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De grandes ressources, mais ... |
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Les pays de notre continent possèdent de nombreuses ressources. Mais un constat s’impose, très souvent: malgré les richesses de leur sol et sous-sol, très peu sont les pays en train de réaliser un vrai développement. Par exemple: la Guinée Conakry, avec un tiers des réserves mondiales de bauxite et riche en or, diamants, nickel, est 160è sur 177 du point de vue du développement humain. Au Nigeria, la région du Delta contribue à la hauteur de 75% à la production nationale du pétrole: mais les vingt millions de ses habitants sont majoritairement pauvres. Grâce au pétrole, la Guinée Equatoriale est le pays le plus riche d’Afrique, avec un revenu par tête de 44.100 dollars. En théorie, car la majorité de sa population vit toujours dans la pauvreté.
Toujours plus convoité Le pétrole, d’abord. Depuis quelques années, on assiste à une véritable ruée sur le pétrole africain avec d’importantes découvertes et la mise en exploitation de nouveaux gisements. Entre 1990 et 2004, la production du continent africain est passée de 7 à 10 millions de barils/jour, soit une augmentation de 40%. Le pétrole africain est toujours plus convoité. La course à la découverte et à l’exploitation du brut et du gaz africains est ouverte: les grandes compagnies pétrolières se disputent les concessions, que ce soit dans le Golfe de Guinée, au Soudan ou en Afrique du Nord. La Chine, durant son cloisonnement dans le monde, du temps de Mao-Zédong, restait une grande inconnue dans la course aux ressources minières des autres pays, bien qu’officiellement, elle aidait certaines armées de libération (Angola, Mozambique...). Mais avec son éveil des années 1970, elle ne laisse plus rien passer, ni le pétrole, ni le bois, ni d’autres ressources. Quelques chiffres des échanges commerciaux Chine-Afrique: 8,7 millions de dollars en 1977; 10 milliards en 2000; 18,5 milliards en 2003; 37 milliards en 2005; plus de 100 milliards en 2008. En 2003, la Chine dépassait déjà le Japon et était devenue la seconde consommatrice du pétrole africain derrière les Etats-Unis, contre des équipements électroniques et des produits de la nouvelle technologie. Les Etats-Unis de l’après le 11 septembre 2001. Fuyant l’intransigeance du monde arabe, principalement à travers une dépendance au pétrole du Golfe persique, la première puissance économique de la planète se fraie une entrée fracassante dans le Golfe de Guinée, c.à.d. au Nigeria, Tchad, Angola et surtout en Guinée Equatoriale.
La grande question Dans une de ses études récentes, l’africaniste Pierre-Paul Dika, spécialiste de l’Afrique du Sud, pose à juste titre la question «L’appropriation des ressources énergétiques en Afrique, source des conflits?». Il est vrai que le continent noir recèle d’énormes quantités de ressources énergétiques dont le gaz naturel, l’uranium, le pétrole, véritables objets de convoitise dans le monde. Pourtant de grandes réserves se retrouvent dans les autres continents aussi. Mais pourquoi, se demande l’africaniste, l’exclusivité des conflits liés à ces richesses est-elle réservée au continent noir? En parlant du pétrole par exemple, avec une production de près de 4 millions de barils par jour et des réserves connues à ce jour, chiffrées en milliards de barils, c’est l’Afrique qui aligne le plus de guerres en la matière. Ses malheurs viendraient-ils de la qualité de ce liquide d’être léger et peu soufré par rapport à celui des autres continents? L’Afrique, 836 millions d’habitants, soit 13,4% de la population mondiale, assure 11% de la production de pétrole mondiale, mais ne compte que pour 3% de la consommation mondiale de l’énergie. Les experts citent le grand nombre de paramètres avantageux qui poussent le monde industriel vers le pétrole africain, dont les plus marquants seraient: - la hausse de la demande, particulièrement de la Chine, dont les besoins ont sensiblement augmenté ces quatre dernières années, résultant de l’accès de ce pays à la société de consommation - l’épuisement rapide des réserves mondiales de certaines régions, notamment dans la Mer du Nord; - la répugnance des pays de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole, OPEP, d’augmenter la production sur simple demande des pays consommateurs. La course au pétrole cause des ravages dans certains pays. Par exemple, au Soudan, où la guerre entre le nord et le sud a toujours été présentée comme une menace contre la stabilité de ce pays. L’enjeu, c’est surtout le contrôle des richesses pétrolières – l’on parle volontiers de réserves qui s’élèveraient à 5 milliards de barils (à comparer avec les 674 milliards de réserves de pétrole avérées que possèdent les six pays du Golfe Persique: Arabie Saoudite, Iran, Irak, E.A.U., Koweït et Qatar) - avec en toile de fond la compétition entre les Asiatiques et les Occidentaux. Le pétrole des gisements dans le sud rapporte des centaines de millions de dollars à Khartoum. De l’argent qui permet aussi l’achat des armes nécessaires pour protéger les grands gisements de pétrole découverts sous les sables et les pierres du Darfour. Ainsi, l’or noir contribue à alimenter une répression meurtrière et le déplacement de millions d’habitants. C’est dans ce contexte qu’on peut comprendre le Darfour et, avec lui, l’Afrique toute entière. En 2002, la poudre avait aussi parlé sur la presqu’île de Bakassi entre le Cameroun et le Nigeria. Ce territoire de 1000 km2, est considéré une ‘éponge pétrolière’. Les tensions entre la RDC et l’Ouganda, c’est aussi, outre l’exploitation du bois et de l’or, la découverte du pétrole sous les eaux du lac Albert. Des experts pétroliers estiment que les réserves du lac Albert et de la vallée de la Semliki pourraient dépasser le milliard de barils et que les premiers forages devraient commencer au deuxième semestre 2009. Mais la présence de pétrole a déjà exacerbé les tensions entre Kinshasa et Kampala. Début août 2007, l’Ouganda avait accusé l’armée congolaise d’avoir tué un ingénieur britannique travaillant pour le groupe pétrolier canadien Heritage Oil, sur la partie ougandaise du lac. En septembre 2007, six Congolais ont également été tués au cours d’un accrochage avec des soldats ougandais sur le lac. Jusqu’ici, aucun accord n’a été conclu entre l’Ouganda et la RDC sur ce pétrole, mais les deux parties se sont engagées «à promouvoir de nouvelles initiatives de coopération dans les secteurs du pétrole» notamment. (source: belga/th). Puisque le pétrole est à l’ordre du jour, en République Démocratique du Congo, on craint une guerre de plus dans sa cuvette centrale, espace qui couvrirait une autre grande nappe pétrolière. Depuis quelques années, les études sont en cours, menées par des compagnies brésiliennes notamment. Mais le coût des études exploratoires, la recherche, le forage, le transport de la production donnent le frisson aux futurs exploitants. En définitive, prédisent les experts, avec ses trois bassins: de la côte sur le littoral de l’Océan Atlantique, fort de ses 25.000 barils/jour en exploitation; dans la cuvette centrale en pleine forêt équatoriale et celui du lac Albert, actuellement disputé avec son voisin l’Ouganda, le Congo serait à même de produire 10% des réserves mondiales de pétrole. En 1996-1997, le Congo-Brazzaville était à feu et à sang. Les principaux médias du monde ont parlé des rivalités ethniques entre le nord et le sud. Mais le peuple congolais lui-même n’était pas dupe: le fond du problème était loin d’être politique, son vrai langage tournait autour des gisements de pétrole off shore, les «Nkossa», qui permettent jusqu’à ce jour, à alimenter le trésor public, même si l’on agite le volet de la mainmise des multinationales occidentales dans l’affaire, qui se partageraient le butin avec l’apparatchik local. Terry Karl, co-auteur d’un rapport intitulé ‘Le fond du baril’, des Services Sociaux Catholiques, sur l’impact du pétrole en Afrique cite les exemples des certains grands pays africains producteurs de cette ressource. «Ces pays, écrit-il, ont commencé à produire du pétrole il y a plusieurs dizaines d’années, mais ils sont minés par la corruption.»
Très recherché D’après les experts, le coltan (colombite-tantale) est devenu un métal précieux, au centre de toutes les convoitises. Il entre dans la fabrication des puces de téléphones, des condensateurs d’ordinateurs, des avions, des missiles. Il est dit que celui qui contrôlerait la production de ce minerai pourra contrôler le monde technologique du 21ème siècle. En attendant d’autres découvertes futures, on affirme que rien que la seule province du Nord Kivu, en République Démocratique du Congo, recèlerait 80% des réserves mondiales de coltan. Et comme la dialectique de l’entre-deux siècles veut que là où sont les ressources, il y ait la guerre, hé bien, plus de trois millions de tués, c’est le compte sur le dos du coltan et des ‘mouvements de libération’ très actifs dans la région. En plus d’une pauvreté extrême des populations locales. Le coltan est un minerai très recherché, et est au cœur de véritables conflits. Le réservoir même de cette ressource, la province du Nord-Kivu en RD Congo, est à feu et à sang, dans une guerre sans merci entre ce pays et des factions rebelles, favorisées par des mandataires voisins et lointains. Avec la naissance des NTIC, Nouvelles technologies de l’informatique, il va de soi que son prix soit augmenté jusqu’à 2.000% en 50 ans. Les atteintes à la dignité humaine dans «la terre de conquête», les atteintes à l’environnement, causées surtout par la radioactivité initiale qui empoisonne les cours d’eau: qui s’en soucie? Que les bandes armées profitent de cette exploitation pour piller les parcs nationaux de ses éléphants, okapis, bonobos et autres grands singes, c’est le moindre de leurs soucis. Que les paysans abandonnent totalement l’agriculture dans la région pour une production artisanale d’un kilo de coltan, à raison de 30 dollars le kilo, pendant que les accidents mortels et les tueries sont fréquents, cela n’émeut nullement le monde. L’important, pour eux, ce sont les profits que les courtiers et agences d’abord en retirent, environ 500 dollars le kilo, pour parachever le parcours dans des raffineries perfectionnées d’Europe ou d’Asie. Et puis, le cobalt. L’Union Minière du Haut Katanga le produisait déjà dans les années vingt. Le cobalt congolais représentait, jusqu’en 1960, près de 60% de la production mondiale. La même compagnie était également productrice de l’uranium et de son sous-produit le radium. Le gîte de Shinkolobwe a été pendant plusieurs décennies le gisement uranifère le plus riche du monde. A partir de 1942, son uranium servit à la fabrication des bombes atomiques jetées en 1945 sur Hiroshima et Nagasaki, au Japon, et qui ont été déterminantes pour la cessation des hostilités. De nos jours, c’est le Niger qui occupe la première place. La multinationale AREVA vient d’obtenir le permis d’exploitation de la mine d’uranium d’Imouraren, la plus grande d’Afrique et la deuxième au monde. Selon l’accord, AREVA détiendra 66,65% du projet et le gouvernement 33,35%.
Guerres de ressources 20 ans de guerre en Sierra Leone, 14 ans au Liberia, des millions de morts, c’est le tribut que les populations de ces deux ‘petits’ pays africains ont eu à payer aux rapaces multinationales qui se sont bousculées pour le diamant, l’or, le fer, la bauxite et le rutile qui y abondent. Toutes ces guerres, dites cyniquement civiles, n’ont eu que pour toile de fond des luttes sans merci que se sont livrées - et se livrent toujours- ces compagnies minières recrutées aux Etats-Unis d’Amérique, au Canada, au Royaume Uni, en Inde, en Israël, en Belgique, en France ou… en Afrique du Sud. Et cela, en connexion avec les marchés des armes, du blanchiment d’argent ainsi que de la drogue. Le diamant sierra-léonais compte parmi les plus parfaits du monde. On y retrouve aussi le deuxième plus important gisement de rutile. Des joyaux de plus d’un milliard de dollars annuels provenant de ce pays sont mis en vente dans les grandes bijouteries du monde occidental. Mètre carré par mètre carré, la Sierra Leone a été hypothéquée sous forme de concessions de ses richesses naturelles. Pour sa part, si hier, le Liberia voisin a fait le lit des trusts américains avec une exploitation éhontée de l’hévéa, à l’instar du Congo Belge du roi Léopold II de Belgique, ses dirigeants nés des guerres de la fin du 20ème siècle, ont perduré dans cette tendance pour offrir au prix de la mort de millions de leurs concitoyens le caoutchouc, et surtout le fer, si abondant et d’une exceptionnelle teneur en minerai brut, au point de faire passer le pays parmi les plus grands exportateurs de fer dans le monde – 18,9 millions de tonnes par an, sans oublier dans ce marché de dupes la part du bois d’oeuvre ainsi que l’or. Autre caractéristique: pendant plus d’un demi-siècle, le Liberia a été le point de transit favori des diamants sortis en contrebande des pays voisins.
Le gâchis forestier En examinant la carte végétale de l’Afrique, la zone équatoriale se présente comme un immense massif de forêt dense de 4.800 kilomètres, allant de la Sierra Leone jusque dans la région des Grands Lacs et couvrant partiellement le Liberia, le Ghana, le Nigeria, le Cameroun, le Gabon, la partie continentale de la Guinée équatoriale, la Centrafrique et les deux Congo. Mais le bassin du fleuve Congo, en lui-même, porte principalement sur les pays de l’Afrique centrale et couvre une superficie de plus de 1.500.000 kilomètres carrés. Cette grande forêt, la deuxième après l’Amazonie en Amérique du Sud, est appelée à disparaître d’ici 50 ans au rythme de 5% l’an si l’exploitation désordonnée du bois et des minerais perdure, note un rapport le Fonds Mondial pour la Nature, WWF. En effet, chaque année, cette région perd 3,7 millions d’acres face à l’exploitation de toutes sortes d’essences de bois, de minerais et du pétrole. Sur la mire de cette déforestation se greffent aussi l’agriculture et le tracé des routes. Il n’y a pas que le bois que le massif forestier de l’Afrique perd de jour en jour. Cette déforestation est accompagnée de la déperdition de la biodiversité. 400.00 mammifères, dont principalement les populations exclusives de gorilles, de chimpanzés, de bonobos et d’éléphants de forêts. Il faut, en plus, compter que cette forêt sert aussi d’habitat à 335 espèces d’oiseaux et à 10.000 espèces végétales, dont plusieurs sont endogènes et ont des vertus médicinales avérées. C’est la deuxième réserve de la biodiversité de la planète qui se meurt ainsi à petit feu. Mais le danger le plus immédiat reste la distribution à tout venant des concessions des espaces entiers pour l’exploitation du bois. Les gouvernements des pays africains concernés y vont de tout bois: les forêts sont déboisées à l’emporte-pièce; les contrats distribués au premier venu; les espèces précieuses et souvent rares (sipo, sapelli, tola, iroko, afromosia, tina, wenge,…) sont bradées et quittent chaque jour nos pays par milliers de tonnes entières; les populations locales sont chassées de leurs terres sans autre forme de procès. «Le processus, dans ces forêts, est empreint du sceau du secret de la part des gouvernants», note un communiqué de l’ONG Greenpeace International, lancé le 24 septembre 2008. Dernièrement encore, pour sa part, le gouvernement congolais a décidé de réexaminer les contrats des 156 exploitants de bois inscrits sur ses registres pour les convertir en concessions d’exploitation légales. Affaire à suivre et qui doit amener tout le monde à conclure que dénoncer ce massacre partout où l’on se trouve à travers les associations amies de la nature face aux intérêts étroits d’une minorité assoiffée d’argent, africaine, occidentale ou orientale, reste la seule voie pour faire entendre raison aux pilleurs de l’humanité.
D’autres Tourisme. Pour de nombreux pays du continent, il représente une ‘ressource’ importante: 900 millions de dollars entrent annuellement dans les caisses du Kenya à partir des activités touristiques. La Tanzanie prévoit en 2009 dépasser le 1.35 milliard de dollars des recettes touristiques enregistrées en 2008. L’Afrique du Sud, avec 9 millions de touristes attendus en 2009 prévoit une recette de 9.5 milliards de dollars et cultive le rêve d’ouvrir ses portes à 10 millions de visiteurs en 2010, année du Mondial. Le tourisme donne du travail à 1.2 million de Sud-africains. Les touristes qui visitent annuellement l’Egypte sont 11 millions environ et la recette est de 9.6 milliards de dollars. Même le Mozambique a reçu 1,5 million de visiteurs en 2008. Les eaux des océans qui entourent le continent africain disposent d’un remarquable patrimoine de poissons. De 1997 à 2001, les surveillances aériennes des eaux territoriales de la Guinée ont montré que 60% des 2.313 navires localisés commettaient des infractions. Les surveillances en Sierra Leone et en Guinée-Bissau, au cours de la même période, ont relevé les niveaux de pêche illégale de 24% (des 947 navires) et de 24% (des 926 navires), respectivement». Dans les eaux au large de la Somalie, on a récemment relevé la présence de centaines de bateaux de pêche étrangers (jusqu’à 700) engagés dans une chasse non autorisée à des espèces privilégiées et menacées de disparition (thon, squale, langouste, grosse écrevisse). Finalement, on peut considérer ‘ressource africaine’ les sommes, 148 milliards de dollars qui, chaque année, quittent le continent africain pour entrer dans les coffres-forts des banques de l’hémisphère nord et des paradis fiscaux. Les actifs africains des grands hommes d’affaires, politiciens etc. placés dans des comptes en banque à l’étranger équivalent à plus de la moitié de la dette extérieure du continent. Achat de terres. Des nouveaux termes naissent dans le dictionnaire économique planétaire. Il s’agit aujourd’hui de «l’insécurité alimentaire mondiale» qui frappe indifféremment pays riches ou peu développés. Bien sûr, à des degrés divers. On se souviendra de la grande crise des années 1930! Tirant les leçons du passé, les gouvernements prévoyants, bien que déjà producteurs des denrées nécessaires pour leurs populations, visent loin. D’une part, ils recourent à des réserves par des importantes importations, et d’autre part, s’empressent de s’emparer des territoires étrangers pour assurer leur propre production alimentaire. C’est ce qu’on appelle «l’accaparement des terres» au niveau mondial. Ce qui est plus grave dans cette situation est que dans la plupart de ces cas, le système semble se fonder, avec l’accord des gouvernements locaux, sur l’expulsion des populations de leurs terres agricoles fertiles. Une main basse des grosses sociétés agro-alimentaires et des investisseurs privés qui pourrait, à la longue, sonner le glas des petites exploitations agricoles de subsistance dans bien de régions du monde. Dans de nombreux pays, des investisseurs privés acquièrent d’immenses surfaces destinées à être gérées comme des parcs naturels ou des zones de conservation, assurant ainsi à long terme l’alimentation de leurs propres populations à bon marché, avec une sécurité bien supérieure. Se sont déjà offerts pour abriter ces ‘accapareurs de terres’ de nombreux pays du Tiers-monde et notamment parmi les africains l’Ouganda, la Somalie, Madagascar, le Malawi, le Sénégal, le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mozambique, le Soudan, l’Angola,... Un méga-contrat, d’une valeur de 4,8 milliards d’euros sur 25 ans, lie depuis juillet 2008 Madagascar à un groupe industriel sud-coréen pour louer la moitié de sa surface arable, soit un territoire aussi grand que la moitié de la Belgique, pour produire des denrées alimentaires destinées aux consommateurs sud-coréens. Depuis 1970, trois pays de l’Afrique de l’Ouest, le Nigeria, le Ghana et la Côte d’Ivoire, se sont unis avec la Société internationale des Plantations d’Hévéas du groupe Michelin pour exploiter 30.000 hectares d’hévéas en vue mettre sur le marché du caoutchouc naturel. Très perspicace, la Chine a réussi à contourner la Constitution du Mozambique qui interdit la cession de ses terres à des étrangers et à proposer un partenariat avec une société mozambicaine ‘dormante’ en s’appuyant sur un marché d’emploi de 10.000 travailleurs locaux. Jordanie- Soudan, le sort sera bientôt uni pour exploiter des terres qui nourriront les Jordaniens en lieu et place des Soudanais eux-mêmes, affamés et meurtris par plus d’une dizaine d’années de guerre. En Angola, 10% des terres arables sont actuellement en train d’être exploitées et 20.000 hectares autres sont lorgnés par le groupe anglais de Lonrho avec, en sus, des fonds éthiques rubis sur ongle. On retrouve une fois de plus les traces du Royaume-Uni au Malawi où il contrôle déjà 2.500 hectares à la culture de piments, manioc et maïs qui sont envoyés directement dans le pays de l’investisseur. La liste est longue. «Du fait de l’explosion des prix alimentaires, de plus en plus de pays investissent pour assurer leur sécurité alimentaire», a expliqué Alain Karsenty, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique, CIRAD, basé en France. Si certaines opérations consistent en des achats purs et simples, la plupart se font d’Etat à Etat, d’autres de consortium Etat & Privé à Etat et, enfin, de privé à privé, pour des baux à long terme de 25, 30, 50 voire 99 ans. Ces pays sont identifiés comme offrant des terrains fertiles, une relative disponibilité de l’eau et un certain potentiel de croissance de la productivité agricole. En Ouganda, parlement et gouvernement ne semblent pas s’accorder sur la location par des entreprises égyptiennes d’un espace de plus de 840.000 hectares de terres agricoles, soit 2,2% de la surface totale du pays. Ces nouveaux investisseurs peuvent ainsi gagner de l’argent en prenant le contrôle des meilleurs sols aussi rapidement que possible. On les trouve sur tous les continents.
Des pays amis En Afrique, on pointe du doigt l’Egypte et la Libye; au Moyen-Orient, des pays ne disposant que de peu de terres comme la Jordanie, le Kuweit, le Qatar, les Emirats Arabes Unis. Leur idée est de conclure des accords, particulièrement avec des pays frères islamiques, auxquels ils fourniront capitaux et contrats pétroliers, tandis qu’en Asie, c’est le Japon, mais surtout la Chine qui excelle avec ‘des pays amis’ dans des projets les plus divers, en échange de la technologie, la formation et les fonds de développement des infrastructures. L’on comprendra ses dirigeants dans la perspective où ce pays, d’une part, absorbe à lui seul 40% des agriculteurs du monde pour des terres agricoles ne s’élevant qu’à 4% du total mondial et, d’autre part, dispose en mains de 1.800 milliards de dollars de fonds comme réserves agricoles. Dans la conclusion de son précieux volume «Histoire de la Rép. Dém. du Congo», Isidore Ndaywel è Nziem écrit que notre pays, la RD Congo, «scandale géologique et agricole qu’il est par ses ressources minières et ses potentialités agricoles... doit encore s’efforcer de devenir un scandale métaphysique», c’est-à dire libérer l’inventivité de son peuple, ses ressources intellectuelles, insuffisamment mises en valeur par une politique peu clairvoyante et égoïste... La prédation des matières premières demeura le principe économique majeur... L’agriculture vivrière continua d’être négligée». Des défis qui sont toujours là et qui attendent une réponse que la globalisation rend urgente.
Patrick Monzemu Moleli et Gaétan N. Yawo
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