La stérilité constitue une épreuve difficile à surmonter. Elle anéantit visiblement le couple, mais particulièrement la femme qui n’est pas toujours et nécessairement la cause de la situation. Un malaise s’installe, entraînant des sentiments de déception, de colère, de souffrance et de culpabilité jusqu’à la dislocation du ménage.

 

C’est dimanche. Il est 10h30, un monsieur se prépare pour se rendre à la messe dominicale.

Lorsqu’il franchit le portail de la parcelle, il reçoit la visite de ses trois beaux-frères. Par courtoisie, il regagne sa maison et les fait asseoir pour s’enquérir du but de leur visite. Sans aller par quatre chemins, il les avertit qu’il doit aller participer à la troisième messe, celle latino-française.

Le plus âgé alors prend la parole et dit : «Beau-frère, nous sommes envoyés par le grand frère, en tant que chef de la famille pour vous remettre cette lettre. Il a vraiment insisté que nous ne rentrions pas sans réponse.» Il tend l’enveloppe au beau-frère. Celui-ci l’ouvre et en parcourt le contenu:

«Cher  Beau-frère, toute la famille vous rappelle qu’il y a dix ans déjà que vous avez pris notre fille en mariage. Avec un grand regret, notre famille constate que sa fille, votre épouse, n’arrive pas à mettre au monde et vous demande de nous envoyer le résultat des différents examens médicaux que vous avez déjà effectués pour que la famille puisse savoir qui parmi vous deux est stérile. Bonne compréhension.»

Touché dans son for intérieur, blessé dans son amour propre parce que la demande touche à son intimité, à l’intimité de sa famille, il avertit ses beaux-frères qu’il ne peut pas remettre les résultats de ses examens médicaux à leur famille. Le dialogue s’engage entre eux mais sur un ton peu amical. Le plus âgé des trois envoyés tient des propos presque injurieux à l’endroit de leur beau-frère: «Tu as fait perdre trop de temps à notre soeur. Tu es un assassin parce que tu veux détruire notre famille, notre clan. Rendez-nous notre soeur.»

Aussitôt terminé, il intime l’ordre à sa soeur de prendre ses effets et de sortir du toit conjugal. Les voisins accourent pour faire fléchir les trois jeunes gens mais en vain. La femme partie, le monsieur se retrouve seul, honteux et confus. Sa seule et vraie faute, c’est le manque de progéniture.

 

A la quête d’un enfant

Dans notre société, la procréation occupe une place de choix. Les couples stériles se trouvent dans une situation inconfortable parce que cet état de choses déshonore les deux familles... Combien ne demande-t-on pas, à la mort d’un homme ou d’une femme adulte, le nombre d’enfants qu’il a laissés.

S’il y a des orphelins: «Au moins, il y  en a qui vont le remplacer», se dit-on, apaisés. Dans le cas contraire, on pleure le mort, oui, mais surtout on se lamente du vide: «Il (elle) est parti à jamais», dit-on. C’est l’enfant qui donne validité et consistance à un mariage. La société en général ne tolère pas de famille sans enfant et considère la stérilité comme une grave infortune. Décidément, l’infertilité est un drame, tant les blessures qu’elle cause sont profondes. Elle constitue ni plus ni moins une épreuve difficile à surmonter, anéantissant visiblement le couple, mais particulièrement la femme qui, n’est pas toujours et nécessairement la cause de la situation. Un malaise s’installe, entraînant des sentiments de déception, de colère, de souffrance  et de culpabilité jusqu’à la dislocation des ménages. Dans tous les cas, l’impossibilité d’enfanter est souvent une épreuve très difficile à affronter. Prendre conscience de son infertilité peut provoquer un choc émotionnel, le couple se sent alors hors norme et cela entraîne des sentiments de déception, de colère, de souffrance et de culpabilité, allant jusqu’à une rupture totale de la communication entre les conjoints.

Généralement, c’est la femme qui réalise qu’il y a un problème, et le plus difficile pour elle est de convaincre son conjoint d’aller consulter un spécialiste (à noter que l’infertilité n’est pas un problème exclusivement féminin, dans 40% des cas, l’homme en est à l’origine). Les traitements proposés sont souvent longs et contraignants mais il faut garder espoir, il n’est plus rare de voir un couple stérile engendrer un enfant. Le désir d’avoir un enfant est non seulement un besoin naturel, mais également la réalisation d’un rêve et la conséquence logique d’une relation à deux. Mettre un enfant au monde est certainement la plus belle preuve d’amour que l’on puisse donner à son conjoint.

 

D’énormes sacrifices

Pour le couple ou l’un ou l’autre des conjoints, bien ou mal conseillés, la polygamie apparaît comme un palliatif à ce funeste handicap. La femme est interpellée par sa grande sœur qui, après avoir exprimé son inquiétude, qui est d’ailleurs celle de toute la famille, propose à sa petite soeur d’essayer «à côté», c’est-à-dire d’avoir un amant qui peut lui donner un enfant. Les groupes de prière guidés par des gourous assurant que leurs prières pourront aussi mettre fin à cette honte, sont aussi consultés. D’ailleurs, Dieu même a dit: «Soyez féconds, multipliez-vous...» Les enfants sont une bénédiction divine, il faut alors s’approcher de Lui par la prière pour en obtenir.

Des conseils qui encouragent à multiplier les veillées de prière et à passer, si le prodige promis n’arrive pas, d’une église à une autre, d’une campagne de délivrance et de miracles à une autre. On impose ou les couples s’imposent des prières intenses avec des jeûnes rigoureux. Il faut plaire au Bon Dieu et être généreux envers le pasteur.

Naturellement, la prière n’empêche pas qu’on puisse trouver des médicaments aptes à résoudre le problème. Un domaine dans lequel les couples stériles s’engagent au prix d’énormes dépenses, car ils doivent passer d’un gynécologue à un autre.

A cela, il faut ajouter un autre élément de grand poids : celui de la dot. Une femme mariée résidant en Europe raconte son histoire: «Je suis orpheline de mère à l’âge d’un an et j’ai grandi dans la famille de ma tante, la grande soeur à ma maman. J’avais juré, comme beaucoup des jeunes filles congolaises, de me marier à un homme résidant en Europe. Après prières et jeunes parfois à sec, le bon Dieu a répondu favorablement à ma demande. J’ai accroché un mikiliste (Congolais installé en Europe) en congé à Kinshasa et en quête d’une fille à épouser. Après la cérémonie de la pré-dot, ma famille a préféré que je rejoigne d’abord l’Europe et que la dot puisse être versée après quelques années de vie commune. Après trois ans passés ensemble, je n’arrive toujours pas à concevoir et mon mari menace de me renvoyer au pays. Au même moment aussi, ma famille réclame la dot. Pour mon mari, le payement de la dot est conditionné à la procréation. En clair, il ne veut pas verser la dot tant que je ne lui ai pas donné un enfant.»

Dans d’autres sociétés, le désir d’un enfant peut conduire à des solutions inimaginables il y a peu. Dans leur acharnement, des couples disposant de moyens économiques, «louent le ventre» à des indigentes «mères porteuses».

C’est ainsi que dans certains pays s’affirme la possibilité de se procurer l’enfant désiré grâce la «gestation louée». Ainsi en Ukraine, par exemple, où d’après le nouveau code adopté en 2006, la loi autorise un couple marié de ‘concevoir’ un enfant grâce à des techniques d’assistance à la procréation. En clair, un embryon transplanté dans l’organisme d’une autre femme est considéré à la naissance de l’enfant, comme l’enfant légitime des parents  qui ont loué le service de la propriétaire du ventre.

Ici, il serait légitime de se poser toute une série de questions. Par exemple: ne va t-on pas, bientôt, accuser la logeuse de l’embryon, connue ou disparue dans la nature avec l’argent obtenu, du mauvais caractère éventuel ou de quelques maladies de l’enfant? Ne pourrait-on se tourner vers la solution la plus humaine, celle d’adopter un enfant?

 

Longin Kizobo Langh 

Couples sans enfants : une punition?

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