ces derniers sous-évaluaient leurs produits pour ainsi empocher  indûment la différence.

Une étude sur le sida, menée dans 32 pays du monde montre que les femmes analphabètes sont exposées au virus quatre fois plus que celles qui savent lire et écrire. Les affiches collées à l’entrée des dispensaires, battant campagne de la lutte contre le VIH/Sida ou le paludisme, bien qu’illustrées, passent inaperçues aux yeux de beaucoup de femmes d’une bonne partie de l’Afrique Occidentale. Près de la moitié des Canadiens ont de la difficulté à lire les informations écrites qu’ils rencontrent dans leurs activités quotidiennes. Par exemple: les doses sur l’étiquette des boîtes de médicaments. En France, plus de trois millions de personnes (ayant été scolarisées), vivent en situation d’illettrisme…

 

Effets bénéfiques

Ecrivant au Directeur général de l’Unesco (25.08.1982), le pape Jean-Paul II affirmait : «L’analphabétisme est le destin d’un grand pourcentage de la population. Il s’agit là d’un grave handicap pour l’ensemble de la société dans les pays en développement.» Une assertion que Gordimer Nadine, la Sud-africaine Prix Nobel de la Littérature en 1991, illustrera par ces mots: «Etre privé de la possibilité de lire et d’écrire m’apparaît comme une privation insensée de notre humanité. C’est humiliant et avilissant. Si vous êtes illettré, non seulement vous êtes frappé par le chômage, mais vous êtes dans l’incapacité de profiter d’une possibilité de travailler

En effet, depuis les années 90, il a été constaté un lien étroit entre la croissance économique et le niveau d’alphabétisation d’un pays. L’expérience montre qu’une augmentation du niveau d’alphabétisation des femmes équivaut à une hausse du revenu annuel par habitant. Et que 1% du taux de croissance de l’alphabétisation correspond à une augmentation de 2% d’espérance de vie. Le niveau d’éducation des mères a des effets bénéfiques sur la santé et la survie de leurs enfants. Une réalité qui rappelle l’importance d’un autre facteur clé : la prolongation de l’éducation des filles, souvent obligées de quitter l’école en très bas âge pour des raisons diverses (mariage précoce, inutilité pour certains parents d’éduquer les filles, travaux ménagers…), oubliant qu’une fille instruite a plus d’outils pour contrôler sa vie et éviter ainsi de tomber dans le piège facile de la prostitution. Dans les pays développés, la scolarisation des filles et des garçons est quasi-identique, alors que dans les pays en développement, il y a, en moyenne, 22 % de moins de filles scolarisées, le record étant de 26 % dans le monde arabe. En Algérie, 72 % de filles achèvent le premier cycle, qui est obligatoire, contre 86 % des garçons. Mais dans la tranche d’âge 15-24 ans, 37,8 % d’entre elles ne savent ni lire, ni écrire contre 13,8 % des garçons. Le taux de femmes analphabètes est de 53 %, alors qu’il n’est que de 28 % pour les hommes.

Sur les 21 pays du monde où les taux d’analphabétisme des adultes demeurent supérieurs à 50 %, 13 sont africains, soit plus de la moitié.

Si dans le monde, les chiffres publiés par l’Unesco situent  la population des analphabètes à 774 millions d’adultes, les deux cinquièmes de ce triste record se retrouvent en Afrique et en Asie. Au plus bas de l’échelle: l’Afghanistan, où à peine 30% des adultes savent lire et écrire ; Burkina Faso (12,6 % de la population), Mali (24,0 %), Tchad (24,7 %), Niger (28,7%),  Guinée (29,5 %). 

 

Des hauts et des bas

Et on a de la peine à croire que, malgré quelques rares éclaircies ci et là, cette situation pourrait changer dans un avenir proche. Pis encore, non seulement 8 millions d’enfants africains ne sont pas du tout scolarisés, mais encore bien d’autres qui accèdent à l’enseignement primaire le quittent  de manière précoce, courant ainsi le risque de retomber dans l’illettrisme.

De 1970 à ce jour, la spirale des analphabètes de plus de quinze ans ne cesse de s’élargir. D’ailleurs, à en juger dans les programmes des budgets relatifs à l’éducation dans son ensemble, rares sont les pays qui accordent  ne fût-ce que 3 % au secteur de l’éducation non formelle.

L’Afrique est le continent des contrastes par excellence. Cela se vérifie aussi en matière d’enseignement non formel.

Le Maroc, par exemple, poursuit un programme très ambitieux, en faisant de la lutte contre l’analphabétisme une ‘priorité nationale’. L’Unesco a reconnu que ce Royaume était l’un des rares pays au monde dont l’éducation représente au moins le quart des dépenses publiques. En 2005, le Maroc s’est même doté d’une chaîne de TV  éducative «alrabiãa» (la Quatrième ») qui consacre le gros de ses émissions à diffuser des programmes d’alphabétisation en arabe classique. Il est compté, cependant, parmi les cinq (Egypte, Yémen, Algérie, Soudan et Maroc) qui tirent  la queue de l’analphabétisme, totalisant 78 % de tous les analphabètes du monde arabe. C’est vrai que le bilan n’est pas honorable, estime Lahcen Maddi, secrétaire général de la Ligue marocaine de l’Education de base: «22 pays au total comptant encore près de 100 millions d’illettrés pour une population totale de 300 millions de personnes. C’est horrible, mais  il n’est pas moins  vrai que les pays arabes sont diversement touchés par ce fléau, et la situation n’en demeure pas moins grave et en dit long sur l’ampleur du retard accumulé des années durant.»

Les chiffres portant sur le temps de lecture par individu sont là pour prouver le degré d’analphabétisme du monde arabe. Si, ici, un Arabe utilise 6 minutes par an pour la lecture, c’est-à-dire le dixième d’une heure sur toute une année, ailleurs, dans le monde occidental, un individu dépense 12.000 minutes, soit 200 heures par an. L’écart est astronomique! Il est même à craindre que la différence se creuse davantage.

 

Enseignement primaire

Certaines parties de l’Afrique affrontent continuellement des aléas liés à des  contraintes de tout genre, parfois plus prioritaires que la lecture et l’écriture, comme l’environnement, les guerres, la limitation des ressources naturelles,…

Illustratif est le cas de l’Ethiopie. Ce pays a beaucoup investi dans des programmes d’alphabétisation massive. Il a été présent en 1990 à Jomtien, en Thaïlande pour exprimer son  engagement en faveur  de l’accès  à l’enseignement primaire pour tous ses enfants et de réduire de moitié l’analphabétisme de ses adultes. Il était aussi  à Dakar-2000, au Sénégal, où s’est tenu le «Forum Mondial sur l’Education». Il  a figuré parmi les onze pays africains sur les 18 à travers le monde, sélectionnés par l’Unesco pour figurer en ordre utile sur le plan «Education pour tous à l’horizon 2025».

Hélas! Malgré la volonté, il n’y a eu que très peu d’avancée, notamment dans l’alphabétisation qui n’a progressé que de quelques menues coudées entre Jomtien et Dakar. Les experts en éducation de la Banque Mondiale lui ont trouvé quelques excuses.  Ils pensent qu’il  faut bien tenir compte de ces menus pas en avant dans la mesure où ce pays a été affronté à la sécheresse, à la dégradation de l’environnement et surtout à la guerre qu’elle se livrait avec l’Erythrée, sans compter la limitation des ressources et  la multiplicité  des langues utilisées par les autochtones.

Les projections pour l’Afrique ne sont nullement enchanteresses. Sur les 744 millions d’analphabètes adultes - 47 % en Inde et en Chine - 141 millions sont en Afrique sub-saharienne. De 1970 à ce jour, le nombre d’analphabètes de plus de quinze ans n’a cessé d’augmenter, dû en partie à l’accroissement naturel de la population, mais aussi à des  difficultés de tout genre, sociales, économiques, culturelles... que traverse le continent.

Pour vaincre le fléau de l’analphabétisme, on doit investir dans la formation des enseignants. Pour atteindre les objectifs fixés pour 2015 par l’Unesco, il manque au moins 18 millions d’enseignants. La situation est particulièrement grave en Afrique où les enseignants ont des classes de 60 élèves et plus. Au Bénin, où «une fille d’âge scolaire sur 3 ne va pas à l’école; la norme retenue, 50 élèves par classe, n’est pas respectée. Actuellement, dans plusieurs écoles, on est à 80 élèves et plus par classe et on note que, en moyenne, il y a une table-banc pour 4 à 6 élèves au lieu de 2 élèves» (source Unicef).

En Ouganda, débuts années ’90, il y avait un enseignant pour 30 élèves. Quelque temps plus tard, grâce aux programmes gouvernementaux de scolarisation, le rapport était de un pour 60. La situation s’est aggravée dans les premières classes du primaire, avec un enseignant pour 100 élèves. La réalité d’un enseignant qui fait face à plus de 100 élèves sous un manguier n’est que trop commune, dans d’autres pays aussi. Un Guinness mériterait l’instituteur de l’école de Kati Koko (Mali), avec une classe de 210 élèves et où «Pas le moindre centimètre carré de libre, pas une seule allée pour accéder au fond de la salle, le maître peut tout juste se mouvoir pour utiliser le tableau noir» (L’Essor, 16.10.2008).

Le problème, toutefois, n’est pas seulement ‘quantité’. La première urgence reste toujours la formation des enseignants. Bien des jeunes ne voient pas pourquoi entreprendre cette carrière, qui est aussi une mission, mais souvent rémunérée d’une façon pitoyable! S’il est facile de trouver le financement de la construction d’une école, il est beaucoup plus difficile de faire comprendre que la plupart des enseignants ne sont pas suffisamment payés. (En Afrique le revenu des instituteurs est souvent inférieur de 50% au seuil de pauvreté). Au Zimbabwe, en 2007, quelques 25 000 enseignants ont abandonné leur emploi et quitté le pays pour occuper des postes subalternes essentiellement en Afrique du Sud, tandis que d’autres se sont envolés pour la Grande-Bretagne et l’Australie. Dans beaucoup de pays, en Afrique sub-saharienne en particulier, mais aussi en Amérique latine, y compris de nombreuses régions de l’Inde, l’éducation est théoriquement gratuite, mais en pratique l’enseignement relève des parents qui n’ont pas de quoi payer les enseignants. Sans parler des prix des fournitures scolaires, qui flambent à chaque rentrée.

 

Alphabétisation et santé

En 2007, la Journée internationale de l’alphabétisation avait mis l’accent sur la relation vitale entre l’alphabétisation et la santé. L’alphabétisation renforce la capacité des personnes à tirer parti des possibilités qui leur sont ouvertes sur la santé et l’éducation. Dans des familles alphabétisées, il est, par exemple, plus facile de  mettre en place une petite pharmacie à la maison pour des affections bénignes, surtout si l’on est loin d’un centre hospitalier, ou d’adopter des mesures préventives, cas de vaccinations, sida, paludisme, etc. On avait appelé les gouvernements, les organisations internationales, la société civile et le secteur privé pour qu’ils renouvellent «leur soutien en ce qui concerne les aspects inséparables du droit universel à l’éducation et les fondations essentielles pour l’amélioration des conditions de santé.»

Dans le cas de la pandémie du sida, l’Unesco a recensé 13 millions d’enfants rendus orphelins du sida et contraints d’abandonner les études faute de soutien. Pour leur part, des enseignants, mutés loin de chez eux sont  exposés à des relations sexuelles à risque. Le Kenya en a ainsi perdus 600 dans la seule année 2005 pendant qu’au Mozambique, les dépenses publiques de la même période, accusaient un manque à gagner de 3,3 millions de dollars pour absentéisme des enseignants atteints de sida.

Certains projets menés notamment par l’association Amref (African Medical and Research Foundation), permettent d’affirmer par exemple qu’au Kenya et au nord de l’Ouganda, un impact positif  sur l’absentéisme scolaire a été observé depuis que les autorités ont engagé une guerre contre le paludisme.

           Ce sont justement les retombées de la pauvreté du secteur scolaire sur l’insuffisance d’hommes et de femmes travaillant dans celui de la santé qu’on voudrait rappeler ici.

Selon le rapport de l’OMS, lancé à Johannesburg en mai 2008, le nombre de gens préparés pour faire face aux besoins médicaux de nos populations est extrêmement déficitaire. Alors que l’exigence minimum de l’OMS est de 20 médecins, 100 infirmiers et 228 aide-soignants pour 100.000 habitants. L’Afrique subsaharienne - 11% de la population mondiale -  est concernée par 24% du fardeau mondial de maladies et ne dispose que de 3% du personnel soignant mondial. Médecins sans frontières rappelle qu’une «pénurie de personnel soignant est en train de paralyser le système de santé de l’Afrique et menace la vie de millions de personnes, particulièrement dans les zones rurales.»

Dans notre continent, seule l’Afrique du Sud atteint l’objectif de l’OMS pour une mise à disposition adéquate du personnel soignant : 74,3 médecins, 393 infirmiers et 468 aide-soignants pour 100.000 habitants.

Ce n’est pas le top : en effet, si on compare l’Afrique du Sud (moins de 7 médecins pour 10.000 habitants) contre 21 au Royaume-Uni, 24 aux Etats-Unis, et environ 30 dans beaucoup de pays européens, on voit que le chemin à parcourir est encore long. Après tout, on estime à 150 par an les médecins qui quittent le pays chaque année et parmi ceux qui restent, plus de 60% travaillent dans le secteur privé où ils servent moins de 20% de la population.

L’Afrique du Sud a la possibilité de combler rapidement ce vide, grâce à ses écoles de médecine. L’objectif est de doubler le nombre de diplômés de 1.200 à 2.400 par an d’ici 2014.

 

Tableau insupportable

D’autres pays. Le Lesotho pour un total de 1,8 millions d’habitants dispose de 89 médecins, dont 80 % d’étrangers et de 1.123 infirmiers.

Le Malawi n’a que 10 % de médecins et 40 % des infirmiers par rapport au standard indiqué par l’OMS. En plus, 165 médecins sont concentrés dans les grands centres. Au Mozambique il y a 2,6 médecins, 20 infirmiers et 34 aide-soignants pour 100.000 habitants. La moitié des 608 médecins ne travaillent que dans la capitale, Maputo.

Sans parler d’un secteur spécial, celui des maladies mentales. Si dans les pays où les systèmes de santé générale ne reçoivent déjà que de faibles subventions, ceux de la santé mentale sont totalement délaissés. En Afrique, il y a 1 psychiatre pour 5 millions d’habitants, contre 1 psychiatre pour mille habitants en Europe. Au bas de l’échelle, l’Ethiopie, avec 3 dizaines de psychiatres pour toute la population, soit 76 millions et demi.

Ce qui rend ce tableau insupportable c’est la ‘fuite des cerveaux’. Même les pays qui investissent dans le secteur de l’éducation, voient leurs diplômés dans le secteur médical sortir pour chercher ailleurs des conditions de vie et de travail plus avantageuses.

25% des agents de santé africains sont aujourd’hui en Occident. Plus de 21.000 médecins nigérians sont en train d’exercer aux Etats-Unis, tandis qu’il y a pénurie aiguë au Nigeria.

On peut affirmer que les pays en développement investissent environ 500 millions de dollars chaque année dans la formation  des cadres professionnels des soins de santé, qui sont alors recrutés ou autrement se déplacent vers les pays développés.

A Kinshasa, on parle de Madame X, qui se fait soigner à l’Hôpital Général auprès d’un médecin congolais. Celui-ci estime le cas si grave qu’il faille aller en Afrique du Sud où l’infrastructure s’y prête bien. On lui indique la ville où elle doit atterrir, le centre médical où se rendre ainsi que la période idéale pour prendre les soins. Fortunée, la dame obéit à la lettre. Arrivée à Durban, qui voit-t-elle ? Son médecin de Kinshasa ! Oui, décidément, le médecin travaille aussi bien en RDC qu’en Afrique du Sud. Pour des raisons que nul n’ignore : précarité de salaire, infrastructure insuffisante, incertitudes du lendemain,…

Et il n’est pas seul à pratiquer cette gymnastique. Mais rares sont des médecins visiteurs comme lui, mais la règle veut qu’ils quittent carrément leur pays pour s’installer dans un autre.

Entre-temps, les Etats-Unis, avec 130.000 médecins étrangers, ont réalisé une épargne de 26 milliards de dollars dans le coût de formation pour les nationaux. Tandis que les estimations suggèrent que l’Afrique dépense approximativement 4 milliards de dollars chaque année pour les salaires de 100.000 experts étrangers (dans tous les secteurs) pour renforcer les capacités et/ou fournir l’assistance technique, et subit une perte de 184.000 $ par Africain professionnel qui migre. Littéralement, l’Afrique donne des subsides à l’Occident.  Selon l’Organisation Internationale des Migrations (OIM), l’Afrique a déjà perdu le tiers de son capital humain et elle continue de perdre son personnel préparé, avec une estimation de 20.000 docteurs, professeurs d’universités, ingénieurs et autres cadres professionnels qui quittent le continent chaque année depuis 1990. Il y aurait actuellement ,dans les autres continents, 300.000 Africains, hautement qualifiés. 30.000 parmi eux ont un diplôme de doctorat.

Il n’y a aucun doute que l’Afrique peut reconstituer sa main-d’œuvre  en matière de soins de santé à la fois par l’augmentation de la formation et le fait d’attirer certains de ceux qui se trouvent dans la diaspora pour qu’ils rentrent chez eux.

Mais est-ce que les salaires sont suffisamment décents et les conditions de travail si favorables qu’ils encouragent les cadres africains à réintégrer les rangs parmi leurs collègues restés aux pays ?

Ceci étant, la place de la médecine alternative est toujours importante. Les tradi-praticiens, les prophètes, les marabouts, les guérisseurs ‘au nom de Dieu’ sont toujours en activité. Des recherches récentes assurent qu’en Ethiopie 85% et au Sénégal 90 % des gens les consultent. Au Burkina Faso, selon le ministère de la Santé, les tradi-praticiens sont 30.000, alors que les médecins ne sont que 800 (pour 14 millions d’habitants)!

 

Un secteur-clé

L’alphabétisation n’est pas seulement un puissant levier pour les exclus de l’assiette nationale. Elle va au-delà de la simple maîtrise de la lecture, de l’écriture  et du calcul pour englober les compétences de la vie courante pour une participation active et productive dans la vie et la gouvernance publique et politique. Elle a, en plus, l’avantage de servir de promotion d’une culture de la paix, de la dignité humaine, de la liberté, de la démocratie.

Un parcours, cependant, qui est jonché de beaucoup d’épines. Marc-Laurent Hazoume de l’Institut Unesco pour l’Education, relève que «dans de nombreux pays africains, l’alphabétisation des adultes n’est pas considérée comme relevant du secteur de l’éducation.

Elle est souvent partagée entre différents ministères chargés des affaires sociales. D’où le financement insuffisant des programmes d’alphabétisation.»

Pourtant, le droit à l’éducation figure dans la plupart des constitutions  africaines. Au Bénin par exemple, l’art. 13 stipule que l’Etat pourvoit à l’éducation de la jeunesse par des écoles publiques et que l’enseignement primaire est obligatoire.

En plus, l’Etat assure progressivement la gratuité de l’enseignement public. Qu’en est-il effectivement sur le terrain ?

En septembre 2007, 25 ministres en charge de l’éducation se sont réunis en conférence à Bamako, au Mali. Thème : l’alphabétisation.

En partant du Cadre de concertation fixé lors du «Forum mondial sur l’éducation», qui s’était tenu à Dakar en l’an 2000, ils ont examiné les causes qui font reculer l’alphabétisation en Afrique. Ils ont notamment reconnu le manque de volonté politique garantissant l’exercice effectif du droit à l’éducation des adultes, la faiblesse des budgets y alloués, l’absence des méthodes fiables pour déterminer les coûts de l’alphabétisation dans leurs pays respectifs, l’absence des stratégies nouvelles pour la mobilisation des ressources.

Ils ont aussi relevé le faible intérêt accordé par des partenaires dans ce domaine.

Dans leur ‘Appel de Bamako’, ils se sont formellement engagés à promouvoir l’alphabétisation en tant que droit fondamental pour tous les groupes sociaux, notamment les plus marginalisés, d’accroître le budget consacré à l’éducation non-formelle pour atteindre au moins 3% des budgets de l’éducation et d’en mobiliser les ressources.

Ae, AF, UNESCO, etc.

 

 

 

 

 

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