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Entretien avec P. Pierre Muamba Tujibikile, de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie (Cicm), directeur du CIAM (Centre d’information et d’animation missionnaire), à Kinshasa. Il vient de publier aux Editions l’Epiphanie un ouvrage intitulé: «Pour un vrai Etat de droit au lendemain des élections en RDC » (p. 148)
Quel est le cœur du message véhiculé par votre livre ? En juillet 2008, à l’occasion du 48è anniversaire de l’indépendance, les Evêques de la RD Congo, ont lancé un vibrant appel: le temps est venu, pour nous tous, de nous réveiller et de nous mettre à la tâche pour construire la nation. Le Congo nous appartient. Pour les gouvernants, c’est un appel à mieux assumer leurs responsabilités de veiller sur la vie de tous et de toutes, parce que la vie de la population demeure le critère fondamental de jugement de la bonne gouvernance. Mais c’est aussi un appel urgent au peuple à sortir de l’attentisme et de la torpeur, afin d’assumer ses responsabilités, comme souverain primaire.
Le livre souligne et révèle le pouvoir d’agir de la population à la base... Oui, très souvent on pense qu’il n’y a que les ‘élus’ qui doivent tout faire et tout transformer. A leur tour, ces derniers intériorisent parfois cette vision des choses et prétendent qu’il n’y a qu’eux qui peuvent tout faire et le peuple n’a qu’à attendre d’eux. Or le peuple doit comprendre qu’il détient ce pouvoir-là, parce que c’est lui qui confère le pouvoir et c’est lui qui peut le retirer au moment venu, surtout s’il se rend compte que ses élus ne font rien ou presque pour l’aider à transformer ses conditions de vie.
En voyant ce qui se passe dans certains pays africains, peut-on dire que la démocratie serait un luxe ? Je crois que la démocratie concerne les pays du monde entier, et même les pays qui se disent démocratiques. Car, dans les pays dits développés et démocratiques, le constat amer qu’on fait, c’est la démocratie du marché qui a le monopole et qui, au lieu de servir le peuple ne cherche que l’accumulation du capital.
Dans votre ouvrage vous soulignez l’impératif de la bonne gouvernance et du respect des droits humains. Il ne s’agit pas seulement de gouverner, mais surtout de bien gouverner. S’il y a réellement bonne gouvernance, il n’y aura pas de peur et d’intimidation autoritaire. S’il y a bonne gouvernance, les gouvernants devraient écouter les cris de détresse du peuple qui trime aujourd’hui et qui veut participer à la construction du pays. Le peuple a le devoir de veiller pour que la vie soit réalisée.
Vous évoquez les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). A quelles conditions notre pays pourra-t-il décoller réellement ? Les Etats du monde entier ont pris la détermination de lutter contre la pauvreté. Mais le problème réside dans la logique fondamentale qui est derrière cette prise de position. En effet, les gouvernants sont contraints d’aller négocier avec les multinationales et les institutions internationales pour assurer leurs droits. Je suis persuadé qu’un peuple qui n’a pas le contrôle de ses propres ressources, arrivera difficilement à réaliser son développement et les Objectifs du millénaire.
Comment mobiliser le peuple? On peut obliger le peuple à participer en utilisant le fouet ou en lui imposant la façon d’agir par intimidation et la peur, en envoyant, par exemple, des éléments de la police ou de l’armée dans les quartiers pour forcer les gens à exécuter une tâche. A cause de la peur, les gens peuvent venir nombreux, mais il n’y a pas de mobilisation réelle. Dans la vraie mobilisation, le peuple participe, libre et conscient, parce qu’il a analysé. Il connaît sa réalité et peut s’engager pour transformer ses doléances et ses revendications en projets sociaux.
La foi chrétienne et la construction de la démocratie sont-elles compatibles ? Et comment ? Politique et foi, ce n’est pas la même chose. La politique peut aider une société à réaliser des conditions de vie dignes. Si nous parlons d’une démocratie qui met au centre la personne humaine, créée à l’image de Dieu, c’est parce que nous le croyons à partir de la foi et de l’enseignement social de l’Eglise. Là, la foi et la politique se retrouvent. Propos recueillis par L. Kalantanda |
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Pour un vrai Etat |
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