Quatre images pour la vie

Nous n’avons pas une biographie de saint Paul; mais lui-même  nous a laissé, dans la deuxième lettre à Timothée, quatre images qui résument les aventures de sa vie.

«Quant à moi, mon sang est déjà répandu en libation, et il est temps de déployer les voiles.

J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi.

Et maintenant, voici qu’est préparé pour moi la couronne de justice…» (2 Tm 4,6-8).

Le sang est versé. C’est le sang de l’apôtre qui est versé sur le brasier comme en sacrifice. Les païens et les juifs (dans le temple de Jérusalem) offraient des sacrifices en versant sur un brasier de l’huile ou du sang des victimes (brebis, bovidés, etc.). L’huile ou le sang brûlait et la fumée montait vers le ciel pour arriver jusqu’à Dieu. Saint Paul sent que sa vie est arrivée à son terme. Il sera en effet décapité sur la voie qui mène à Ostie et c’est là que les Chrétiens ont construit la Basilique de Saint-Paul-hors les-Murs à Rome.

Déployer les voiles pour les bateaux, c’est le départ. La voie de la navigation était la plus rapide et la plus sûre. Saint Paul a beaucoup navigué. Il est arrivé jusqu’en Espagne, semble-t-il. Le but de tous ces voyages était pour l’apôtre de visiter les communautés chrétiennes et de les fortifier dans la foi. Il a même fait naufrage (trois fois selon 2 Cor 12, 25). A la fin de sa vie, il se prépare à voyager pour atteindre finalement la paix auprès de Dieu.

Le bon combat. Dans sa vie, saint Paul a toujours lutté. Les adversaires ne manquaient pas. Les juifs, fidèles à la tradition mosaïque, ne le laissaient jamais en paix. C’était comme une écharde, une épée pointue, qui le blessait et qui le faisait saigner. Selon le livre des Actes, saint Paul a failli être tué à Philippes, après avoir été roué de coups (Actes 16,22-24). A Ephèse aussi (Actes 19,23-40), à cause du tumulte provoqué par les orfèvres, menacés dans leur commerce par la prédication de l’Evangile. Et encore à Jérusalem, dans le tumulte provoqué par les Juifs originaires d’Asie (Actes 22, 22-29). Et toujours l’apôtre a été sauvé par le pouvoir romain qui intervenait pour faire respecter la loi.

J’ai achevé ma course. Saint Paul connaissait le monde du sport et il en utilisait les images. Le stade grec était long de 180 mètres. Au fond ,il y avait une colonne, autour de laquelle il fallait faire demi-tour quand la course était double. Et le vainqueur recevait une couronne de lauriers comme récompense. L’apôtre dit d’avoir couru, c’est-à-dire, d’avoir œuvré toute sa vie pour recevoir une couronne, non pas de lauriers qui vont se fâner et être jetés, mais une couronne de justice qui dure pour l’éternité. Blaise Pascal (savant et philosophe français, né en 1623 et mort à Paris en 1662) imagine ce dialogue entre le Seigneur et l’apôtre Paul, à propos du salut (= couronne de justice, selon le langage de l’apôtre). Le Seigneur dit: «Si tu connaissais tes péchés, tu n’aurais même pas le courage de me parler». Et Paul: «Alors, je n’ai plus le courage de rester devant toi, Seigneur». «Non – lui dit le Seigneur, - parce que tes péchés te seront révélés seulement au moment où ils seront pardonnés!».

Le Seigneur, en effet, est le Seigneur de la justice, qui se manifeste dans la miséricorde (Luc 6,36).

 

Un vol rase-mottes

Nous sommes habitués à lire les écrits de saint Paul, à les étudier, à essayer de les comprendre dans leur difficulté.  Saint Pierre aussi reconnaissait que son frère dans le ministère utilisait un langage difficile (2P 3, 15-16). Mais saint Paul était-il vraiment un apôtre à l’enseignement très élevé, volait-il toujours très haut? Descendait-il des fois plus bas, comme en vol rase-mottes, pour s’occuper des affaires ordinaires de la vie de tous les jours? Oui. Il n’oubliait jamais les pauvres, les faibles, les laissés pour compte, les pécheurs, les païens… Et puis, comme tout le monde, il travaillait de ses mains. Il ne restait jamais dans l’oisiveté. A l’école du célèbre rabbin Gamaliel à Jérusalem, il avait appris non seulement le sens profond des écritures, mais aussi un métier pour gagner son pain quotidien. Il était tisserand. Il fabriquait des tentes pour l’armée romaine. Et c’était une affaire importante, qu’il avait héritée de son père à Tarse (son village natal, dans l’actuelle Turquie). En effet, le ravitaillement de l’armée romaine (300.000 soldats en moyenne campés aux frontières de l’Empire) était une entreprise colossale qui donnait du travail à des milliers de personnes. Mais saint Paul avait-il des attentions pour les gens ordinaires aux prises avec les difficultés, les maladies, les problèmes de la vie? Finalement un grand saint, comme l’Apôtre des gentils, a-t-il fait des miracles? Oui, mais ce n’est pas dans ses lettres que nous en trouverons la description, plutôt dans le livre des Actes, écrit par son disciple et fidèle secrétaire, saint Luc.

 

Un faiseur de miracles?

Quand on parle de miracles, on pense à Lourdes (France), où la Vierge Marie distribue des grâces à tous les pèlerins. Ou bien à Cascia (Italie), où il y a le célèbre sanctuaire dédié à sainte Rita. Ou bien à Padoue (Italie), où le tombeau de saint Antoine est visité chaque année par des millions de fidèles. Saint Paul aussi a fait (et peut en faire encore aujourd’hui, à travers sa prière d’intercession) des miracles. En voici la liste détaillée :

- Le magicien Elymas est rendu aveugle à Chypre : Actes 13,6-12.

- Guérison d’un estropié à Lystres: Actes 14,8-18.

- Guérison d’une servante possédée par un esprit divinateur à Philippes: Actes 16,16-18.

- Délivrance miraculeuse des missionnaires de la prison à Philippes: Actes 16,23-28.

- Un jeune, Eutyque, tombé du troisième étage et mort, est ressuscité par Paul à Troas: Actes 20,7-12.

- Paul, mordu par un serpent venimeux, une vipère, ne ressentit aucun mal à Malte: Actes 28,1-6.

Saint Paul a fait des miracles, mais pas à la façon de Jésus. Les Evangiles nous disent qu’une force mystérieuse sortait de sa personne et tous les malades qui s’approchaient de lui avec foi, étaient guéris: Marc 6,56; Matthieu 14,34-36; Luc 4,40-41; etc.

L’apôtre des gentils voulait simplement que sa parole soit écoutée, que rien n’empêche l’annonce de l’Evangile, que tout le monde ait accès au salut grâce à la foi dans le Christ Crucifié et Ressuscité.

 

L’Evangile toujours

Lors de sa conversion sur le chemin de Damas, Paul (à ce temps-là, il avait encore le nom juif de Saoul) a été contacté par Ananie, qui venait le voir au nom de Jésus. «Saoul, mon frère – lui dit-il, - celui qui m’envoie c’est le Seigneur, ce Jésus qui t’est apparu sur le chemin par où tu venais ; et c’est afin que tu recouvres la vue et sois rempli de l’Esprit Saint». Ananie, au premier moment, ne voulait pas se rendre auprès de Paul, parce qu’il avait peur de ce persécuteur des disciples du Seigneur. Mais Jésus lui avait dit dans une vision: «Va, car cet homme m’est un instrument de choix pour porter mon nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites» (Actes 9,1-15).

Ananie imposa les mains sur Paul, qui recouvra la vue, fut rempli de l’Esprit Saint et baptisé sur le champ. Aussitôt, il se mit à prêcher Jésus et à proclamer qu’il était le Fils de Dieu. A partir de sa conversion, saint Paul ne s’arrêta plus et la prédication missionnaire devint sa véritable occupation. Prédication avec tous les moyens de l’époque: voyages par mer et par terre, rencontres, enseignements, prières et écrits.

Saint Paul comprit qu’il fallait fortifier la foi des jeunes Communautés chrétiennes, même pendant son absence. Il envoyait donc des lettres. Nous en avons 13 qui lui sont attribuées. 7 sont sans aucun doute de lui, appelées avec un terme savant, les lettres «protopauliniennes», composées entre les années 50 et 60 après Jésus Christ (donc bien avant les quatre Evangiles): 1 Thessaloniciens, 1 et 2 Corinthiens, Galates, Philippiens, Romains et la lettre à Philémon. Et les six autres? Elles sont le fruit de la tradition paulinienne et appelées de ce fait, «deutéropauliniennes».

Saint Paul, envoyé comme « instrument de choix», c’est-à-dire comme missionnaire de l’Evangile de Jésus, est resté fidèle à sa vocation. Surtout parmi les nations païennes, dans le monde grec et romain de l’époque. Monde qu’il connaissait, étant né à Tarse et ayant la citoyenneté romaine. Le prophète Isaïe n’avait-il pas dit ceci? «Tu suceras le lait des gojîm (=païens)» (Isaïe 60,16).

Le Cardinal John Henry Newman (né à Londres en 1801 et mort à Birmingham en 1890) avait donné de ce verset l’explication de la nécessité du dialogue entre la tradition biblique et les différentes cultures du monde. Ce que saint Paul a fait d’une manière admirable, même si l’apôtre des gentils utilise un langage direct, vrai et sans ambages. Il n’aimait pas les adjectifs ou les vols poétiques. Ses phrases souvent ne respectaient même pas les règles de la grammaire. A juste titre, Jacques Bénigne Bossuet (1627-1704), un évêque français, célèbre prédicateur et écrivain, a dit du style des écrits pauliniens: «Saint Paul ne chatouille pas les oreilles (au moyen d’un discours mélodieux et plaisant), mais il touche directement l’intelligence et le cœur».

De toute façon, saint Paul a été le plus grand de tous les Missionnaires de l’Evangile de Jésus, et un exemple que nous pouvons imiter aujourd’hui encore.

 

Tonino Falaguasta Nyabenda

 

Les miracles de Saint Paul

Zone de Texte:

Afriquespoir 46

Editorial

Courrier

Vers le ciel.

Il n’explique pas tout. 

Contrat de bail.

C’est donc le temps.

Dossier:  De grandes ressources, mais ...

Terre en vente. 

Kibwila: A qui la faute?

Façonner les rapports humains.

Valoriser l’oralité.

La Pomme de terre, notre amie

Les miracles de Saint Paul

On vient de loin

Une guerre qu’on ne peut oublier

Elles me rappellent.