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Entretien avec Claude Ondongar, originaire de Koumogo et ordonné diacre le 10 août dernier. Tchadien, il a sillonné son pays pendant sa jeunesse (Sarh, Abéché, N’djamena, Doba …) avant de se consacrer au Seigneur et à la mission.
■ Tu es un missionnaire combonien. Qui t’a poussé à faire ce choix? J’ai connu Comboni et les Comboniens à travers une amie de la paroisse qui m’a donné un livre intitulé «Un chemin qui pourrait être le tien». Je venais juste de quitter le petit séminaire et de plus, je revenais de l’initiation traditionnelle. J’étais plein de confusion. J’ai été frappé par la sérénité avec laquelle Comboni parlait de sa vocation pour la mission de l’Afrique. J’étais presque convaincu qu’il parlait au plus profond de ma personne. idéal de Comboni m’a bouleversé, ma provoqué et je crois que Dieu veut mon bonheur en me faisant devenir missionnaire. Je crois que c’est un projet de Dieu pour moi ici et maintenant.
■ Comment vois-tu ce missionnaire du 19è siècle qui s’intéressait à l’Afrique? Comboni est un prêtre fondateur d’une congrégation avec un charisme reconnu par l’Église. Pendant mes deux ans de noviciat, j’ai parcouru ses écrits. Ceux-ci m’ont révélé ce que Comboni a partagé entre l’Italie et le Soudan. J’aurais aimé parcourir le désert en sa compagnie et vivre son expérience. Il demeure toujours pour moi un compagnon de mission: son charisme est très vivant dans la congrégation.
■ Que signifie pour toi, Tchadien, être missionnaire “ad gentes”, alors que le Tchad est un pays de première évangélisation? Le Décret conciliaire “Ad gentes» affirme que « l’Église de par sa nature est missionnaire ». L’Église du Tchad doit se réjouir de voir ses fils devenir missionnaires ad gentes, car elle accomplit ainsi la volonté du Christ. Bien que la première communauté chrétienne fût composée par des pauvres, elle a su mettre au centre de sa vie le partage des biens. Je crois que l’Église véritable est celle qui donne avec générosité, qui partage le peu qu’elle a. La vocation à une vie missionnaire fait grandir une Église particulière.
■ Où voudrais-tu exercer ton ministère? Mon option pour la mission est le monde islamique et en particulier l’Égypte. L’arabe est une belle langue et l’Égypte est fascinante, avec son histoire et ses traditions religieuses et culturelles. Connaître l’arabe et la culture islamique peut être un atout aussi pour m’insérer dans la vie de l’Église et dans la société du Tchad. Cependant, je serais toujours heureux de travailler là où on m’enverra, car mon option n’est pas un dogme, l’important c’est d’être au service du peuple de Dieu au-delà des motivations et des choix qui nous animent. Aller à la rencontre d’autres cultures sans peur et faire de ma vie une donation totale au peuple auprès de qui je serai envoyé. Cet idéal est déjà ma grande joie aujourd’hui.
■ Tu as déjà passé deux ans de formation à Lomé et quatre à Rome…Tu as vu l’Afrique et l’Europe. Peut-on être missionnaire en Europe aujourd’hui? C’est une question très actuelle, qu’on se pose dans le continent d’où sont partis ceux qui nous ont évangélisés. Aujourd’hui la réalité a beaucoup changé et est forte la conviction qu’il faut réévangéliser l’Europe. Mais de quelle manière? Vue la réalité aujourd’hui en Europe, le missionnaire doit opérer des choix significatifs pour marquer son identité missionnaire. C’est-à-dire que nous devons être missionnaires aussi en Europe, si on nous y envoie. Cependant, le Missionnaire Combonien ne doit pas oublier qu’il est missionnaire «ad gentes, ad extra, ad pauperes et ad vitam», pour cela le “sortir de chez soi” est important. Quelques fois, nous restons dans notre continent pour un service déterminé, mais nous devons être toujours prêts à partir «ailleurs.» Sans oublier que l’Afrique demeure toujours un continent qui a plus besoin d’être évangélisé. La situation sociale et politique du continent a besoin d’être évangélisée pour qu’il y ait une plus grande cohérence entre la foi et le vécu quotidien.
■ Tu deviens prêtre au moment où l’Église célèbre son deuxième synode centré sur la paix et la réconciliation. L’Église en Afrique, a-t-elle la force pour faire évoluer le continent vers un avenir de justice et de paix? Le problème de l’Afrique est complexe. Dans «l’Instrumentum laboris» on souligne que «les Églises d’Afrique portent toutes en elles cette fragilité de la situation actuelle des pays africains à bien des niveaux institutionnels, financiers, théologiques, culturels et juridiques…» L’Église porte un regard d’amour sur ce continent, un regard tourné vers la source de la vie concrète des Africains. Par la grâce de Dieu, je deviens prêtre dans ce contexte ecclésial africain. N’est pas là une forte invitation à mettre au centre de mon ministère sacerdotal ces valeurs auxquelles l’Église de l’Afrique croit fermement? Je crois que c’est une grâce à demander à Dieu que le prêtre soit au milieu de son peuple comme instrument de paix, de justice et de réconciliation à travers son ministère sacerdotal. R.P.
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Cet idéal |