Depuis 2002, le P. combonien Jean-Claude Kobo, Congolais, vit en Ethiopie.

Expérience exaltante au regard des contacts pris avec une Eglise catholique locale, bien que minoritaire (1% de la population), mais agissante à plus d’un titre: une tradition chrétienne qui date du 1er siècle; la cohabitation avec les coptes, les orthodoxes et les luthériens; une vie monastique vieille de 2000 ans; deux rites liturgiques; un calendrier modelé sur les églises orientales; une vie sociale rythmée par la vie de l’Eglise.

 

Quel a été votre parcours avant d’arriver en Ethiopie ?

Mon parcours n’est pas spécial, mais comme celui de tout missionnaire, très ordinaire et son aboutissement n’a été que le fruit de la grâce de Dieu. Après mes études primaires et secondaires dans la province du Bas-Congo et un petit moment de travail, je me suis déplacé à Kinshasa pour répondre aux exigences de la Congrégation avec laquelle j’avais pris contact. C’est ainsi qu’en avril 1990, je me suis retrouvé à Kinshasa, où ma formation durera 10 ans. C’est en janvier 2002, après un petit séjour à Londres, que je sui parti en Ethiopie.

 

Quels peuples avez-vous rencontrés dans votre action missionnaire ?

Après un semestre de la langue oromo, langue du groupe ethnique majoritaire du pays (en même temps une des langues nationales du pays), j’étais envoyé dans la mission de Haro Wato pour travailler avec les Gujis. C’est une tribu de plus de deux millions de personnes parlant guji, dialecte très  proche de l’oromo. Les vieux ne cessent de vous raconter les exploits du passé dans leur lutte contre les Sidamos, les Gedeos et les Boranas. Il y a dans cette mission, la présence d’un groupe minoritaire, les Gedeos, bons travailleurs et très déterminés dans les engagements qu’ils prennent. C’est avec ces deux peuples  que j’ai travaillé pendant six ans soit comme vicaire, soit comme curé de la paroisse. Je dois dire que je suis content du temps que j’ai investi dans ce travail pastoral.

 

Comment avez-vous organisé votre présence, en tant que missionnaire, chrétien africain et prêtre ?

Ma pastorale a connu deux moments forts. Au départ, j’ai assumé la charge de la petite école de la mission. Je m’y suis mis du moment que l’éducation se trouve dans les priorités de l’Eglise locale. J’ai exercé cette tâche pendant trois ans et je me suis senti heureux même si quelques fois j’ai connu des difficultés. Après mon premier congé de 2005, on m’a demandé de prendre la responsabilité de la mission avec cet avantage que j’avais travaillé étroitement avec le curé précédent, appelé à d’autres fonctions. Comme tout missionnaire, je suis allé rendre témoignage de tout ce que j’ai vu, entendu et cru pendant ma formation depuis l’enfance. Comme prêtre africain, j’ai essayé de répondre au charisme combonien: «Sauver l’Afrique par l’Afrique.» J’ai essayé de participer à la construction de la petite communauté chrétienne en apportant mon expérience de foi et de l’Eglise du Congo. J’ai essayé de faire un chemin d’Eglise et de foi avec tout le monde.

 

Y avait- il des chrétiens avant votre arrivée?

Bien sûr! La mission catholique de Haro Wato, date de plus de deux décennies aujourd’hui. Mais il y avait déjà une présence protestante: les Luthériens et certaines églises charismatiques.

La tradition chrétienne en Ethiopie remonte à Saint Frumence (4ème siècle), les chrétiens de cette tradition sont attachés aux Coptes d’Egypte et au patriarcat d’Alexandrie.

 

Qu’en est- il de cette tradition aujourd’hui?

Un correctif à la question vaudrait la peine. Le christianisme, en Ethiopie, date du premier siècle. Lisez l’histoire de l’eunuque éthiopien. Ce n’est pas une  fable mais un fait historique (Ac 8, 26-39). Je suis arrivé en Ethiopie le 18 janvier 2002 et le jour suivant, on célébrait la fête du Timqet (= le Baptême – Epiphanie de Jésus), une des fêtes les plus importantes du pays. 

 

Combien sont–ils les catholiques et comment les différencier des autres chrétiens de l’Ethiopie?

Le nombre des catholiques en Ethiopie n’est pas très élevé. Ils n’atteignent pas 1% de la population. On les évalue à quelque 800.000. Quant à savoir comment les distinguer des orthodoxes, la question me semble un peu complexe. Il est vrai qu’il est facile d’identifier la majorité des chrétiens orthodoxes du moment que ces derniers ont vraiment influencé la vie sociale, les us et coutumes, etc. Ils se baignent dans un même passé historique. On voit, par exemple, catholiques et orthodoxes aller à l’église ou aux funérailles, se voilant la tête de leur habit traditionnel (Natela pour les femmes et Gabi pour les hommes). Il y a surtout le signe de la croix et les rites liturgiques qui font la différence.

 

La vie monastique est-elle encore florissante?

Oui! La vie monastique est toujours en vogue en Ethiopie. C’est une des formes les plus anciennes du monachisme que l’on observe en pays chrétien. Et je dois dire que j’étais positivement touché quand j’ai  eu à visiter certains moines et monastères à Addis Ababa, dans ses environs ou à l’intérieur du pays. Je parle de N’toto, Debré, Libanos, Zukuala et de ceux situés sur le lac Tana. On y rencontre des vieux moines bourrés d’une longue expérience monastique et aussi des jeunes en pleine initiation. Je suis optimiste: l’Éthiopie gardera cet héritage vieux de 2000 ans pour longtemps encore et je souhaite que cette vie, tout en gardant son identité, puisse trouver des aspects nouveaux qui interpelleront les générations à venir.

 

La tradition chrétienne éthiopienne a-t-elle quelque chose à apporter à l’Eglise africaine sub-saharienne?

Nul n’est si pauvre qu’il n’ait rien à donner et nul n’est si riche qu’il n’ait rien à recevoir. L’Eglise de l’Éthiopie a beaucoup à donner à l’Eglise d’Afrique et bien plus à l’Eglise universelle. Quand j’ai parlé plus haut du monachisme caractérisé par la prière et la vie pauvre et simple des moines, c’est un exemple pour les autres Eglises.  Quand nous devons  parler de sa tradition chrétienne longue de milliers d’années, je crois que nous avons là  une expérience de fidélité au Christ, un exemple à imiter. Que dire encore? La vie sociale de l’Éthiopie est rythmée par la vie de l’Eglise. Beaucoup de fêtes de l’Eglise orthodoxe sont respectées et parfois déclarées fêtes nationales. Comme par exemple: la fête de la croix du Christ, Noël, le baptême du Seigneur, etc. Mais aussi concluons par l’usage du rite. L’Ethiopie a un  rite qui est très riche et propre pour exprimer sa foi en Dieu. Les Eglises d’Afrique sub-saharienne pourraient imiter cet exemple pour trouver dans leur contexte des expressions de la foi propre à leur  réalité historique et culturelle.

 

Un dernier mot pour les lecteurs d’Afriquespoir?

 Je remercie le Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné de vivre dans ce pays. Et j’invite aussi d’autres à suivre mon exemple dans le service missionnaire de l’Eglise dans le monde. Et pourquoi pas en Ethiopie?

Ae

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