
|
Paul: son pays est le monde |
|
Nous sommes en train de vivre l’Année Paulinienne. Des rencontres, des événements, des pèlerinages, des initiatives diverses sont organisées à Rome et dans le monde entier pour célébrer la naissance de saint Paul, l’Apôtre des gentils (= non juifs).
Saint Paul (son nom juif est Saül) est une personne incontournable dans l’histoire de l’humanité. Sans lui, le Christianisme ne serait pas ce qu’il est. C’est grâce à lui que l’Evangile de Jésus a été propagé partout dans le monde connu de son temps. Il était un génie de la communication et un homme capable d’organiser des communautés chrétiennes dans les centres stratégiques de l’Empire Romain. Un grand homme, sans aucun doute, avec beaucoup d’admirateurs, mais aussi beaucoup d’ennemis. Déjà à son temps, les chrétiens d’origine juive ne l’aimaient pas.
Force intérieure D’après Alain Décaux, écrivain français contemporain, ce sont ces chrétiens d’origine juive, surtout ceux d’Ephèse, qui ont tout fait pour le faire condamner à mort. Saint Paul a échappé à la mort, en faisant appel au tribunal de l’Empereur de Rome. Il en avait droit, en tant que citoyen romain. Mais dans les temps récents aussi, les ennemis de saint Paul ne manquent pas. Ernest Renan, écrivain et historien français (1823-1892), très célèbre, en est un. Il a écrit ces lignes: «Le Christianisme véritable, qui durera pour toujours, vient des Evangiles, et non pas des Lettres de saint Paul. Les écrits de saint Paul ont vraiment été un danger et un obstacle.» En réalité, Ernest Renan, ennemi déclaré de saint Paul, n’est pas non plus un véritable ami de Jésus. Le Christianisme diffusé par ses écrits n’est pas celui de Jésus; ce n’est qu’un Christianisme vidé de tout contenu évangélique, un Christianisme de façade ! Paul, d’ailleurs, connut des ennemis acharnés. Les Juifs non convertis lui avaient fait, dès le commencement de son ministère, une opposition violente. Ils le poursuivaient pour attenter à ses jours. De leur côté, les Judaïsants l’attaquaient également d’une façon moins violente, mais plus sournoise. Ils faisaient du Christ un auxiliaire de la loi et de la justice, d’après les conceptions rabbiniques et non un principe de salut universel. D’après eux, Saint Paul, n’ayant pas connu le Christ pendant sa vie terrestre, était inférieur à ces premiers disciples et devait leur rester subordonné. De fait, les Judaïsants se réclamaient de l’Eglise-mère où les pratiques juives étaient encore en honneur. Mais ils outrepassaient les instructions ou les enseignements des apôtres en regardant la circoncision et l’observance de la loi comme indispensables au salut des païens. Un autre «ennemi» de saint Paul, est Wilamowitz, célèbre spécialiste allemand de la littérature et de la langue grecque, vécu à la fin du dix-huitième et au début du dix-neuvième siècle. Il critiquait le style de ses écrits. « Nous sommes devant un barbare, nous sommes en face d’un écrivain rustique ». Mais après quelques années d’études, Wilamowitz, en grand spécialiste qu’il était, a fini par reconnaître la grandeur de saint Paul, qui s’exprimait avec une langue « barbare », mais efficace. Il a écrit : « Paul a utilisé la langue grecque comme si elle était une coulée de lave incandescente. Il a toujours empêché que quelques moules la bloquent ou la refroidissent : moule de la grammaire, moule du style, moule de la pensée facile et ordonnée. Paul a voulu que sa langue soit l’expression du feu qui existait en lui, l’expression de sa force intérieure ». Cette force, cette lave incandescente, qui était en lui, venait d’une expérience particulière que saint Paul avait fait sur la voie de Damas : la rencontre avec le Christ crucifié ressuscité.
Sur la voie de Damas Il s’appelait encore Saül et il se rendait à Damas (en Syrie) sur ordre des autorités de Jérusalem pour combattre les adeptes de la Voie, c’est-à-dire les Chrétiens. « Il s’ approchait de Damas quand soudain une lumière venue du ciel l’enveloppa de sa clarté. Tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait : ‘Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ?’. ‘Qui es-tu, Seigneur?’ demanda-t-il. ‘Je suis Jésus que tu persécutes’… Saül se releva de terre, mais quoiqu’il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien… Il y avait à Damas un disciple du nom d’Ananie… Le Seigneur lui dit : ‘Va, car cet homme (Saül) m’est un instrument de choix pour porter mon nom devant les nations’… Alors Ananie partit … et imposa les mains à Saül… Aussitôt, il lui tomba des yeux comme des écailles, et il recouvra la vue. Sur-le-champ il fut baptisé. » (Actes 9, 1-18). Cette scène, la rencontre de Saül-Paul avec le Christ, représente un événement capital dans l’histoire de l’Eglise. Des artistes innombrables ont essayé de la peindre. Il suffit de penser au Caravage (célèbre peintre italien, né en 1573 et mort en 1610). Dans son tableau, il y a Saül à terre, presque évanoui, ébloui par la lumière qui vient d’en haut, tendre les mains pour chercher de l’aide dans les ténèbres où il est immergé. Personne n’a rien compris de ce qui s’est passé. Le cheval et son palefrenier continuent leur chemin dans l’indifférence. Et pourtant Saül-Paul a tout compris. Cette expérience forte du Christ a changé complètement sa vie. Avant cet événement, il connaissait Jésus «selon la chair» (2 Cor 5, 16), il le considérait un condamné par les autorités de Jérusalem, quelqu’un qui avait connu la défaite, et donc un maudit par Dieu. Mais après avoir rencontré le Christ sur la route de Damas, Paul a compris qui était Jésus vraiment. Ses yeux se sont ouverts, les écailles sont tombées par la force de Dieu : Jésus est le Messie glorieux, celui que tous attendaient, celui dont parlaient les Saintes Ecritures, le sauveur de l’humanité tout entière. A partir de l’expérience de Damas, Paul ne s’est jamais arrêté. Il a continué à parler du Christ et, après avoir quitté la communauté chrétienne d’Antioche, il s’est consacré à l’évangélisation des gentils (= non juifs). Grâce à lui et à ceux qui l’ont imité, l’Eglise est devenue la maison ouverte au Monde entier.
Des lampes allumées Il est normal donc célébrer « l’année paulinienne », une année consacrée à la mémoire de cet homme extraordinaire et à l’étude de ses écrits. Le Cardinal Andréa Cordero Lanza de Montezemolo, archiprêtre de la Basilique de Saint Paul hors les Murs à Rome, a proposé toute une série d’initiatives pour célébrer dignement cette année spéciale pour faire mémoire des deux mille ans de la naissance de «l’Apôtre des gentils». On a prévu des rencontres, des concerts, des pèlerinages, etc. La porte «saint Paul» à gauche de la Basilique, une espèce de «porte sainte» ouverte à l’occasion des Jubilées, est traversée par des milliers de pèlerins tous les jours à Rome. Pour favoriser la communion avec les Communautés Chrétiennes du Monde entier, dans le narthex de la Basilique Saint Paul hors les Murs à Rome, il y a un brasier avec des lampes allumées. Tout le monde peut offrir de l’huile pour les alimenter. Mais surtout tous peuvent partir avec une lampe allumée à ce brasier et la ramener dans son pays d’origine. Cela est un signe qui manifeste la même foi et le lien qui nous unit à ce «prince» des apôtres, dont le tombeau se trouve justement au dessous du maître autel de la Basilique Saint Paul hors les Murs à Rome. Dans nos Eglises aussi, «l’année paulinienne» a été inaugurée comme partout dans le monde, d’une manière solennelle. Elle se terminera le 29 juin prochain.
Calixte Nyabenda |
|
Dossier: L’analphabétisme est toujours là |
|
Kibwila: Les urgences du provisoire |