|
17 pays africains célèbrent leurs 50 ans d’indépendance. Des pays issus principalement des empires coloniaux britanniques et français. Des choix territoriaux de grande importance furent réalisés, puisqu’ils dessinaient les frontières des États nations appelés à se construire – lesquelles allaient être globalement figées en 1963 par le principe fondateur de l’Organisation de l’Union Africaine affirmant l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. A 50 ans, on peut se permettre de tracer un bilan suffisamment complet et d’éviter la liste des excuses propres des jeunes : on vient de commencer, on n’avait pas l’expérience, les anciens patrons ne lâchent pas, le peuple n’a pas encore la conscience qu’on s’attendait des valeurs nationales etc.
La première chose, si évidente qu’elle pourrait sembler banale : pendant ce temps, l’Afrique a beaucoup changé. Depuis 1960, par exemple, dans chacun des États, la population a été multipliée par trois au moins, et l’urbanisation a globalement beaucoup progressé – 50% des subsahariens vivent aujourd’hui en ville. Comparée à l’Afrique de la période coloniale, l’actuelle a fait de grands pas en avant. Malgré toute ses défaillances et insuffisances le secteur de l’éducation, par exemple, a fait un bond inimaginable. On compte aujourd’hui plus d’une centaine d’universités alors qu’à la proclamation des indépendances elles étaient un petit nombre. Une foule de centres et d’écoles de formation de divers niveaux a également vu le jour, preuve que l’éducation constitue depuis une priorité des politiques de développement. La santé n’est pas en reste. Les hôpitaux ont fleuri sur le continent. Ils ne se rencontrent pas seulement dans les capitales. Ils sont érigés également dans les villes secondaires et parfois en pleine brousse. L’explosion des moyens de transports et de communication permet à un grand nombre d’Africains de se déplacer et de se connecter.
Néanmoins, tous ces progrès semblent bien légers par rapport aux urgences à régler. Le défi de la construction de chaque nation demeure intact, comme aux premières heures de l’indépendance. Les opportunités encourageant le dépassement des divisions historiques, ethniques ou culturelles sont toujours menacées par la tentation d’un retour au régionalisme ou à des barrières d’autrefois. Le train du développement semble parfois rouler péniblement, sinon faire marche arrière. C’est le cas de se le dire, surtout lorsque la lutte pour le pouvoir a fait des victimes sans nombre et des dégâts économiques faramineux. On doit le dire, même si parfois on entend des vieux chuchoter : « Au temps de la colonie, les choses marchaient mieux… ».
La crise économique que beaucoup de pays sont en train de vivre, a balayé ou presque toutes les prévisions de croissance. Le chômage se fait endémique et la pauvreté s’étale sans fin. Le nombre des jeunes et des moins jeunes qui rêvent de prendre la route de l’émigration ne fait que croître. La réponse à la question: «quel développement voulons-nous?» ne semble pas intéresser les responsables des communautés. Ce n’est plus l’espoir de progresser mais la crainte de faire marche arrière où d’aller on ne sait pas où.
Des conseils Parmi les multiples explications de tout ce qui ne marche pas, il y en a une qui sans doute devrait être au centre des réflexions, critiques, conseils, programmes qu’on offrira aux gens pendant ce temps de célébrations: celle de la bonne gouvernance. La Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique vient de publier un nouveau rapport sur la gouvernance dans notre continent. Fruit d’une volonté sincère de soutenir la vision d’une meilleure gouvernance en Afrique, ce rapport, rendu public le 17 octobre dernier, propose une vue d’ensemble de l’état de la gouvernance dans 35 pays africains. Gouvernance qui en Afrique est marquée par une progression significative. Des progrès sensibles ont été accomplis dans la pratique démocratique, au niveau des droits de l’Homme et de l’État de droit, de l’efficacité des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, ainsi que dans le domaine de l’indépendance des organisations de la société civile et des médias. Les résultats-clés du rapport indiquent que globalement la démocratie progresse en Afrique. Le Botswana arrive en tête des pays où la bonne gouvernance est devenue une réalité. Le Liberia sous le gouvernement de la Présidente Ellen Johnson Sirleaf a également été reconnu pour ses efforts consentis depuis la fin de la guerre civile. Une note positive est également décernée à l’Ouganda, l’Angola, l’Éthiopie et le Congo. Des progrès remarquables ont été réalisés en matière de participation des femmes dans les affaires publiques. Généralement, plus de femmes que partout ailleurs dans le monde, sont représentées dans les parlements nationaux africains. Le Mozambique figure parmi les dix premiers pays au monde.
Le grand ennemi Nombreux sont les pays qui pourraient se retrouver dans le constat quotidien qu’on se renvoie d’un pays à l’autre. Depuis 50 ans d’indépendance, on n’a toujours pas décollé. Dans combien de pays on souffre toujours, par exemple, de manque d’eau et d’électricité? Dans combien de secteurs de la vie nationale les différents acteurs (enseignants, employés de l’État, militaires, personnel sanitaire, etc.) ne sont pas convenablement rétribués? Combien de richesses n’a-t-on pas dilapidées pour des guerres qui ont fait des millions de morts? «L’Afrique est la plus frappée – ont écrit les Évêques africains au terme de leur récent Synode à Rome (octobre 2009) – Elle est riche en ressources humaines et naturelles, mais beaucoup parmi nos peuples croupissent dans la pauvreté et la misère, les guerres et les conflits, les crises et le chaos.
Cette situation est rarement causée par les catastrophes d’ordre naturel. Elle est plutôt occasionnée dans une grande mesure par des décisions et des activités humaines de personnes qui n’ont eu aucun souci du bien commun et cela souvent par le biais d’une complicité tragique et d’un complot criminel des dirigeants locaux et des intérêts extérieurs». Les potentialités sont là. Des experts estiment à 46.200 milliards de dollars la valeur financière des gisements africains des matières premières découverts jusque là. Ce qui équivaut à 13 fois le rendement annuel de la Chine, avec une population estimée à plus d’un milliard et demi d’habitants contre 1 milliard d’Africains..
Mais beaucoup plus pourrait être réalisé si la lutte contre la corruption, grand ennemi de la bonne gouvernance, était sincère. Elle est toujours là. Le «Rapport sur la gouvernance en Afrique - une vue d’ensemble de l’état de la gouvernance dans 35 pays africains», souligne une baisse de 3% de l’indice de lutte contre la corruption. «La corruption reste le défi le plus important dans l’éradication de la pauvreté, la création d’un environnement paisible et favorable à l’investissement et au développement, ainsi que dans le développement socio-économique en Afrique». Bien que les élections en Afrique soient de plus en plus transparentes, elles sont toujours entachées d’irrégularités et dans de nombreux pays la qualité des scrutins demeure suspecte, avec des partis au pouvoir hostiles à l’opposition qui n’est pas en mesure d’être compétitive. Le lien entre le progrès économique et la politique prônée par des gouvernements responsables qui rejettent la corruption est évident. C’est pour cela que le rapport exprime son inquiétude quant à une montée de la corruption chez les autorités du continent dans la même période. Zimbabwe et la Côte d’Ivoire, notamment, ont connu des détériorations notables de leur vie institutionnelle.
Que le souvenir des journées glorieuses de l’indépendance soit accompagné de la volonté de donner réponse à la question suivante: pourquoi certains pays continuent à se développer et les autres – les nôtres, à patauger de plus belle? Les élites africaines, civiles ou militaires, sont à la tête de nos pays respectifs en lieu et place des anciens colonisateurs et des pères des indépendances. Qu’ils arrivent à ne jamais se compromettre avec ceux dont parlent les Evêques africains dans leur message synodal: « … des politiciens qui trahissent et mettent leurs nations aux enchères, des hommes d’affaire éhontés qui se coalisent avec les multinationales voraces, des africains vendeurs et trafiquants d’armes, des agents locaux d’organisations internationales qui se font payer pour diffuser des idéologies nocives auxquelles ils n’adhèrent pas eux-mêmes»! Patrick Monzemu M. |
|
Bon anniversaire ! |
