Eau: un bien pour tous

 

L’eau, c’est la vie. Le droit à l’eau a été défini comme «le droit de tous de disposer d’eau suffisante, saine, accessible, pour l’emploi personnel et domestique».

 

Alors que nous entrons dans le millénaire urbain - la moitié de l’humanité vivant déjà en ville - 1,1 milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et 2,6 milliards manquent d’installations sanitaires. Chaque jour, 34.000 personnes (dont 4.500 enfants) meurent de maladies liées au manque

d’hygiène et  n’ont pas de service d’assainissement des eaux. Et chaque  jour qui passe, les besoins en eau se font de plus en plus cruciaux: l’accroissement de la population, les besoins accrus en nourriture et en énergie, l’industrialisation et l’urbanisation mettent notre planète au bord d’une crise de l’eau sans précédent.

Les statistiques, surtout pour ce qui concerne notre continent, masquent la réalité. La proportion de personnes ayant accès à l’eau salubre et à un système d’assainissement propre, le nombre de logements urbains ne disposant pas de facilités adéquates sont bien plus élevés que les chiffres officiels.

En se fondant sur ces critères, le nouveau rapport sur l’eau et l’assainissement dans les villes du monde estime que 150 millions de citadins d’Afrique – jusqu’à 50 % de la population urbaine – ne disposent pas de réseaux suffisants d’adduction d’eau et qu’ils sont 180 millions – environ 60 % – à vivre sans assainissement.

Dans les villes d’Asie, 700 millions de personnes – là encore, la moitié de la population – n’ont pas d’accès adéquat à l’eau, et 800 millions de personnes – 60 % encore – n’ont pas d’assainissement suffisant.

En deux mots comme en dix, l’eau est un facteur-clé pour l’agriculture, la santé, l’industrie et l’éducation.

Aujourd’hui, la prise de conscience de ce problème s’accentue et l’urgence apparaît. Des discussions ont lieu à tous les niveaux. Les activistes du monde entier demandent que soit garanti l’accès à l’eau potable et aux installations sanitaires pour tous.

Ils protestent ainsi contre la libéralisation du secteur de l’eau. Celle-ci doit être utilisée, jugent-ils, comme un bien commun, patrimoine de l’humanité et droit humain fondamental, et non pas comme un bien économique à exploiter librement, comme une matière première laissée dans les mains d’entreprises privées. Dans certains cas, favorisées même par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Notamment les projets de privatisation de l’eau ces temps derniers au Mozambique, au Sénégal et  en Ouganda.

Pourtant, bien gérées, les compagnies publiques sont expertes dans le domaine de la distribution de l’eau et sont fières en général des services qu’elles offrent. Les sociétés propriétaires de l’eau distribuent plus de 90% de l’eau canalisée. 

L’eau doit donc être considérée comme un droit fondamental. Des efforts doivent être entrepris afin que l’eau soit une richesse pour toute l’humanité et que soit évité tout gaspillage.

 

Des engagements

Au début des années 70 se sont tenues des conférences internationales sur l’eau ou l’environnement portant sur la question de l’accès à des ressources de base et du droit  à l’eau.

En 1977, à Mar del Plata, Argentine, la Conférence pionnière des NU sur l’eau a convenu que tous les peuples ont le droit d’avoir accès à l’eau potable pour satisfaire leurs besoins fondamentaux.

La Déclaration de 1986 sur le droit au développement, adoptée par l’Assemblée générale des NU comporte un engagement en vertu duquel les Etats assureront à tous un accès égal aux ressources de base. L’eau fait partie des biens essentiels tels que l’alimentation, les vêtements, le logement et des médicaments en quantité adéquate. Des millions d’êtres humains n’ont pas accès à ces biens essentiels et cela constitue une «violation massive flagrante des droits de l’homme».

En novembre 2002, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des NU a affirmé que l’accès à des quantités suffisantes d’eau salubre à usage personnel et domestique est un droit humain fondamental universel. «Le droit à l’eau est indispensable pour mener une vie digne. Il est une condition préalable à la réalisation des autres droits de l’homme».

 

Eaux souterraines

Avec l’envol de la technologie à partir du milieu du 20ème siècle et l’augmentation très sensible de la population mondiale, les besoins en eau se sont fait très préoccupants. Ainsi, les scientifiques ont vite pensé à cette énorme quantité d’eau douce qui traîne sous la terre.

Selon certaines estimations, les eaux souterraines, réparties sur toute la surface du globe, formeraient une épaisseur de 120 mètres, soit plus d’un milliard de kilomètres cubes de réserve. Un quantité énorme par rapport au volume des eaux douces gelées et non gelées contenues dans les lacs, cours d’eau, marécages etc. de la planète (Les eaux salées, quant à elles, représentent le 97% de toutes les eaux du globe).

En 1999, l’Unesco lançait le «Programme de Cartographie et d’Evaluations hydrogéologiques mondial»,  afin d’améliorer la connaissance et la gestion des ressources de la terre, notamment des eaux souterraines.

Il a recensé 273 gisements aquifères dans le monde, dont 68 sur le continent américain, 38 en Afrique, 65 en Europe orientale, 90 en Europe occidentale et 12 en Asie.

Des gisements transfrontaliers, c’est-à-dire partagés par au moins deux pays, représentent un volume 100 fois supérieur à l’eau douce de surface et assurent déjà une bonne part de nos besoins. L’augmentation de la demande en eau s’est traduite depuis la deuxième moitié du 20ème siècle par un recours croissant à ces bassins souterrains. A l’échelle mondiale, cette ressource est utilisée à 65% pour l’irrigation, 25% pour l’alimentation en eau potable et 10% pour l’industrie.

Ces bassins constituent plus de 70% de l’eau utilisée dans l’Union européenne et sont souvent l’unique source d’approvisionnement dans les régions arides ou semi-arides (100% en Arabie saoudite ou à Malte, 95% en Tunisie, 75% au Maroc).

Dans de nombreux pays, les systèmes d’irrigation reposent très largement sur les nappes souterraines (90% en Libye, 89% en Inde, 84% en Afrique du Sud, 80% en Espagne).

 

Des accords

Si les systèmes aquifères existent sur tous les continents, tous ne sont pas renouvelables. Ainsi ceux de l’Afrique du Nord et de la péninsule arabique, qui se sont constitués il y a de plus de 10 000 ans, ne sont pas rechargés. Même lorsqu’ils sont renouvelables, c’est-à-dire alimentés régulièrement par les précipitations, les aquifères sont dans certaines régions menacés par la surexploitation ou la pollution.

En Afrique, les aquifères, qui sont parmi les plus grands au monde, restent largement sous-exploités.

Ils constituent donc un potentiel considérable, à condition que soit adoptée une gestion durable de ces ressources.

Or, comme ils s’étendent généralement sur plusieurs Etats, leur exploitation suppose des mécanismes de gestion concertée pour éviter par exemple que les nappes ne soient polluées ou ne fassent l’objet d’une exploitation trop intensive par l’un des pays riverains.

Depuis quelques années, de tels mécanismes commencent à voir le jour. Ainsi le Tchad, l’Egypte, la Libye et le Soudan ont mis en place dans les années 1990 une autorité conjointe pour gérer ensemble le système aquifère nubien. Le Niger, le Nigéria et le Mali ont approuvé le principe d’un mécanisme consultatif pour administrer le système aquifère appelé Iullemeden. Enfin, c’est la bonne voie.

 

Patrick-R. Monzemu Moleli.

 

Zone de Texte:

Ae 45

Editorial

Courrier

On nous dit que ....

Cent ans: ça ne suffit pas

Pour un vrai Etat

Eau: un bien pour tous

DossierL’analphabétisme est toujours là

Kibwila: Les urgences du provisoire

Une aube nouvelle

Polygamie: malgré tout

Un outil de terreur

Mon seul désir

Par le travail de mes mains

Paul: son pays est le monde

Le témoin

L’internationalisation de l’Amazonie