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Sept moines trappistes, qui vivaient à Tibhirine en Algérie, ont été trouvés morts le 21 mai 1996. Fin d’une aventure ou ouverture d’un autre type de présence en terre d’Islam ?
Les moines trappistes ont une vocation à la contemplation. Ils se retrouvent pour la prière commune 7 fois par jour, pratiquent la «lectio divina» (=lecture priée de la Bible), donnent beaucoup d’importance au silence et au retrait du monde. Leurs monastères sont situés habituellement en des lieux écartés, voire en pleine nature. Le travail manuel a sa place, selon le programme de vie de saint Benoît (né en Italie en 480 et décédé en 547), fondateur du monachisme occidental : « Ora et labora » (= prière et travail manuel). Les moines trappistes sont présents surtout en Europe et en Amérique. Ils ont même effectué une présence, limitée dans le temps, au Congo démocratique. En effet, priés avec insistance par le Roi Léopold II, ils sont arrivés en RDCongo en 1895, pour s’occuper de l’évangélisation de la région de Mbandaka. Ils y sont restés jusqu’en 1924 et puis ils sont rentrés chez eux dans le monastère de Westmalle en Belgique. Le résultat le plus spectaculaire de leur action apostolique a été le Bienheureux Isidore Bakanja, baptisé en 1906 et mort martyr le 15 août 1909. En Algérie, le monastère trappiste de Tibhirine a été fondé le 7 mars 1938. Il se situe près de Médéa, à 90 kilomètres au sud d’Alger, dans une zone montagneuse. Un grand écrivain français, qui l’a visité, Jean Marie Rouart en parle en ces termes: «C’est une grande bâtisse un peu austère, mais chaleureuse et accueillante, construite en face d’un des plus beaux paysages du monde: les palmiers, les mandariniers, les rosiers se dessinent devant les montagnes enneigées de l’Atlas…» Le monastère était connu sous le nom de « Abbaye Notre-Dame de l’Atlas ». Les jours paisibles se terminèrent en 1976 avec la nationalisation des terres. Et puis la guerre civile des années 90 a fait le reste. Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, à 01h30 du matin, une vingtaine de personnes se présentent au monastère. Elles se disent membres du GIA, groupe islamiste révolutionnaire en guerre avec le pouvoir central de l’Algérie. Le prieur de la Communauté, le p. Christian de Chergé, appelle les confrères et au nombre de sept, ils suivent les terroristes qui les conduisent de force dans leur territoire. Ils seront retrouvés morts le 21 mai 1996. Evidemment la mort de ces sept moines trappistes a fait beaucoup de bruit, en France et ailleurs. Et des jeunes chrétiens, désireux d’entrer en dialogue avec l’Islam d’une autre façon, se sont posé beaucoup de questions. Henry Quinson, jeune banquier franco-américain, le 16 octobre 1989, décide d’abandonner sa carrière de golden-boy (= jeune d’or, parce que spécialiste des échanges bancaires qui produisent beaucoup d’argent) et de se consacrer à la prière et à la méditation dans un monastère. L’exemple des moines trappistes de Tibhirine, martyrs du dialogue avec l’Islam et de la charité, le pousse à chercher un lieu où l’Islam est fortement présent pour devenir avec des amis une cellule de témoignage chrétien. Il s’installe dans le quartier Saint Paul de Marseille, où les habitants sont majoritairement musulmans. Il habite avec les amis de la Fraternité Saint Paul dans un appartement HLM. Il définit HLM comme suit: Habiter les Lieux de Métamorphose, parce que «nous sommes sur une ligne sismique, une ligne de fracture entre le Nord et le Sud, entre nations riches et pauvres, entre le monde musulman et le monde chrétien. Il faut donc que nous soyons là » (Henry Quinson, Moine des Cités, Nouvelle Cité, 2009, France, p. 133). Tibhirine n’est pas oublié, l’Algérie non plus et surtout l’attention au monde de l’Islam est toujours présente. Jean Michel Beulin, un ami d’Henry Quinson, le 3 décembre 2000, lui fait part de son désir de vie monastique, mais en Algérie.
La nouvelle communauté Tibhirine, depuis 1996, est abandonné. Il faut chercher quelque chose d’autre, de plus simple, de moins voyant, dans un milieu musulman, pour permettre un dialogue qui n’est pas une question d’idées, mais de vie. Et la nouvelle communauté monastique de la Fraternité Saint Paul s’installe à Boudouaou, dans la grande banlieue d’Alger. Henri Tessier, l’évêque du lieu est d’accord et trouve que l’installation est pertinente. Le responsable de la police qui accueille Jean Michel, était à Médéa lors de l’enlèvement et de la mort des frères trappistes de Tibhirine. Il en garde encore l’impression extraordinaire de calme, de respect et de confiance des moines, nonobstant les moments tragiques qu’ils étaient en train de vivre. Ces martyrs semblent veiller sur ces nouveaux moines qui veulent s’installer dans les quartiers difficiles de nos villes, où le communisme a été remplacé par l’Islam radical. Madeleine Delbrêl affirmait en 1938, à un moment tragique de l’histoire: «Les moines du VIè siècle, dans leurs monastères, aidaient leurs voisins à être heureux malgré les rafales de guerre, d’invasion et de pillage – partie intégrante de l’état social d’alors, – ils assuraient un authentique service social dont le nôtre peut, sans déchoir, se réclamer ». C’est ce que la Fraternité Saint Paul s’efforce de faire, en essayant de garder l’esprit de l’expérience des moines trappistes de Tibhirine. TFN |
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Les moines de Tibhirine |
