On nous dit que...

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que la récolte de blé a été inférieure aux prévisions et aux besoins. Oui, c’est vrai, mais… C’est à la bourse de Chicago qu’est fixé le prix des céréales. Prévoyant, notamment pour le blé et le riz une récolte mauvaise en 2008, à Chicago on avait augmenté les prix. Et pourtant la récolte de blé en 2008 a été ‘bonne’, ‘belle’, ‘exceptionnelle’ suivant les grands journaux. La FAO a affirmé que la production mondiale de blé de 2008 a atteint un record de 658 millions de tonnes, en nette augmentation (8,7 %) par rapport à 2007. Presque la même chose pour le riz.

Et pourtant, le prix de la baguette a augmenté sérieusement et s’il est resté le même, c’est la baguette qui s’est bien raccourcie, tandis que dans pas mal de pays depuis 2 ans les populations ont perdu 30% de leur pouvoir d’achat. L’alimentation devient un commerce et non plus un droit.

 

que c’est à cause du pétrole. Oui, c’est vrai, mais… Le prix du pétrole était à 25 U$ le baril en 1998. En 2008, il a frisé le sommet de 150 U$, pour redevenir raisonnable et chuter à 60 US. Des explications sans nombre: le pétrole se fait rare, dans 50 ans il n’y en aura plus; les rebelles attaquent les bateaux pétroliers au large du Nigeria; l’ouragan Gustav menace les plateformes dans le Golfe du Mexique…

 

que la guerre est la meilleure ou la seule solution. Oui, on le dit, mais… La guerre en Irak et en Afghanistan en 2008 a coûté environ 361.491 dollars par minute, c’est-à-dire 520 millions de dollars par jour. Pour réduire de moitié la pauvreté dans le monde d’ici 2015 - conformément aux Objectifs du Millénaire fixés par les Nations Unies -, il faudrait 50 milliards de dollars par an.

 

que le marché a ses lois. Oui, c’est vrai, mais… à y regarder de près, la loi du marché fonctionne comme la loi de la jungle. En effet, l’autre n’est qu’un moyen pour parvenir à ses fins: la force de travail n’est considérée que si elle est économiquement utile, le consommateur solvable est le seul pris en compte. Il y a des forces économiques si puissantes et si bien organisées que vouloir les contraster «équivaut à envoyer à un match de boxe un poids plume contre un poids lourd… En plus, la compétitivité est désormais aussi en fonction de la capacité d’informatisation. Celle-ci permet à un ou quelques cambistes de faire baisser ou hausser les cours en fonction de leurs profits » (Mgr. Laurent Monsengwo P., Archevêque de Kinshasa).

 

que cette crise a commencé… Dans les années passées, des millions de foyers américains modestes avaient acheté leur maison grâce à l’argent que des banques leur avaient prêté à des conditions convenables (crédits subprime), pour les deux premières années. Ils se sont laissés tenter, poussés par l’espoir de posséder une maison à un prix mensuel supportable (environ 1.000 US). Les deux années écoulées, les foyers en question ont vu leur dette mensuelle à rembourser monter sérieusement (jusqu’à 1.500 U$).

Aux USA, en 2007 1,35 million de familles modestes ont été contraintes de vendre la maison qu’elles étaient en train d’acheter à crédit, car les nouveaux taux représentaient un poids financier insupportable. En 2008, environ 1,44 million de foyers sont partis chercher un logement moins cher ailleurs.

Les banques ont pris leurs maisons vides et elles ont ainsi retrouvé leur argent. Mais voilà le problème: si beaucoup de maisons sont saisies par les banques, et par après mises en vente, les prix auront tendance à baisser et les banques ne retrouveront plus nécessairement l’argent qu’elles avaient prêté. Elles se retrouvent donc en perte.

C’est «La recherche scandaleuse d’un profit économique excessif», ont écrit les Evêques des Etats-Unis.

«Quand la finance prétend être sa propre fin et n’est plus animée que par le désir exclusif du profit, elle perd la tête» (Conférence des Evêques de France).

 

On nous a dit pendant de longs mois que la Bourse montait, pour baisser le jour suivant et chuter jusqu’au krach. Le poète romain Trilussa déchiffrait ainsi, en 1914, l’intrigue de la première guerre mondiale, qui aurait fait 10 millions de morts et 20 millions de blessés:

«Des assassins la tanière

qui ensanglante la terre

sait très bien que la guerre

est une très grande affaire.

Elle prépare les ressources

pour les voleurs de nos Bourses.»

 

Gaétan N.Yawo

 

 

 

Acheter des singes

 

Pour tous ceux qui ne comprennent rien à la crise financière actuelle, un expert a trouvé une manière originale d’expliquer ce monde complexe. C’est Nadim Michel Kalife, homme d’affaires, mais aussi un brillant économiste, (il a enseigné l’économie politique à l’Université de Lomé de 1970 à 1984).

«Un commerçant débarque, un jour, dans un village et annonce à ses habitants qu’il est prêt à leur acheter des singes pour dix dollars l’unité. Aussitôt, les villageois vont à l’assaut de la savane et de la forêt, capturent des singes par centaines et par milliers. Peu à peu, la population des singes diminue. Les villageois doivent réduire la chasse.

Le commerçant annonce alors qu’il paiera désormais 15 dollars par singe. Motivés par cette nouvelle offre, les villageois redoublent d’ardeur dans la traque de ce qui reste de singes dans la forêt. Tant et si bien qu’ils n’en trouvent bientôt plus un seul. Le prix d’achat est porté à 20 dollars, mais il n’y a vraiment plus de singe dans la forêt. C’est alors que l’inconnu propose le prix de 50 dollars par unité, en prévenant qu’il va devoir s’absenter, laissant à son assistant la charge d’acheter leurs captures.

Dès lors qu’il a le dos tourné, son assistant rassemble les villageois et leur indique les cages, avec les milliers de singes que leur a achetés son patron. « Si vous le voulez, leur dit-il, moi, je vous cède ces singes, à 35 dollars l’unité. Ainsi, lorsque mon patron reviendra, vous pourrez les lui revendre à 50 dollars».

 

Les villageois, aveuglés par la perspective de cet enrichissement facile, sortent toutes leurs économies, vendent leurs biens pour racheter les singes. Le magot encaissé, l’assistant disparaît dans la nuit. On ne le verra plus. Ni lui, ni son patron. Dans le village, rien que des singes, courant dans tous les sens. Et Nadim Kalife de conclure son histoire par un édifiant: «Bienvenue dans le monde de la Bourse !».

Eh, oui! Il y a quelque chose d’aventureux à vendre un singe à dix dollars, puis à le racheter à 35 dollars, en espérant le vendre une seconde fois à 50 dollars.

Alors, l’on s’interroge : à quoi correspondent donc, dans le monde de la Bourse, ces singes que l’on vend et que l’on rachète à tour de bras ? Qui est cet habile inconnu, si manipulateur ? Quel est ce filou d’assistant qui conclut l’affaire? Et qui sont ces villageois naïfs?».

 

Ae 45

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