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A partir du mois de septembre 2009, le Diocèse de Kinshasa fait mémoire, pour une année, d’un grand homme que Dieu lui a donné, le Cardinal Joseph Malula, dans le 20è anniversaire de sa mort et dans le 50è anniversaire de son ordination épiscopale. Entretien avec le père Baudouin Mobesala, missionnaire oblat de Marie, recteur de l’Institut St. Eugène de Mazenod, à Kinshasa.
« Avec la disparition du Card. Malula – ce sont les paroles de Mgr. Laurent Monsengo, lors de la Messe des funérailles à Kinshasa, le 18 juin 1989, - c’est un géant de l’histoire du Congo et de l’Afrique qui nous a quittés: l’un des éminents fils de l’Église dans le monde et en Afrique, l’un de ceux qui font l’histoire et que l’histoire récompensera. Le Card. Malula nous lègue un immense héritage qui est résumé dans sa devise épiscopale: ‘In Caritate’ (dans l’amour): amour de Dieu dans le service de nos frères; amour de nos frères dans la justice, la dignité humaine et dans la paix.» A juste titre, le Card. Frédéric Etsou, successeur du Card. Malula sur le siège épiscopal, a affirmé le 25 juin 1997: «O vénéré Cardinal Malula, vous avez été un fondateur d’Église. Le défilé ininterrompu des fidèles et des croyants de toutes confessions, pendant votre deuil à la cathédrale, a montré qu’au-delà des limites de votre diocèse et de l’Eglise catholique, votre vie avait eu un retentissement plus grand que celui que nous avions perçu: vous avez été un homme de foi et vous avez su susciter la foi de tout un peuple. Donnez-nous de vous rester fidèles en communiant avec vous au souffle de l’Esprit qui vous a inspiré. Confiant dans ce même Esprit, moi, Frédéric Card. Etsou Nzabi Bamwangabi, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siège, Archevêque de Kinshasa, je Vous proclame ‘Père de l’Église de Kinshasa’.
► Le Cardinal Malula a été proclamé «Père de l’Église de Kinshasa» par le Card. Etsou. Le méritait-il? Oui, il le méritait. Il le méritait non seulement pour l’Église de Kinshasa, mais moi je l’étendrai à l’Afrique tout entière. C’était un homme qui a lutté en faveur de l’africanisation de l’Église. Son objectif était de nous faire participer à l’évangélisation. L’africanisation, que le Cardinal Malula voulait, était finalement celle de nous faire comprendre, à nous Africains, le rôle que nous avons à jouer dans l’Église. Comme pasteur, il a publié beaucoup de documents, et il a rencontré toutes les catégories de personnes dans son ministère. Le Card. Malula a touché le cœur de tous. Oui, il a mérité le titre de « Père de l’Église de Kinshasa ». A son temps, au Congo, il était considéré comme le responsable de l’Église du pays tout entier. Nous le considérions comme quelqu’un qui était au dessus de tout le monde. Il avait une grande influence et son action avait, dans le Congo, un impact certain.
► Avez-vous connu personnellement le Card. Malula? Quelle impression en avez-vous eue? Je l’ai connu au début de mon scolasticat, quand je faisais la théologie, dans les années 1980. Nous avons eu la chance de le saluer plusieurs fois. A ce moment-là, les Missionnaires Oblats commençaient à s’implanter à Kinshasa. On voulait construire un séminaire de Théologie. Notre Supérieur Provincial était parti le voir, pour avoir l’autorisation d’installer une maison de formation dans son diocèse. Le Card. Malula a donné son accord, mais a demandé, en même temps, que les Oblats s’engagent davantage dans la pastorale, assumant la responsabilité d’une paroisse. Nous étions déjà présents dans la paroisse Saint Eloi. Mais il désirait un engagement supplémentaire. C’est pour cette raison que nous avons commencé à desservir la paroisse Saint Félix et, dans la suite, nous avons entamé la pastorale dans les prisons.
► Quelles sont les qualités que vous avez remarquées dans le Cardinal Malula? Il était un homme de grande discipline personnelle. Je crois que c’est cela qui l’a aidé dans sa vie. Il avait aussi une grande ouverture d’esprit et une humilité sincère. Il savait écouter et il s’est laissé entouré par des collaborateurs intelligents. Tout cela faisait partie de ses atouts. Il savait demander conseil et c’est ce qui m’a impressionné le plus. Il avait l’humilité de demander conseil, même aux jeunes: il les écoutait avec beaucoup d’attention. Le Card. Malula était aussi un homme de cœur, de grand cœur sans cesser d’être strict, sévère. Il suffit d’aller voir les œuvres d’assistance aux malades, aux pauvres, aux plus démunis qu’il a réalisées. Pensons aux villages Bondeko. Bref, c’était un homme imprégné d’une discipline personnelle, un homme humble. Je crois que c’est ce qui lui a donné la force de devenir ce qu’il est devenu pour nous au Congo. Une intelligence perspicace, un autodidacte, de grand cru. Un visionnaire et un poète, un grand musicien aussi. C’est un peu comme ça que je l’ai connu.
► Le Card. Malula est célèbre pour tout ce qu’il a fait dans le domaine de la liturgie. Il est justement appelé «le père du rite zaïrois». Il disait, à propos de la danse admise dans ce rite que dans nos traditions, la danse sacrée diffère foncièrement des danses de réjouissance ou de celles qui marquent d’autres événements de la vie sociale. La danse sacrée est vraie prière: par son style particulier, par ses rythmes, par ses mouvements retenus. Elle s’adresse à Dieu et exprime envers lui l’adoration, la louange, le repentir, la supplication, la joie du salut. Une danse qui est aussi communautaire car, en règle générale, c’est toute l’assistance qui danse, chante et exprime ses sentiments. On évitera que la célébration devienne une pièce de théâtre à cause de certains abus désordonnés, chants qui se prolongent au-délà de l’action liturgique qu’ils sont censés accompagner, processions trop longues et lentes».
► Mais aussi dans le domaine de la vie religieuse, il a fait un travail remarquable. Il voulait africaniser les religieuses congolaises. Au début, il a eu des difficultés. Mais, étant un homme tenace, un homme de foi, il a tenu bon. Il voulait que la vie religieuse africaine, elle aussi, puisse prendre part à l’africanisation de l’Église. Il désirait faire comprendre aux congolais et aux congolaises que la vie religieuse avait ses exigences et sa discipline, qui touchaient profondément le «moi» de la personne consacrée. Le Card. Malula avait une vision correcte de la vie religieuse et l’a concrétisée dans la Congrégation religieuse qu’il a fondée, les Sœurs Thérésiennes.
► Vous avez rencontré le Card. Malula en 1988, quand vous lui aviez demandé de vous ordonner prêtre, ensemble avec les autres candidats Oblats. Une année plus tard, en 1989, le 14 juin précisément, il est décédé. Il nous a dit qu’il pourrait nous ordonner ensemble avec ses candidats, à la Cathédrale N. Dame du Congo. Nous étions de l’avis d’avoir une cérémonie pour notre compte, chez nous. Alors il nous a suggéré de chercher un autre Évêque et il a fait le nom de Mgr. Tshibangu, lequel a accepté. Quand je l’avais rencontré en 1988, il n’avait pas l’air malade. Il avait la voix assez claire et quand il nous parlait, il avait l’air lucide et en forme. Nous étions tous assis, mais à la fin, quand il nous a libérés, il s’est levé debout pour nous saluer. Donc, lors de notre rencontre en 1988, il avait l’air solide. Ce n’est qu’un an après que nous avons appris qu’il était parti en Belgique, en février 1989, pour se faire soigner. Nous avions de ses nouvelles que l’abbé Alphonse Ngindu nous envoyait de temps en temps. Et puis le 14 juin, Dieu l’a appelé à Lui...
► Si maintenant nous réfléchissons à tout ce qu’il a fait, à tout ce qu’il a dit et écrit, est-ce que vous pouvez nous dire ce que nous devons retenir de ses enseignements, en deux ou trois mots ? Je retiendrai, en premier lieu, son amour pour l’Église. Ensuite sa passion pour la jeunesse. C’était comme s’il voyait que la jeunesse devait mettre l’Église en marche et soulever le sort du pays. C’est pour cette raison qu’il a soutenu les Bilenge ya Mwinda (= jeunes de lumière), ce mouvement de formation de la jeunesse, basé sur les principes de l’initiation traditionnelle, mais aussi sur les principes évangéliques. Le Card. Malula avait en plus un grand respect pour la personne humaine. Je crois aussi que la formation qu’il a eue en famille, dans les écoles catholiques, dans les séminaires, l’a profondément marqué et l’a aidé à avoir un grand sens de la personne humaine et à inculquer le maximum du respect qu’il faut donner au prochain. Fidèle en cela à sa devise épiscopale: Dans la charité, c’est-à-dire, agir en tout et pour tout par amour de Dieu et par amour du prochain. (Propos recueillis par T. Falaguasta Nyabenda et Agboli Koudjo Johnny) |
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Le Cardinal Malula, Père de l’Église |