|
Ce numéro offre un bref portrait des pays africains qui fêtent les 50 ans de leur indépendance. Des célébrations qui sans doute feront mémoire du passé: finis les partages du continent entre trois ou quatre impérialismes politiques et économiques... L’ère du colonialisme, surtout celui du 18è et 19è siècle, est close. Il suffirait de se rapporter aux années 1955-1958 et à l’émotion suscitée par des événements tels que la guerre d’Algérie, l’indépendance du Ghana, la victoire égyptienne dans la guerre de Suez, la conférence de Bandung (Indonésie) où 27 pays asiatiques et africains ont formulé le 10 principes de la coexistence (égalité de toutes les races, de toutes les nations, petites et grandes, n° 3).
Tout cela a sans doute préparé la grande année des indépendances africaines. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, il n’y avait en Afrique que quatre États indépendants; en 1962, ils seront 29. L’Afrique est entrée de plain-pied dans le monde ‘libre’. En 1958, la décision du leader nationaliste et futur premier Président de la Guinée, Ahmed Sékou Touré, de refuser l’entrée de son pays dans la “Communauté franco-africaine” (dans laquelle auraient dû se rassembler les colonies françaises), anima l’espérance dans les autres pays africains. “Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage”, dit-il.
Après le Ghana (devenu indépendant de la Grande Bretagne en 1957), la Guinée était le second pays de l’Afrique sub-saharienne à accéder à l’indépendance. L’exemple de ces deux pays fut suivi deux ans plus tard, en 1960 (défini, non par hasard, comme ‘l’année africaine’), par la majorité des colonies franco-africaines qui souhaitaient l’indépendance de Paris. Au cours des décennies suivantes, cependant, la gestion du pouvoir se serait révélée plus compliquée que prévu : des promoteurs même de l’indépendance seraient devenus des pères-patrons de la nation. Aussi au nom même d’idéologies qui venaient d’ailleurs, on ouvrit les portes à des guerres dont les plus meurtrières ont été sans doute les deux qu’a connues la RD Congo.
Le lecteur pourra trouver des notes concernant le Synode sur l’Afrique et le message que les Évêques offrent aux communautés catholiques du continent. Les 57 Propositions du Synode invitent à prendre conscience du jeu de la mondialisation, où l’Afrique risque d’être laissée en marge des décisions internationales. Les dénonciations des abus commis par l’exploitation même violente des ressources du continent, vont de pair avec le blâme pour certains responsables qui semblent insensibles à la demande de justice qui s’élève des populations en proie à la faim et aux conflits. La bonne gouvernance, l’eau, l’émigration, le commerce des armes, la justice, la violence sur les femmes et les enfants, les élections, la fuite des cerveaux, la distribution des richesses nationales, le traitement du sida : voilà des thèmes d’actualité contenus dans le vaste matériel élaboré par les pères synodaux.
En marge des travaux du synode, plusieurs Évêques ont illustré des situations de ‘grande souffrance’. Mgr Hiiboro Kussala, évêque du diocèse de Tombura Yambio (Sud-Soudan), a fait état d’un tragique épisode survenu en août 2009 : des gens armés sont entrés dans l’église de la paroisse où il était présent et ont pris en otage plusieurs personnes - des adolescents pour la plupart - dont sept ont été tués et crucifiés aux arbres peu après. Mgr. J. Baptist Odama, Evêque de Gulu, a tracé l’histoire de la LRA, dont les rebelles ne cessent de tracasser les populations de la RDCongo, RCA et Soudan: un mouvement qui, comme tant d’autres dans notre continent, trouve ses racines dans le tribalisme, l’injuste distribution des ressources nationales, le refus de condivision du pouvoir politique et économique. En racontant aux jeunes générations ce demi siècle d’histoire, il faudra aussi évoquer le martyr de tous ceux qui ont souffert à cause du racisme, de la violence justifiée par les idéologies et la soif de pouvoir. Le témoignage de la bienheureuse Anuarite Nengapeta nous invite à faire sortir de l’oubli tous ceux que les histoires officielles ont tendance à oublier, mais qui restent des modèles authentiques de tous âges, de toutes langues et de tous pays. Ae |
|
Dans la liberté |
|
Éditorial |
