Un rapport de 224 pages, publié par les NU en 2008, affirme que la moitié de l’humanité vit aujourd’hui dans les villes. Pour la première fois les personnes vivant dans les zones urbaines sont désormais plus nombreuses que celles de la campagne et il n’y a aucun signe de ralentissement de la tendance. Le drame de transition des zones rurales vers les zones urbaines n’est pas terminé. Dans deux décennies, près de 60% de la population mondiale sera urbaine ; jusqu’à atteindre 70% d’ici 2050.

 

Les cas les plus spectaculaires d’urbanisation ont eu lieu en Chine, avec des millions de personnes quittant la campagne pour les villes. Selon le rapport, 49 nouvelles villes ont été construites au cours des 18 dernières années. La transition rapide vers une société urbaine a apporté une grande richesse, mais aussi beaucoup de résultats négatifs.

La croissance urbaine est plus rapide dans le monde en développement, où l’on enregistre en moyenne 5 millions de nouveaux citadins par mois et est responsable de 95% de la croissance urbaine.

Une croissance accompagnée d’inégalités et de divisions entre riches et pauvres qui pourraient conduire à de nouvelles formes d’agitation sociale.

Point n’est besoin d’être grand savant pour comprendre qu’aucune armée d’ingénieurs ou de technocrates ne réussira à faire des mégapoles des modèles de développement équilibré, de respect de l’environnement, d’acceptation des voisins. Mais ces villes-monstre obligent aussi les gens à s’organiser, notamment en matière de transports, de gestion des déchets et d’intégration sociale.

Des millions d’habitants de Tokyo utilisent le vélo, mais ils peinent à trouver un endroit où le déposer.

Une partie de la solution réside dans des systèmes de location de vélos.

 

Avantages et risques

Les mégalopoles regorgent de logements vides et de gens en quête d’un toit. A Buenos Aires, près de 20 000 personnes vivent du tri des déchets. Pendant plus d’un siècle, le gouvernement a refusé de reconnaître cette réalité et de l’intégrer à sa politique de gestion des déchets. La crise de décembre 2001 change la donne. Elle fait découvrir que les «fouilleurs» de poubelles créent du travail, allègent la facture des services publics et fournissent des matières premières bon marché à une industrie qui n’a plus les moyens de les importer.

Tokyo devrait rester la plus grande méga ville, avec 36.4m d’habitants en 2025. Mais les villes de Mexico, New York et São Paulo pourraient céder la place, dans le classement, à Mumbai, Delhi et Dhaka.

Kinshasa et Lagos sont les deux villes d’Afrique qui devraient augmenter le plus.

Ce sont surtout les capitales à attirer du monde. Dans certains pays, la moitié de la population vit dans la capitale. Mais le rapport enregistre aussi l’émergence d’une nouvelle tendance urbaine, avec de nombreuses villes en train de diminuer. Les habitants de 46 pays, y compris l’Allemagne, l’Italie, le Japon et la plupart des anciens États soviétiques, seront moins nombreux en 2050 par rapport à ce qu’ils sont aujourd’hui.

Les raisons du déclin des villes ont été essentiellement économiques, mais le rapport affirme que l’environnement est désormais un facteur important, notamment la pollution de l’air, le manque d’eau potable, l’assainissement et les déchets.

L’avenir des villes africaines représente sans doute un défi majeur. D’abord parce qu’il est impossible de s’opposer à l’urbanisation et après parce que l’urbanisation non contrôlée apporte des risques majeurs, où la violence s’accompagne de la misère. La violence est multipliée par le gigantisme de la ville et la faiblesse des pouvoirs publics.

La ville est aussi un lieu d’insécurité avec des phénomènes criminels. Johannesburg et Lagos seraient les villes les plus violentes du continent.

L’écart économique entre les villes des pays industrialisés et les villes africaines est souvent abyssal.

Tandis que le produit économique urbain par habitant est de 42.300 dollars par an à Bâle (Suisse), il est de 120 dollars à Thiès (Sénégal). Il existe un rapport de 1 à 50.000 dans le budget par habitant entre une ville du Nord, telle Stockholm, et une ville africaine, telle Brazzaville. Les administrations de la majorité des villes africaines sont incapables de se procurer le revenu urbain pour se financer.

 

Conséquences

La croissance de Nouakchott, aujourd’hui peuplée d’environ un million de personnes, fondée en 1957 à la veille de l’indépendance de la Mauritanie, pourrait servir de paradigme. Située sur la côte atlantique, elle a connu une exceptionnelle croissance démographique fondée sur la décision de faire de cette petite bourgade la capitale de la toute nouvelle République. L’exode rural des années 1970, la guerre du Sahara qui eut pour effet de pousser les populations du Nord à chercher refuge dans cette ville réputée plus sûre et, plus récemment, le rôle d’escale pour de nombreux aspirants à émigrer vers l’Europe: tout cela a contribué à sa croissance rapide et ‘spontanée’. L’architecture de la ville se caractérise, en effet, par une prédominance de constructions à un seul étage, facteur qui favorise des extensions toujours plus vastes. Conséquences: un grand désordre dans le réseau urbain, une économie faite surtout de petits commerces et ateliers de tous genres qui tendent à échapper aux impôts. Comme dans beaucoup d’autres villes africaines, les besoins de la population dépassent les ressources et les infrastructures de la ville. En conséquence, la ville fait souvent face à des pénuries d’eau et d’électricité, pour la résolution desquelles il est fait appel à des mécanismes provisoires qui se pérennisent. 

 

De leur côté, les équipements collectifs sont congestionnés et insuffisants pour la population dans les domaines de l’éducation, des services médicaux, des services de collecte des déchets.

La ville souffre aussi de l’absence d’égouts et de réseaux d’assainissement, ainsi que de la pollution de l’air due aux voitures qui circulent dans des rues souvent encombrées. L’anonymat permet de trouver un refuge dans la ville et d’échapper aux contraintes du milieu rural. Ainsi, en Mauritanie les personnes qui cherchent à se libérer de l’esclavage peuvent trouver à Nouakchott un endroit sûr pour s’affranchir.

La pauvreté dans le milieu urbain peut avoir des répercussions sur les comportements démographiques.

On se marie plus tard. Dans les villes des pays du Maghreb, par exemple, des gens de plus en plus nombreux se réfugient dans le célibat jusqu’à un âge très avancé par rapport à ce qu’on faisait il y a quelques dizaines d’années. (CADE Coordination pour l’Afrique de Demain. La Lettre n° 118).

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