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J’avais 15 ans, petit séminariste de Léopoldville-Mikondo en vacances. Admiratif, debout aux côtés de notre talentueux grand frère Mbulamoko Albert élaborant ses arpèges sur l’harmonium au jubé de notre nouvelle et belle église saint Alphonse de Matete, encore dénommé Centre Extra-Coutumier Pierre Wigny, je sursautai au moment où, surprenante, grave et tout à la fois festive, retentissait sous l’éclatant soleil de midi la volée de cloches annonçant et célébrant l’Indépendance de la jeune République Démocratique du Congo, ce «jour sacré» du 30 juin 1960. Voilà comment, petit ado insouciant et heureux, je vécus pour ma part ce jour. Ma conscience meurtrie depuis 50 ans eût préféré ne pas écrire cette page de méditation, aujourd’hui, tant mon cœur se gonfle d’amertume et souffre le martyre d’une Nation qui semble avoir irrémédiablement perdu par sa propre inattention spirituelle un don de Dieu inappréciable: la liberté. La liberté de penser par soi-même, ayant cumulé la bonne information et assuré la bonne formation: on en avait et on en a les moyens «scandaleux», paraît-il! En 50 années de soi-disant «Indépendance», nombre de nos pays africains ont perdu du temps qui ne reviendra plus.
L’on m’accuserait sans doute de fatalisme: il n’y a rien de fatal en toute cette matière. Il s’y est toujours agi des volontés humaines dans toute la largeur, l’épaisseur et la profondeur de la hiérarchie sociale en toutes ses couches qui pour mille raisons spirituelles et morales – «idéologiques» même, dirions-nous - se sont fourvoyées en la longueur du temps «irrémédiablement perdu», où furent dispersés aux quatre vents de l’Histoire des atouts financiers immenses et surtout humains, massacrés pour la satisfaction des ego abrutis et opaques (qui ont même prétendu avoir reçu leur pouvoir absolu de Dieu). Et j’en demeure inconsolable… Car c’est à Dieu qu’il nous faut immédiatement penser en cette amère année du Cinquantenaire de nos «Indépendances»: la RDC aurait-elle surgi au hasard de l’immense gloutonnerie d’un seul homme et de ses sbires? Même si c’est un pays forgé de toutes pièces et qui est une «non-Nation», parce que ses habitants ne se sont jamais choisis pour créer un «Etat-Nation» au cœur profond de l’Afrique noire pour entrer sa note particulière dans le concert des Nations au moment opportun? Nous n’avons aucune ‘’tradition politique commune‘’ qui remonterait de ‘’nos ancêtres communs’’. Nos 450 tribus congolaises forment 450 courants qui au hasard de l’Histoire auront l’un ou l’autre convergé un temps, ou été côte à côte comme en parallèle ou en de sous-cultures s’étaient imbriqués l’un dans l’autre. Affaire des spécialistes ethnologues et historiens.
En un mot comme en mille, nous n’avons pas de gênes politiques «nationaux» qui nous confortent dans nos considérations d’une «Nation-chose commune» (‘res publica’). Les faits historiques, en cinquante ans, démontrent que nous n’avons pas le moindre sens du «Bien commun , justement, hormis de nos tribus, et encore… La vie politique moderne implique des mécanismes scientifiques et techniques complexes de micro- et macro-économie et des finances « mondialisées». Conséquence: tout nous passe par-dessus la tête, pendant que sous nos pieds et autour de nous, massacrant nos peuplades à qui mieux mieux, des étrangers sans foi ni loi creusent nos cailloux et notre pétrole, déciment nos forêts luxuriantes… Et nos politiciens, traîtres et complices de ces pillages systématiques entachés de viols des corps et des consciences, nous racontent n’importe quoi, font n’importe quoi avec nos richesses, et le peuple affamé et inculte est là, politiquement amorphe, inactif, anesthésié, espérant contre toute espérance. «Sursum corda!» chante l’Église, ‘élevons nos cœurs’. La situation est d’une telle obscurité, 50 ans après, que je suis moi aussi tenté de dire: «Nzambe asala ! Veuille Dieu nous en sortir!»… Je me déteste… |
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Elevons nos coeurs |
