Journée Mondiale des Moyens de communication Sociale

Le prêtre et la pastorale dans le monde numérique. Les nouveaux médias au service de la Parole: tel est le thème du message papal pour la prochaine Journée mondiale des communications sociales, qu’on célèbre cette année le 16 mai (dimanche de la Pentecôte), proposé aux communautés chrétiennes.

On vit dans un monde où l’on est bombardé d’informations à chaque instant. La connaissance n’a jamais été autant à la disposition de l’humanité.

Les progrès  extraordinaires des techniques de l’information et de la communication sont en train de rendre ce qu’autrefois était diffusé sous forme imprimée (journaux, livres, affiches, etc.) de plus en plus sur support numérique. Trois ou quatre DVD remplacent une encyclopédie de 30 volumes.

On peut ‘lire’ des millions de livres sur Internet.

Selon les statistiques, les lecteurs qui achètent le quotidien New York Time papier n’arrivent pas au million, alors que les articles du journal publiés sur Internet sont consultés par une dizaine de millions d’internautes par jour.

Le séisme épouvantable à Haïti, la nuit de mardi 12 janvier : c’est dix minutes après la première secousse que, grâce aux outils prodigieux de l’information, les premières dépêches d’agence communiquent le tragique événement aux rédactions des journaux, aux télévisions, aux radios etc.

 

Oui. La caractéristique de notre époque, son succès le plus grandiose est l’informatique, c’est-à-dire la communication de masse : la presse, le cinéma, la télévision, Internet, le téléphone portable. Les moyens de communication sont les protagonistes de notre époque. Toute personne peut, à n’importe quel moment du jour ou de la nuit s’informer sur ce qui se passe dans le monde et se mettre en contact direct avec une autre personne dans n’importe quel lieu du globe.

Cependant, défense d’être naïfs. Comme toutes les nouvelles frontières des autres époques, celle-ci également est riche de promesses mais aussi de dangers: «Chaque jour, à travers les journaux, la télévision, la radio, le mal est raconté, répété, amplifié, nous habituant aux choses les plus horribles, nous rendant insensibles et d’une certaine façon nous intoxiquant, parce quo le négatif n’est jamais totalement éliminé et s’accumule jour après jour, le coeur se durcit et la pensée s’assombrit. Nous ne devons pas être des spectateurs comme si le mal regardait les autres, au contraire, nous sommes tous acteurs.

 

Tous des acteurs

On se plaint souvent de la pollution de la ville, l’air est irrespirable. Il y a, toutefois, une autre pollution, celle de l’esprit qui rend nos visages moins souriants, plus sombres, qui nous conduit à ne pas nous regarder en face. (…) Tout le monde devrait être accueilli comme une personne, chaque histoire humaine est une histoire sacrée.» (Benoît XVI 8.12.2009)

Une étude sur le paysage médiatique nigérian affirme qu’aujourd’hui il y a plus de 250 stations de radio, une centaine de journaux, une trentaine de magazines, des chaînes de télévisions 24 heures sur 24.

Si cet impressionnant pouvoir médiatique pouvait être mis au service de la paix et de l’intégration nationales, l’atmosphère de haine qui menace l’existence même de la nation nigériane, ainsi que ses valeurs culturelles, serait vite neutralisée. Les médias peuvent en effet être mis au service de la bonne cause.

Beaucoup de personnes croient fermement qu’il est impensable que la radio, la télévision ou les journaux publient des choses qui ne sont pas vraies, c’est-à-dire des mensonges. Pour la majorité des Nigérians, toute information rendue publique par les mass media est considérée comme “parole d’évangile”. Cette confiance aveugle que les gens ont en les mass media pourrait efficacement être mise au service de la paix et de l’unité nationale. Malheureusement, les mass media semblent ne pas fournir de grands efforts pour garantir leur crédibilité ; ils ne semblent pas conscients des immenses services qu’ils peuvent rendre à la société. Ils sont au service de leurs patrons. La règle d’or demeure “celui qui paie dicte la conduite à tenir”. C’est l’une des raisons qui expliquent le grand déficit d’éthique, d’objectivité et de crédibilité qui mine aujourd’hui l’univers des médias au Nigéria. il est effrayant de constater qu’aujourd’hui, au Nigéria, “un journaliste n’est pas simplement un journaliste, il est [d’abord et avant tout] un ‘journaliste hausa’, un ‘journaliste ibo’, un ‘journaliste yorouba’, un journaliste de Tiv, du delta du Niger, etc.

Il faut donc se demander: est ce que le cyberspace permet de tout connaître, ou faut il quelque chose d’autre? Les gens ont besoin de bonnes nouvelles; les mauvaises sont toujours trop. Le désir de vérité, la recherche de sens, font partie du patrimoine commun de chaque homme et le terrain d’où peut découler le dialogue, la collaboration, 1’amitié. Un des plus grand dangers, c’est qu’au lieu d’apporter plus de concorde, les grands moyens de communication sont tentés souvent d’exploiter les divisions existantes ou d’en créer des nouvelles. Il suffit de voir dans combien de sites on encourage le racisme, la débauche, le terrorisme. Aux médias, plus que la vérité, souvent c’est la nouveauté qui intéresse. Au lieu de donner envie de vivre et de se battre pour un monde meilleur et  plus juste, ils tirent profit des scandales.

 

Les confesseurs

Dans son livre récent «L’Emprise» (Gallimard), Régis Debray écrit que nous sommes devant un monde nouveau, différent. «La justice dit le droit, le Parlement dit la loi, mais la presse dit le bien» affirme t il. «On pensait que le pouvoir des prêtres avait été remplacé par celui des scientifiques et des médecins... les nouveaux directeurs de conscience de la société contemporaine, ce sont les journalistes, tentés souvent de se prendre pour le bon Dieu.

Les journalistes, par exemples, sont devenus les confesseurs des hommes politiques. Au Moyen Age, on distinguait le pouvoir spirituel de 1’Eglise et le pouvoir temporel du roi. Aujourd’hui, c’est la presse, écrite et audiovisuelle, qui détient le pouvoir spirituel face au pouvoir politique. Elle juge, commente, critique, condamne, confesse et absout. Elle peut sacrer les hommes politiques (en entretenant leur bonne image) ou les détrôner.

L’information devient une religion. Les médias expriment et alimentent la croyance officielle de la société. Une nouvelle religion, proposant les valeurs et les idéaux considérés comme acceptables par 1’ensemble de la société. Regarder le Télé Journal, c’est assister à la messe.

S’asseoir chaque soir devant son poste est un rituel qui permet à chacun de se sentir relié à la communauté de ses semblables... »

«Parce qu’ils ont la possibilité de faire sortir de l’ombre et de l’anonymat qui ils veulent, et d’une manière bien souvent arbitraire, les gens des médias sont puissants, craints, respectés, courtisés. De plus en plus, ils créent l’événement, ils fabriquent des vedettes: ils savent et ont la tentation d’en abuser» (M. Souchon, Etudes, 1994)

 

Tout-puissants

Ecrivait en 2002 Jean Paul II : «En cette période troublée, permettez-moi de demander : comment pouvons-nous être certains que cet instrument merveilleux, d’abord conçu dans le contexte d’opérations militaires, puisse à présent servir la cause de la paix ? Peut-il favoriser la culture du dialogue, de la participation, de la solidarité et de la réconciliation sans laquelle la paix ne peut s’épanouir ?

L’Eglise pense que oui; et pour être certaine que c’est bien le cas, elle est déterminée à entrer dans ce nouveau forum, armée de l’Evangile du Christ, le Prince de la Paix… L’Église aborde ce nouveau média avec réalisme et confiance. Comme tous les autres moyens de communication, il s’agit d’un instrument, et non d’une fin en soi.

Internet peut offrir de magnifiques opportunités d’évangélisation s’il est utilisé avec compétence et une conscience précise de ses forces et de ses faiblesses. Devons-nous être certains que cet instrument merveilleux, d’abord conçu dans le contexte d’opérations militaires, puisse à présent servir la cause de la paix ? Par-dessus tout, en fournissant des informations et en suscitant l’intérêt, il permet une rencontre initiale avec le message chrétien, en particulier parmi les jeunes, qui se tournent de plus en plus vers l’univers du «cyberspace» comme vers une fenêtre ouverte sur le monde.»

On est invités à comprendre que l’information et l’emploi des instruments et des voies pour la faire passer sont des réalités toujours plus présentes dans la vie quotidienne des gens. Même de ceux qui vivent dans la brousse la plus touffue. Les rebelles de la LRA, présents dans les régions frontalières de la RDC, RCA et Soudan, tuent, souvent, avec des couteaux et des bâtons. Ils opèrent en nombre restreint, chaque groupe restant en contact avec les autres au moyen de ‘téléphones satellitaires’!

Internet fait apparaître des milliards d’images sur des millions d’écrans d’ordinateurs partout dans le monde et… tout de suite! Une galaxie d’images et de sons, sur n’importe quel sujet. Les ordinateurs, les téléphones, la TV, la radio, le cinéma, les cybercafés, les salles de lecture des bibliothèques, les centres de recherches des universités et de beaucoup d’entreprises, disposent toujours plus des instruments indispensables pour 1’information, la recherche, la détente. Internet offre des millions de pages web.

On étale tout : comment trouver une âme sœur, un amour pour les prochaines vacances, un réfrigérateur bon-marché, un vaccin contre la grippe aviaire ou porcine, une place dans l’avion de demain pour Singapour. On cherche des détails concernant les héritiers de la star américaine Michael Jackson chanteur, danseur-chorégraphe, auteur-compositeur-interprète, ou le titre de son 9è disque? Internet vous offre cent et quelques millions de pages web de renseignements.

On aimerait savoir quelque chose de Jésus-Christ? Google offre 44 millions de pages; 35 millions sur Dieu... Naturellement, nombreuses sont les pages qui nient, ignorent, critiquent ou se moquent de 1’idée même de religion.

A la fin du 2è Synode pour l’Afrique (octobre 2009), la télévision catholique française KTO, dénonçait sur son site Internet le silence médiatique qui l’avait accompagné: «Des travaux du Synode, de la dénonciation de l’impérialisme culturel de l’Occident, des appels à une coopération internationale plus équitable, des projets de cette Église en pleine croissance pour mieux former ses prêtres et ses laïcs, pour faire émerger des hommes politiques chrétiens, pour travailler de manière efficace au service de la réconciliation et de la paix... Pas un mot ou presque. Ni dans les médias africains, ni dans les grands médias généralistes occidentaux. Sauf quand il est question de sexualité, bien sûr ».

Les quatre mots les plus tapés sur Yahoo en 2009 par 11 millions de mobinautes (= personne naviguant sur Internet à partir d’un téléphone mobile) français? Les voilà : Ligue l, Foot, UEFA, Tour de France.  D’après les statistiques de la même année, le divertissement est toujours au cœur des envies des internautes, la télé-réalité et le sport dominent. Des rebondissements, des secrets, des scandales restent toujours les recettes-miracle pour attirer les gens.

 

Des possibilités

Le Sommet mondial sur la société de l’information qui  s’est tenu à Genève (2003) et à Tunis (2005) a affirmé, dans ses conclusions, qu’on est devant «une révolution qui bouleverse radicalement nos modes de pensée, de comportement, de communication, de travail et de rémunération. Cette ‘révolution numérique’ ouvre de nouvelles perspectives à la création du savoir, à l’éducation et la diffusion de l’information.

Elle modifie en profondeur la façon dont les pays du monde gèrent leurs affaires commerciales et économiques, administrent la vie publique et conçoivent leur engagement politique. Elle permet de fournir rapidement une assistance humanitaire et des soins de santé et d’envisager autrement la protection de l’environnement. Elle offre même de nouveaux débouchés à l’industrie des divertissements et des loisirs. L’accès à l’information et au savoir… peut améliorer le niveau de vie de millions de personnes de par le monde. En outre, l’amélioration de la communication entre les peuples contribue à la résolution des conflits et à la réalisation de la paix mondiale.»

«Cependant, certaines questions nécessaires, et même évidentes, surgissent lorsque l’on utilise Internet dans l’œuvre d’évangélisation. L’essence d’Internet est qu’il fournit un flux presque continuel d’informations, dont la plupart passent en un instant.

Dans une culture qui se nourrit d’éphémère, on peut facilement risquer de croire que ce sont les faits qui sont importants, et non pas les valeurs. Internet offre d’importantes connaissances, mais n’enseigne pas de valeurs; et lorsque les valeurs sont méprisées, notre humanité même est diminuée et l’homme perd rapidement de vue sa dignité transcendante. En dépit de son immense potentiel positif, certaines utilisations dégradantes et nuisibles avec Internet sont déjà connues de tous, et les autorités publiques ont certainement une responsabilité pour garantir que cet instrument merveilleux serve le bien commun et ne devienne pas une source de danger.

De plus, Internet redéfinit de façon radicale le rapport psychologique d’une personne au temps et à l’espace. L’attention est concentrée sur ce qui est tangible, utile, et immédiatement disponible ; l’encouragement à approfondir la pensée et la réflexion peuvent manquer.

On dit qu’avec Internet ce sont les nouvelles qui cherchent le journaliste, ce n’est plus le journaliste qui les cherche.

L’Internet dispose d’une grande puissance, mais comme tous les médias est neutre, il doit être bien utilisé. Et, paradoxal, mais vrai: précisément à l’ère de la disponibilité maximale des nouvelles, nous sommes plus ignorants qu’auparavant. Pas assez de places disponibles et la facilité d’accès à une masse infinie de nouvelles, sauf si vous savez dans son contexte, à comprendre l’importance, pour leur donner une priorité. Parce que le risque est que tout ce que nous trouver sur internet, a la même valeur, est mis sur le même étage.

Les valeurs et les contre-valeurs, des nouvelles et canulars pures et simples.

Pourtant, les êtres humains ont un besoin vital de temps et de calme intérieur pour réfléchir et examiner la vie et ses mystères, et pour acquérir progressivement une domination mûre d’eux-mêmes et du monde qui les entoure. La compréhension et la sagesse sont le fruit d’un œil contemplatif sur le monde, et ne proviennent pas d’une simple accumulation de faits, quel que soit leur intérêt. Ils sont le résultat d’une réflexion qui pénètre la signification plus profonde des choses, les unes par rapport aux autres, et par rapport à la réalité tout entière. De plus, en tant que forum dans lequel pratiquement tout est acceptable et pratiquement rien ne dure, Internet favorise une façon relativiste de penser et alimente parfois le manque de responsabilité et d’engagement personnels. La communication moderne est en somme une communication de tristesse.

Les médias accordent beaucoup plus d’importance à ce qu’il y a de mal et de tragique dans le monde qu’à ce qu’il y a de bon et de positif.

Dans un tel contexte, comment pouvons-nous cultiver cette sagesse qui ne provient pas seulement de l’information, mais de la réflexion, la sagesse qui comprend la différence entre le bien et le mal, et qui soutient l’échelle de valeurs qui découle de cette différence?

Vérité de foi inaccessible à la seule raison humaine.

 

Au service de qui ?

Le fait qu’à travers Internet, les personnes multiplient leurs contacts de façons jusqu’à présent inconcevables ouvre de merveilleuses possibilités de diffuser l’Évangile. Mais il est également vrai que les relations établies de façon électronique ne peuvent jamais remplacer le contact humain direct, nécessaire pour une véritable évangélisation» (Jean-Paul II, 2002).

Enfin, des possibilités extraordinaires, aussi pour faire passer le message chrétien.

Le message papal invite les prêtres, au cours de cette année sacerdotale, à considérer ces nouveaux médias comme une grande ressource pour leur ministère au service de la Parole et veut les encourager à affronter 1es défis qui naissent de la nouvelle culture numérique. Si les nouveaux médias sont connus et valorisés de manière adaptée, ils peuvent offrir aux prêtres et à tous les responsables pastoraux une richesse de données et de contenus qui, auparavant, étaient difficilement accessibles.» Ils facilitent aussi «des formes de collaboration et de croissance de communion, impensables par le passé.

«Ce ne sont pas les jeunes qui ne viennent plus vers l’Eglise, c’est l’Eglise qui risque d’être loin de leur monde.

Un site internet chrétien doit être un éveilleur de consciences en misant sur l’attrait de tout homme à la bonté, à la vérité, à la beauté. Le site internet idéal doit être ouvert au dialogue et au débat tout en montrant qu’il ne transigera pas avec certains principes fondamentaux.

Il doit permettre à l’Evangile, comme disait Paul VI dans l’exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, de ‘bouleverser les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points d’intérêts, les lignes de pensée, les modèles de vie de l’humanité qui sont en contraste avec la Parole de Dieu et le dessein de salut’.

Tout comme la croix a son montant vertical et horizontal, ainsi doit être notre évangélisation sur la toile: horizontale pour son étendue, verticale par sa profondeur et  sa qualité» (Mgr Jean-Michel Falco, évêque de Gap, France).

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