50 ans de rêves

 

50 ans de rêves, progrès, violences, foi dans l’avenir, aspirations à faire de l’Afrique un continent présent dans l’histoire de l’humanité. Grâce surtout à certains de ses fils et filles.

 

Kwame Nkrumah

Ghana, 1909-1972.

Il est l’un des héros les plus populaires du mouvement panafricain et de l’émancipation politique de l’Afrique.

Après des études dans l’ancienne Côte de l’Or, Nkrumah se rend aux États-unis, où il reste séduit par les idées panafricanistes de Marcus Garvey et prend part à toutes les conférences panafricaines, désireux de traduire en action politique les idéaux de liberté et de renaissance historique de l’homme noir. Il conduit son pays à l’indépendance le 3 mars 1957. Il le rebaptise ‘Ghana’. La capitale, Accra, devient le centre d’action pour la libération totale du continent et l’instauration des ‘États-unis d’Afrique’. Son œuvre Africa must be united (L’Afrique doit rester unie) est considérée comme la plateforme idéale et opérative pour l’unification

du continent. Avec Jomo Kenyatta et George Padmore, il fonde la Fédération panafricaine.

 

Jomo Kenyatta

Kenya, 1891?-1978

Adversaire de l’occupation britannique de son pays, Kenyatta est un des fondateurs du mouvement panafricain.

Après des études à Londres, Kenyatta rentre au pays en 1946 et fait du Kau, l’association culturelle kikuyu, un vrai parti national (qui deviendra Kanu, Union africaine du Kenya), capable de lutter pour l’émancipation politique. Déjà vers la fin des années trente, il avait publié Facing Mount Kenya (Devant le mont Kenya),

sur la désintégration des coutumes tribales provoquée par la colonisation, et Land Conflict (Terre de conflit),

où il accusait la Grande Bretagne de racisme au Kenya.

Des écrits, considérés subversifs et qui conduiront les autorités anglaises à le condamner à 7 ans de prison, en 1952, lors de la terrible révolte Mau-Mau. Kenyatta ne partagera pas les violences des Mau-Mau.

En ’63, la Kanu gagne les élections politiques au Kenya et Kenyatta est choisi comme premier ministre.

C’est à lui l’honneur de proclamer Uhuru, l’indépendance du pays.

 

Barthélemy Boganda

RCA, 1910-1959

Barthélemy Boganda est né dans la Lobaye, à l’ouest de Bangui. Il est devenu prêtre, le premier de l’Oubangui-Chari (RCA et Tchad) en 1936. Encouragé par son Évêque de Bangui, il entre en politique pour défendre les intérêts de l’Eglise et préparer son pays à l’indépendance (qui arrivera le 13 août 1960, un an après sa mort). Boganda était un homme sage et aux idées politiques d’avant-garde. Il prônait la formation,

à l’indépendance, des États-unis de l’Afrique ‘Latine’: Oubangui-Chari, Cameroun, Congo Français, Gabon, Congo Belge et Angola. Une idée révolutionnaire, avant coureur de l’Union Africaine; ainsi que sa vision de nation présente dans la devise: «zo koué zo» (= tout homme en vaut un autre, dans la langue du pays,

le sango). Il est mort le 29 mars 1959 dans un accident d’avion très suspect.

 

Amílcar Cabral

Guinea-Bissau / Cap Vert, 1924-1973

Père de l’indépendance de Guinée-Bissau et Cap Vert, mais aussi un homme de culture parmi les plus lucides du continent. Ingénieur agronome diplômé à Lisbonne, de retour à Bissau, en 1952, il a l’occasion, pour son travail, de parcourir le pays et de connaître de près la vie et les problèmes de son peuple. Cofondateur, avec son frère Luis Cabral et Aristide Pereira (premier président du Cap Vert), du Parti pour l’indépendance de la Guinée et Cap Vert, à l’origine non-violent, abandonne certains dogmes marxistes

et vire vers une révolution paysanne. « Un peuple ne lutte pas pour des idées, mais pour une vie meilleure

et en paix ». Il fut assassiné dans des circonstances qui restent mystérieuses.

 

Thomas Sankara

Burkina Faso, 1949-1987

Le 4 août 1984 naît le Burkina Faso, jusqu’alors connu comme Haute Volta. A ce pays, un des plus pauvres de la planète, le capitaine de 34 ans Thomas Sankara fait accomplir la «révolution de la dignité» et lance

le défi pour un développement autonome, participatif, égalitaire, soutenable. Le «Programme populaire

de développement» lancé par le jeune président, avait comme objectif l’amélioration des conditions de vie, des infrastructures et de l’environnement. Au niveau continental, le ‘capitaine’ secoue les consciences des jeunes, qui le considèrent comme leur héros. Dans les réunions des chefs d’Etat, il pointe son doigt contre

le néo-colonialisme de la France et des multinationales. Il réagit contre l’oppression de la dette et, en pleine assemblée de l’Oua, il encourage ses pairs à ne pas payer. Le 15 octobre 1987, il est assassiné par un commando militaire.

 

Alioune Diop

Sénégal, 1910-1980

Entre les années vingt et trente, Paris est le centre culturel le plus innovateur de la renaissance culturelle africaine. Des intellectuels originaires d’Afrique et de la France d’Outremer se parlent, écrivent, dénoncent

et revendiquent. Voit le jour, entre autres initiatives, la revue Légitime défense (1930). Mais ce sera la publication du Chronique d’un retour au pays natal de Césaire qui  marquera une étape décisive dans la prise de conscience de l’élite noire en Europe. Ce vaste mouvement d’idées se coagule autour de la revue Présence Africaine, animée par la généreuse passion d’Alioune Diop.

 

Emile Biayenda

Congo, 1927-1977

Au cœur de la nuit, le 22 mars 1977, un commando militaire arrête et tue le cardinal Émile Biayenda, archevêque de Brazzaville. C’est un des crimes les plus odieux de l’histoire de ce pays. Homme de réconciliation, il tombe sous les coups de militaires qui venaient de tuer le chef de l’État Marien Ngouabi

et son prédécesseur Alphonse Massamba-Debat. Un meurtre sur lequel on n’a jamais fait la lumière.

Tout en appartenant à l’ethnie majoritaire discriminée, Biayenda avait encouragé le dialogue entre le deux hommes politiques. C’est pour cela qu’on l’a éliminé;  mais sa mort a sans doute empêché un bain de sang qui se préparait entre les deux fronts ethniques.

 

Baba Simon

Cameroun, 1906-1975

En s’adressant à la population, au cours de son voyage historique en Ouganda, en 1969, Paul VI dit :

«Vous Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires». La réponse à cet appel à se rendre responsables de l’évangélisation du continent, avait déjà trouvé un pionnier en la personne de «Baba» Simon. Simon Mpecke naît dans le sud du Cameroun. Enseignant du primaire, entre au séminaire et,

en 1935, est consacré prêtre avec le premier petit groupe de prêtres camerounais. Après de nombreuses années de travail pastoral à Douala, ayant entendu que des populations du nord du pays n’avaient pas encore été évangélisées, il demanda d’y être envoyé. Il arriva parmi les Kirdi en 1959 et il restera  jusqu’à la fin à Tokombéré où, durant ses dernières années, il travaillera avec le jeune abbé Jean-Marc Ela, qui deviendra un père de la théologie de la libération africaine.

 

Mahmoud Mohammed Taha

Soudan, 1909-1985

Le «Gandhi soudanais». Leader du premier parti qui se battait pour l’indépendance du Soudan, les Frères Républicains, il invitait le monde islamique à une relecture du Coran pour en tirer une message universel

et humanitaire – présent dans la prédication du Prophète à la Mecque – plutôt que la shari’a, la loi islamique, message ‘secondaire’ et trop lié aux conditions historiques des temps du Prophète.

Avec les fondamentalistes au pouvoir, Mahmoud s’oppose, par une campagne non-violente, à l’introduction de la shari’a (1983). La torture et le bûcher de ses livres n’arrivent pas à le faire plier. Condamné à la pendaison avec quatre ‘Frères’ qui, à la dernière minute, se rétractent: il gravit, seul, les marches du podium qui le conduit à la mort.

 

Patrice Emery Lumumba

RD Congo, 1925-1961

Héros de l’indépendance de l’ancien Congo-Belge, Lumumba est l’animateur, avec Nkrumah, du vaste mouvement qui organise la Conférence panafricaine des peuples, à Accra. Le vent de la liberté souffle

sur toute l’Afrique et Lumumba demande l’indépendance pour tout de suite, pour le Congo, et la création

des « États-unis d’Afrique’. « Mieux être pauvres dans la liberté – déclare-il – plutôt  qu’assujettis

dans l’opulence ». Premier ministre d’un Congo finalement libre, il verra la situation se détériorer

(guérillas urbaines et la riche province minière du Katanga entrer en sécession). Il sera tué en janvier 1961.

 

Joseph Albert Malula

RD Congo 1917-1989

Premier archevêque congolais de Kinshasa, et cardinal, Joseph Malula a été pendant trois décennies

un protagoniste de la vie ecclésiale, civile et intellectuelle congolaise. Dans le domaine religieux, il a réclamé avec force l’africanisation de l’Église catholique et rêvé d’un concile africain. Dans un Congo  en quête de son indépendance, Malula est l’animateur des évolués qui publient le Manifeste de la Conscience africaine, et il élèvera la voix pour réclamer le respect de la dignité humaine bafouée, lors des violences perpétrées

par les différentes rebellions qui ont déchiré le pays au lendemain de l’indépendance, donnant au Congo

sa première martyre en la personne de Sœur Marie-Clémentine Anuarite Nengapeta.

 

Hailé Selassié

Éthiopie, 1891-1975

Neveu de Menelik II, qui infligea à l’armée italienne la défaite de Adua (1896). Sur les traces du grand-père, Hailé Selassié, le Négus, joue un rôle important dans le réseau des rapports difficiles entre Europe et Afrique dans l’entre deux guerres et la période qui précède immédiatement les indépendances africaines. L’Éthiopie et son empereur ont été pour toute l’Afrique  un symbole vivant de la lutte anticoloniale et de l’aspiration à la liberté. L’Oua naît à Addis Abeba en 1963, tenue aux fonts baptismaux par le Négus.

 

Arbert Luthuli

Afrique du Sud 1929-1981

Contre l’apartheid et vis-à-vis de la répression violente du pouvoir blanc (les émeutes de Sharpeville, 1960, avaient fait 69 morts), la résistance noire s’intensifie autour de l’ANC (African National Congress), fondé en 1910 pour permettre la participation des Noirs au pouvoir politique et déclaré parti illégal. Ses dirigeants sont arrêtés (Nelson Mandela, Walter Sisulu, Govan Mbeki…).

D’autres trouvent le chemin de l’exil; d’autres encore sont tués (Oliver Tambo, Duma Nokwe, Moses Kotame, Steve Biko…). En ’60, A.Luthuli reçoit le Nobel de la paix pour son opposition non-violente à l’apartheid.

 

Cheik Anta Diop

Sénégal, 1923-1986

Professeur universitaire de physique nucléaire, président des chercheurs et savants du Tiers monde,

vice-président du Comité scientifique pour l’Histoire générale de l’Afrique (Unesco).

Dans ses livres, Cheick. A. Diop a démontré les racines négro-africaines des civilisations des pharaons,

en donnant une contribution décisive à la recherche des traces d’une unité africaine sur laquelle fonder l’identité politique du continent. Parmi ses écrits les plus célèbres: Nations nègres et cultures (1954).

 

Joséphine Bakhita

Soudan, 1869-1947

La première sainte africaine des temps modernes (01.10.2000). Originaire du Darfour (Soudan), attrapée par des esclavagistes arabes et finalement rachetée par le consul italien à Khartoum, elle fut conduite en Italie. Confiée aux Sœurs Canossiennes, elle deviendra chrétienne et religieuse, dans le couvent de Schio (Vicenza), ville où sa foi et son sourire gagneront le cœur des gens.

 

Miriam Makeba

Afrique du Sud 1932-2008

Le succès arriva pour M. Makeba avec Pata Pata, une chanson écrite en 1956 et enregistrée en 1962.

En 1965, elle fut la première femme noire à obtenir un Grammy Award, partagé avec le chanteur Harry Belafonte pour leur disque commun, ‘An evening with H. Belafonte and M. Makeba’. Après une série de concerts dans le monde entier, l’Etat Sud-Africain l’avait déchue de sa nationalité pour sa participation

à un film anti-apartheid, Come back to Africa, l’empêchant de revenir assister aux funérailles de sa mère

et interdisant même sa musique. Durant 31 ans, elle va vivre loin de son pays. Elle obtiendra un titre de citoyenneté honoraire dans dix pays, dont la France. En 2000, Miriam Makeba sort Homeland, un disque contant sa joie d’être rentrée dans son pays. «J’ai conservé ma culture, j’ai conservé la musique de mes racines», a-t-elle écrit.

 

Michel Kayoya

Burundi 1934-1972.

Tué le 17-5-1972 lors du massacre des Hutus. Homme de foi, poète, l’Abbé Michel Kayoya s’en prend dans ses écrits à une «foi» qui ne s’épanouit pas en fraternité et solidarité; une foi qui ne change rien aux préjugés raciaux et tribaux; une religiosité qui n’arrive pas à abattre les murs de la division et des peurs réciproques, de méfiance et de haine.

Un témoin a affirmé: «Avant l’exécution, l’abbé Kayoya chanta le Magnificat et dit des paroles de pardon à l’égard de ceux qui allaient le tuer. Les soldats qui le fusillèrent pleuraient.»

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