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Côte d’Ivoire : finalement |
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Un processus électoral sans fin, des rebelles qui ne désarment pas et des candidats en campagne à travers le pays. Reportées à plusieurs reprises depuis 2005, les élections présidentielles en Côte d’Ivoire auront lieu le 29 novembre prochain. Épuisée et appauvrie par une crise qui dure depuis septembre 2002, la population espère qu’on y arrive vraiment.
Le 18 mai dernier, le président ivoirien Laurent Gbagbo et ses principaux rivaux politiques ont convenu, à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, que les élections présidentielles se tiendront le 29 novembre prochain. Gbagbo a ajouté, cependant, que ce n’était pas une «date immuable.» Aussi, les candidats ont fixé le 30 juin dernier comme date limite pour l’enregistrement électoral et la publication des listes en septembre. L’annonce répondait à une demande de Ban Ki Moon, secrétaire général de l’ONU, aux autorités ivoiriennes d’élaborer un calendrier réaliste pour les élections. Pour leur préparation, la communauté internationale a investi environ 240 millions de dollars. Il est vrai que des progrès ont été accomplis vers la paix et la sécurité grâce à l’accord de paix signé en 2007 entre Gbagbo et Guillaume Soro, leader des Forces Nouvelles (rebelles), à Ouagadougou. Avec aussi la signature du président burkinabé Blaise Compaoré. Un accord visant à ramener la paix en Côte d’Ivoire et à réunifier le pays. On a effacé la «zone de confiance» qui avait divisé le pays ; on a rétabli la circulation des personnes et des biens dans tout le pays et on a déjà enregistré 6 de 8,6 millions d’électeurs potentiels. On espère que la situation du pays, coupé en deux depuis le déclenchement d’une rébellion en septembre 2002, ne se détériorera pas de nouveau. Le 5 mai dernier, on a commencé le déploiement des 8.000 soldats du Centre de Commandement Intégré (CCI), composé de 4000 hommes de l’armée gouvernementale et de 4000 rebelles, pour assurer la sécurité des élections, lorsqu’elles se réaliseront. Les signataires de l’accord de Ouagadougou ont donné l’impression d’avoir entamé une course aux chiffres, à tel point qu’ils ont signé quatre autres accords. Sans trop se soucier, on dirait, de l’impact que leur attitude pourrait générer dans la vie de la nation. La situation semble favorable à la majorité des protagonistes de la crise, notamment au groupe présidentiel et aux Forces Nouvelles
Presque dix ans Élu sans des adversaires sérieux en 2000, Laurent Gbagbo est, depuis 2005, chef de l’État par défaut. Il sait qu’il ne peut rester indéfiniment au pouvoir sous le prétexte que les conditions d’élections incontestables ne sont pas réussies. Mais plusieurs signes montrent qu’il prend le temps nécessaire pour se préparer sérieusement à l’inévitable confrontation électorale. Son premier travail est de présenter un bilan acceptable de ses presque 10 ans à la tête du pays. Plus préoccupé par la guerre que par la lutte contre la corruption, Gbagbo a lancé une opération «mains propres» sans précédent. En février 2009, sa secrétaire Émilienne Gomé a été condamné à 5 ans de prison pour avoir profité de sa position pour escroquer 65 millions de francs CFA (140.000 dollars) à la compagnie de téléphonie mobile MTN-CI. Le procès contre son ancien partenaire avait un but «pédagogique», de même que l’arrestation et la détention en juin 2008, de plusieurs dirigeants de la filière café-cacao, accusés de détournement de 5,8 millions d’euros destinés aux agriculteurs. Parmi eux, Henri Kassi Amouzou (FDPCC), Lucien Tapé Do (BCC), Angeline Kili et Firmin Kouakou (FRC), considérés proches du Front Populaire Ivoirien, le parti du président. Gbagbo, le ‘justicier’ est aussi un ‘constructeur’, comme en témoigne la construction d’une deuxième raffinerie dans le pays (1,400 millions de dollars), un pipeline de 385 kilomètres entre Abidjan et Bouaké (220 millions de dollars), le transfert de la capitale à Yamoussoukro (palais présidentiel, Parlement, hôtel des députés, Sénat, ministères, institutions judiciaires, etc.) et la «Grande Abidjan», un projet ambitieux pour améliorer l’image de la capitale économique du pays . Le Président Gbagbo, souvent présenté comme un obstacle au droit de voter dans la paix, semble admettre qu’un jour, il devra mettre en jeu son mandat afin que ses concitoyens, dont 48,9% vivent dans la pauvreté, puissent se prononcer.
Les forces nouvelles De son côté, le premier ministre Guillaume Soro semble profiter d’une charge que ni sa formation ni son âge ne l’y avaient préparé. Sur le terrain, les commandants de zone (chefs régionaux des Forces Nouvelles) et certains ‘pseudo militaires’ se sont enrichis grâce au trafic de bois, coton, café, cacao, diamants et biens de consommation, selon un rapport de la ONG Global Witness. Ainsi, l’entreprise d’Etat de bois SODEFOR, a perdu 283 millions de dollars à cause de l’exploitation illégale des forêts dans les régions du Centre, du Nord et de l’Ouest depuis les débuts de la crise. Habitués à un haut niveau de vie, qu’ils ne voudraient nullement perdre, ils veillent sur le futur de leurs familles, dont certaines résident à l’étranger : France, Belgique, Burkina Faso, Brésil, etc. A l’absence d’une économie commune, s’ajoutent les retards dans le rétablissement de l’administration civile et judiciaire et de l’autorité de l’Etat dans le Nord du pays. Prévu pour le 4 mars 2009, le passage de pouvoirs entre les préfets (délégués du gouvernement) et les commandants de zone, avait été réporté au 20 mai car les hommes de Soro voulaient compléter l’œuvre de sécurité dans leurs ‘territoires’. Malgré tout, on a toujours l’impression que le processus de désarmement et de réintegration des anciens combattants procède lentement. A partir de la fin du mois d’août dernier les premières unités de police mixtes, loyalistes - anciens rebelles, sont à l’oeuvre. On s’attend qu’elles sécurisent les élections présidentielles. Un autre signal positif: les candidats peuvent finalement déposer leur dossier, accompagné d’une caution de 20 millions de francs CFA, soit 30.500 euros environs. Jusqu’au 16 octobre.
L’opposition politique Bien que l’opposition politique soit celle qui souffre le plus des retards dans le processus électoral, certains représentants participent au gouvernement et ont leurs députés au Parlement, une manière d‘édulcorer l’attente des débats pré-électoraux. Mais aucune trace de certains noms comme Mabri Toikeusse, leader de l’Union pour la Démocratie et la Paix en Côte d’Ivoire; Francis Wodié, du parti Côte ivoirien du Travail; Anaky Kobena, président du Mouvement des Forces du Futur. Les renvois répétés de ces élections ont fait naître chez les principaux opposants de Gbagbo un vague de résignation et de grise mine autour de la date dernièrement annoncée. C’est le cas notamment d’Alassane Ouattara, leader du Rassemblement des Républicains (RDR), et de Henry Konan Bédié, président du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Le premier, Ouattara, dont on connaît la prudence, échauffe sa campagne. Sans avoir l’air pressé, il est présent sur tous les fronts. Sans arrêt et malgré quelques petits problèmes de santé. Bien qu’il ne participe pas au gouvernement, il est très actif dans ses contacts à l’étranger, surtout en France. Au lieu de l’aider, ce type d’initiative pourrait être de préjugé au niveau local. Dans un climat où se réveille facilement la fibre patriotique, ce n’est pas bon d’être candidat «de l’extérieur». Un argument que la presse proche de Gbagbo ne craint pas d’utiliser. Bédié, pour sa part, sent la nécessité de se reposer après le commencement d’une campagne bruyante mais prématurée. La détermination de Konan Bédié de revenir au pouvoir est absolument évidente. Détrôné par un coup d’État en 1999, l’ancien président a parcouru plus de 200.000 kilomètres à l’intérieur du pays à partir de 2007, selon son parti. Il a 75 ans, jamais il n’avait donné telle manifestation d’énergie. Très critique sur la situation du régime actuel, Bédié peut s’enorgueillir d’avoir gouverné un pays en paix et relativement prospère. Il sait que, malgré les différents retards, les élections en Côte d’Ivoire auront finalement lieu. Ceux qui ne sont pas prêts, seront les grands perdants.
Jean-Arsène Yao, M.N. |