Le deuxième Synode des Évêques pour l’Afrique s’est tenu à Rome du 04 au 25 octobre 2009. Les Pères Synodaux ont envoyé à l’Afrique un message plein d’espérance

et de courage.

 

Le dimanche 04 octobre 2009, lors de l’Angelus, le Pape Benoît XVI a reconnu « l’extraordinaire richesse humaine de l’Afrique. Actuellement sa population s’élève à un milliard d’habitants  et son taux de natalité est le plus haut au niveau mondial. »

Mais il n’y a pas que les aspects positifs de cette richesse… Si l’Afrique est une terre féconde en vies humaines, cette vie est malheureusement marquée par beaucoup de pauvreté et souffre parfois d’injustices pesantes. L’Église s’engage à les dépasser par la force de l’Évangile et la solidarité concrète de nombreuses institutions et initiatives caritatives ».

 

La grandeur de l’Afrique

L’Afrique en effet, sur une superficie de 30.306.780 km2, compte une population de 943.743.000 de personnes (la population mondiale atteint actuellement les 6.617.097.000 habitants).

Les Chrétiens Catholiques africains sont aujourd’hui 164.925.000 soit le 17,5% de la population.

En 1994, lors de la tenue du I° Synode des Évêques pour l’Afrique, les Catholiques étaient 102.878.000, sur une population évaluée à 705.567.000 personnes, soit  14.7%.

Il y a eu donc une progression spectaculaire, soit grâce à la croissance démographique et aussi grâce à l’œuvre d’évangélisation. Pour avoir une idée, en 1994 les paroisses étaient 9.616 et aujourd’hui 13.298, les prêtres étaient 23.922 et aujourd’hui 34.658, les Évêques étaient 513 et aujourd’hui ils sont 657. Les baptêmes sont administrés actuellement à 3.500.000 personnes par an. Mais cette croissance a coûté aussi un prix de sang. De 1994 à  2008 nous avons eu 521 martyrs : des prêtres, des catéchistes, des laïcs engagés qui ont donné leur vie pour rester fidèles à l’Évangile. Tertullien (né à Carthage en 155 et décédé en 222), célèbre écrivain africain, disait: « Le sang des martyrs est semence de chrétiens », voulant signifier par là que la persécution et la violence ne font que faire grandir le nombre des chrétiens dans le Monde.

 

Le Synode des Évêques

Le 1° Synode des Évêques pour l’Afrique s’est tenu à Rome en avril 1994. 15 ans après, le 2° Synode des Évêques pour l’Afrique a vu la présence à Rome de 244 Pères Synodaux, dont 228 Évêques ; 197 provenant de l’Afrique et 47 d’autres Continents. Il y avait aussi 29 experts (19 hommes et 10 femmes) et 49 auditeurs (29 hommes et 20 femmes). Les assistants, les traducteurs, le personnel technique étaient au nombre de 400 personnes. On a invité des personnalités qui ont pu s’adresser aux Pères Synodaux : Sa Sainteté Abuna Paulos, patriarche de l’Église orthodoxe d’Éthiopie ; M. Rudolf Adada, ancien chef de  la Mission de Peacekeeping (= garder la paix) des Nations Unies et de l’Union Africaine au Darfour (Soudan) et M. Jacques Diouf, directeur général de la FAO. 

 

Ce 2° Synode des Évêques pour l’Afrique avait comme thème : «L’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. ‘Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du Monde’ (Matthieu 5, 13.14) ». Ce thème avait été choisi par Jean Paul II le 13 novembre 2004 et confirmé par Benoît XVI le 22 juin 2005. Lors de la Messe d’ouverture, Benoît XVI a indiqué quels étaient les grands thèmes sur lesquels les Pères Synodaux devaient se pencher : «Le devoir premier de l’évangélisation, voire d’une nouvelle évangélisation qui tienne compte des mutations sociales rapides de notre époque et du phénomène de la mondialisation, reste naturellement valide et actuel.

Il faut en dire autant du choix pastoral d’édifier l’Église comme Famille de Dieu… Par son action d’évangélisation et de promotion humaine, l’Église peut certainement apporter en Afrique une grande contribution à toute la société, qui connaît malheureusement dans plusieurs pays la pauvreté, les injustices, les violences et les guerres». L’Église catholique fait déjà beaucoup dans le domaine de la justice, de la paix, de la promotion humaine, de l’éducation. Il y a actuellement en Afrique 53 Caritas nationales, coordonnées par Caritas Africa, dont le Centre est à Kampala (Ouganda). Il y a aussi 34 Commissions nationales de Justice et Paix et 8 Commissions régionales.

 

Pour ce qui concerne la promotion humaine, il y a la «Fondation pour le Sahel», instituée par Jean Paul II le 22 février 1984 et la fondation «Le Bon Samaritain», instituée elle aussi par Jean Paul II le 12 février 2002 pour subvenir aux besoins des malades de SIDA. Mais il y a surtout en Afrique la présence des centres de santé un peu partout : 1.074 hôpitaux, 5.373 dispensaires, 186 léproseries, 753 maisons d’accueil pour personnes âgées, 979 orphelinats, 1.997 crèches, 1.590 centres de consultation, 2.947 centres de rééducation sociale, 1.279 centres de santé divers.

 

En plus de la santé physique, l’Église s’occupe de l’éducation de la jeunesse dans 12.496 écoles maternelles, 33.263 écoles élémentaires, 9.838 collèges. Dans les Universités ecclésiastiques, il y a 11.011 étudiants et dans les Universités d’autres disciplines dirigées par l’Église catholique, il y a 76.432 étudiants. Le travail que l’Église fait à travers ses institutions diverses, est immense.

Mais les Pères Synodaux ont souligné certains aspects de la présence des Chrétiens, et donné des indications importantes.

 

Les Pères Synodaux parlent

Difficile de résumer tout ce que les Pères Synodaux ont proposé pendant le Synode, toujours en développant le thème de cette Assemblée : « L’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix… ». Les propositions finales sont un essai de résumer toutes les suggestions données. Mais il est aussi utile de relire les interventions de certains Pères Synodaux et de les méditer.

- Mgr. Théophile Kaboy Ruboneka, évêque coadjuteur de Goma (RDC): «Les conflits et les guerres ont conduit, particulièrement en RDCongo, à la ‘victimisation’ et à la ‘chosification’ de la femme. Sur des milliers des femmes ont été perpétrés, par tous les groupes armés, des violences sexuelles massives, comme arme de guerre!»

A ce propos Soeur Pauline Odia Bukasa, supérieure générale des sœurs «Ba-Maria» de Buta (RDC), invitée au Synode, a ajouté : « La femme est marginalisée à tous les niveaux. Elle est presque exclue du processus global de développement de l’Afrique. Elle est victime des us et coutumes ancestrales et c’est elle qui, actuellement, porte le poids de tous les conflits armés qui déchirent l’Afrique et principalement la RDCongo ».

- Mgr. Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa: « La paix va de pair avec la justice, et la justice avec le droit, le droit avec la vérité ! »

- Mgr. François-Xavier Maroy Rusengo, archevêque de Bukavu, avant de quitter le Synode pour rejoindre son Diocèse aux prises avec des problèmes de sécurité, le 8 octobre 2009: «Partant des dégâts causés par les guerres et les violences dans l’est de notre pays, nous estimons que la réconciliation… doit inéluctablement prendre en considération les causes profondes de la crise des relations qui se situent au niveau des intérêts et des ressources naturelles du pays à exploiter et à gérer dans la transparence et l’équité au profit de tous ».

- Mgr. Marcel Utembi Tapa, archevêque de Kisangani (RDC) : « La dimension politique de la paix invite l’Église qui est en Afrique à inventer de nouvelles méthodes de présentation de son enseignement social fondé sur les valeurs évangéliques… L’Église doit travailler à l’émergence d’une classe politique responsable et consciencieuse ».

- Mgr. Nicolas Djomo Lola, évêque de Tshumbe, président de la Conférence épiscopale de la RDCongo : « On est obligé de fustiger les mensonges et les subterfuges utilisés par les prédateurs et commanditaires des guerres et des violences en RDCongo. Le tribalisme sans cesse évoqué pour rendre compte de ces guerres n’est qu’un paravent. La diversité ethnique est instrumentalisée pour se donner l’occasion de piller nos ressources naturelles ».

 

Message final

« Nous vivons dans un monde plein de contradictions et de crises profondes… Dans tout cela, l’Afrique est la plus frappée ». C’est ce que nous dit le message final des Pères Synodaux. Ils encouragent l’Église africaine à ne pas se laisser aller au désespoir, mais plutôt à devenir instrument de réconciliation et de paix, conformément au cœur du Christ, qui est notre paix véritable et notre réconciliation. La voie royale de cette réconciliation est le pardon. C’est toujours le pardon qui promeut la justice et la paix. Dans cette action, l’Église africaine doit chercher la collaboration dans tous les domaines et placer des laïcs engagés dans les structures de la société, afin qu’ils traduisent les valeurs évangéliques dans la réalité.

La Communauté internationale doit aussi apporter son aide, surtout pour ce qui concerne la paix, le développement, la lutte contre les pandémies, surtout le SIDA. Les Pères Synodaux enfin invitent les Africains à mettre ensemble leurs ressources spirituelles, en faisant attention au double virus qui les attaquent : le matérialisme et le fanatisme religieux.

« Afrique – c’est l’invitation finale de nos Évêques réunis à Rome - ‘debout, prends ton grabat et marche’ (Jn 5, 8) ». A l’exemple du paralytique de l’Évangile, infirme depuis 38 ans, qui, à la parole de Jésus, s’est levé debout et a commencé à marcher avec ses pieds, l’Église africaine est invitée à construire son propre futur, nonobstant les difficultés.

Benoît XVI, le dimanche 4 octobre 2009, lors de la Messe d’ouverture du Synode, s’était exclamé : «’Afrique est le poumon spirituel du Monde d’aujourd’hui!».

 

Tonino Falaguasta Nyabenda

Afrique, lève-toi et marche!

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