L’œcuménisme ‘n’est pas un luxe. La prochaine Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (18-25 janvier) fera mémoire, notamment, des cent ans qui se sont écoulés depuis les débuts du mouvement oecuménique moderne. Un mouvement qu’on fait remonter à la ‘Conférence  mondiale sur la mission’ qui s’est tenue à Edimbourg en 1910. La préparation des textes pour cette Semaine a été confiée à des responsables des Églises chrétiennes d’Écosse.

 

L’occasion est donnée aux chrétiens de se poser, comme chaque année, la question: où est-ce qu’on est avec l’œcuménisme ? Est-ce qu’on enregistre des progrès réels? Nombreuses sont au cours de chaque année les  rencontres ‘œcuméniques’, où l’on affirme, rappelle, souligne des choses indiquant que l’œcuménisme n’est pas un luxe, que les chrétiens doivent continuer à lutter pour l’unité, que les anciennes divisions leur sont douloureuses, qu’on doit les considérer comme une contradiction flagrante avec la volonté de Jésus que ‘tous soient un’ ; et que l’évangile ne peut être annoncé par des voix discordantes.

 

Des progrès et des problèmes

Le 15 octobre 2009 le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a présenté un nouveau livre: ‘Récolter les fruits. Aspects fondamentaux de la foi chrétienne dans le dialogue œcuménique.’ Des pages qui résument 40 ans d’une expérience œcuménique intense.

Au cours des dernières décennies on a fait des progrès réels vers la pleine unité visible. Les contacts se sont multipliés. Le dialogue œcuménique a conduit à la redécouverte de la fraternité chrétienne parmi les membres des différentes communautés, qui ne se considèrent plus comme ennemis ou concurrents, mais comme frères et sœurs en Christ faisant route ensemble vers la communion complète. On a trouvé des occasions de demander pardon pour la dureté de nos cœurs, pour toutes les disputes et pour la division de l’Église : une Famille divisée autour de la Bonne Nouvelle, autour de la Promesse de la plénitude de Vie ... un scandale!

Mais on connaît toujours des difficultés, des malentendus et des désillusions…

Des critiques qui ne viennent pas seulement des groupes dits fondamentalistes, mais de certaines Églises anciennes et vénérables ainsi que de théologiens sérieux. De nouvelles communautés de type évangélique ou pentecôtiste, qui connaissent parfois une croissance énorme, et souvent n’adhèrent pas au mouvement œcuménique ou lui sont même ouvertement hostiles.

Des tensions et même de nouvelles divisions voient le jour, souvent provoquées par des questions éthiques, par l’évolution des mœurs, par des problèmes qui concernent, par exemple, le comportement sexuel.

Il suffit de penser au drame qu’est en train de vivre l’Église anglicane. S’adressant aux 77 millions d’anglicans du monde, l’archevêque de Canterbury et primat de la Communion anglicane, Rowan Williams, a pris acte du fait que le danger de schisme est réel parmi eux, surtout après les résolutions approuvées à la mi-juillet par les anglicans des États-unis, appelés épiscopaliens. Elles concernent l’homosexualité: tous les baptisés pourront accéder au sacerdoce et à l’épiscopat, y compris les hommes et les femmes qui entretiennent des relations avec des personnes du même sexe. De même, les mariages d’homosexuels seront bénis.

 

Qu’est-ce qu’on peut faire?

Sans risquer de trahir notre foi ou notre conscience, nous pourrions aujourd’hui déjà accomplir ensemble beaucoup plus que nous ne faisons réellement, affirme le card. Kasper. Par exemple : étude commune de la Bible, liturgies communes de la Parole, coopération dans les domaines du développement et de la sauvegarde de l’environnement, des médias, etc.

Il n’est pas ici question d’un simple sentiment émotionnel ou d’un humanitarisme vague.

Le mouvement œcuménique du 21e siècle a besoin de clarifier ses fondements théologiques.

Autrement, il en sera comme de la maison bâtie sur le sable qui s’écroule lorsque vient la tempête

(cf. Mt 7,26). La pierre d’angle est Jésus Christ.

Le renouveau et la conversion personnels impliquent un changement d’attitude envers les autres, qui conduit à purifier les mémoires des expériences amères du passé et à éviter les déclarations injustes et polémiques, ouvrant ainsi la voie de la réconciliation. L’expérience est là pour montrer que dans toute activité œcuménique vraie, la première place revient à la prière, qui s’associe à la prière de Jésus à la veille de sa mort: «que tous soient un» (Jn 17,21). Cette prière est au centre de la «Semaine de prière pour l’unité» qui se répète annuellement.

Le pape Jean-Paul II nous a rappelé une autre forme importante d’œcuménisme spirituel: celui de la «grande nuée de témoins» (Hb 12,1), et notamment de ceux qui ont donné leur vie pour le Christ, les martyrs d’un grand nombre de nos Églises, orthodoxes, catholiques et protestantes, au cours du 20e siècle. Si les paroles de Tertullien sont vraies, lui qui écrivait au début du 3è siècle que le sang des martyrs est la semence de l’Église, alors nous pouvons aussi appliquer ce mot fameux au mouvement œcuménique et dire: le sang de tant de martyrs de tant d’Églises, au 20e siècle, est la semence de l’unité des Églises au 21e siècle. Aujourd’hui encore, «la religion chrétienne est la plus persécutée .Les chrétiens sont le groupe religieux le plus discriminé…vu que plus de 200 millions d’entre eux, de diverses confessions, se trouvent dans des situations difficiles à cause de leurs structures légales et culturelles pour lesquelles ils subissent des actes de discrimination», a rappelé Mgr C. Migliore, nonce apostolique et observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations

 

Doctrine et pratique

Nos divisions nuisent à la «prédication de l’Évangile à toute créature.» Le dimanche 19 juillet, à l’ouverture de la célébration des 50 ans de la KEK (Conférence des Églises Européennes), le patriarche de Constantinople Bartholoméos 1er (surnommé le ‘patriarche vert’ pour son engagement de longue date en matière d’écologie) a affirmé que «seulement des Églises unies seront en mesure de proclamer au monde l´Évangile du Christ de façon convaincante et efficace… Pour cette raison, nous croyons fermement que le rétablissement de la communion chrétienne représente un devoir primordial et impératif qui nous incombe à tous». Dans une autre occasion,  aux groupes orthodoxes qui à la rencontre oécuménique de Chypre le mois d’octobre dernier affirmaient que le dialogue conduira à la «soumission à Rome», a répondu que “participer  au dialogue est un devoir. Le dialogue est un chemin sans retour».

«La tâche missionnaire confiée à l’Église est loin d’être achevée - a dit encore le card. Kasper - : le troisième millénaire vient de commencer et s’il n’y a pas le désir d’annoncer l’évangile dans les cinq continents, le problème de l’œcuménisme risque de devenir une abstraction doctrinale ou un problème secondaire par rapport à l’engagement social et politique pour les droits de l’homme, les valeurs familiales, l’éducation, la justice et la paix, la sauvegarde de la création, la défense des migrants. Dans tous ces domaines, on peut travailler ensemble, et cette coopération peut nous rapprocher. Mais, comme l’expérience le démontre, ces problèmes pratiques peuvent aussi, et ont malheureusement souvent débouché sur des divisions. Le slogan œcuménique: «la doctrine divise, l’action unit» n’a rien d’une évidence. Dans le passé déjà, des implications politiques ont souvent été responsables de conflits théologiques et de nouvelles divisions au sein de l’Église.

Dès sa création, le mouvement œcuménique a été - et il continuera d’être - une impulsion et un don du Saint Esprit. Les activités œcuméniques qui ne sont pas enracinées dans un œcuménisme spirituel deviendront rapidement une routine sans âme, tandis que l’œcuménisme spirituel nous conduira à la conviction que Celui qui a été à l’origine du mouvement œcuménique est fidèle et qu’il le mènera à son accomplissement. C’est avec cette espérance que nous pouvons nous mettre en route avec courage et confiance dans ce 21e siècle. Nous espérons que ce sera un siècle œcuménique. »

 

Gaétan N. Yawo

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Il n’est pas un luxe

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