Ils sont nombreux les peuples qui célèbrent avec rites, offrandes et prières l’ouverture de la saison des semailles. La spiritualité de la terre fait partie des mythes et prières de diverses religions du monde. Elle se nourrit de respect, soin et gratitude pour l’abondance des récoltes.

 

Ecrit le théologien kenyan John Mbiti: «Sur la planète entière, bien de  groupes ont personnifié la terre comme une divinité avec des rituels appropriés, même si au cours des âges, ces croyances ont évolué. L’histoire nous apprend  que chez les Romains, on  considérait la Terre ‘Tellus’ comme la mère universelle de tous les êtres, l’appelant respectivement ‘magna mater’, ‘grande mère’, ‘bonne déesse’, ‘mère des dieux’.» Chez les Indiens, l’expression ‘avoir le goût entre les mains’ voulait tout simplement dire que si l’on voulait goûter à quel que chose de bon, il faut savoir utiliser ses  mains pour cultiver la terre.

En Afrique, la terre est le plus grand des héritages. Elle est au centre de la vie, de la naissance à la mort. Des milliers de légendes parlent de sa présence dans nos coutumes.

 

On demande

Avant les semences, les Lozi de la Zambie, par exemple, se rassemblent et dans une invocation  à Nyambe (Dieu), ils l’implorent  de bénir  les graines qu’ils vont aller enfouir dans les champs, lui qui est le «créateur de toutes choses.» Ils récriminent leurs faiblesses devant lui, tout en admettant que la capacité de travailler ne vient que de lui: «C’est Toi qui nous a créés. Tu as tous les pouvoirs.  Nous te présentons ces semences et tout notre travail. Que ta bénédiction nous permette d’en faire bon usage.»

Les Dogon du Mali font autant. Ils croient tellement au monde invisible qu’au moment des semailles, ils se prosternent  devant Dieu, en le reconnaissant  comme l’Unique qui donne la pluie pour arroser les champs ainsi que des enfants pour aider les parents dans les champs. Ils croient aussi aux ancêtres et invoquent  la pluie avec un symbolisme très fort. Sûrs d’obtenir l’aide de l’Etre suprême et à travers lui,  ils s’adressent alors directement au mil qui doit pousser: «O Dieu, reçois nos salutations matinales; Ancêtres, recevez nos salutations matinales ;…Nous sortons pour aller semer les graines, … O Dieu, fais qu’elles germent… Donne à la femme un enfant… Donne la pluie… O mil, sors de la terre…»

Les Didinga  du Soudan ont une prière lorsque la saison des semailles arrive, dans laquelle ils s’adressent à la terre, aux forêts, aux fleuves. On demande que la terre soit gentille et généreuse, que les arbres ne blessent personne lorsqu’ils tombent, et que les fleuves donnent la fertilité à la terre. La prière invoque l’harmonie entre les individus et la nature. Que terre, fleuves et arbres soient ‘bons’ pour les hommes. Ceux-ci peuvent faire du mal à la terre et la terre peut leur faire du mal. L’harmonie est donc nécessaire pour le bien de tous. Oui, la terre est plus puissante que les personnes et celles-ci doivent adopter une attitude humble, qui se traduit ainsi: «Sois gentille et donne-nous abondamment de ton abondance inépuisable.»

Décidément, nous n’avons donné aucun avis à Dieu lors de la création du monde. Sa seule volonté a agi. Et maintenant, à nous, créatures, d’en faire bon usage…»

Le faisons-nous ? Si l’on se penchait sur les 50 dernières années, le constat semble bien amer.

Environ 500 millions d’hectares de terres ont été dégradés. En 50 ans, l’Afrique a déjà perdu plus de 700.000 kilomètres carrés de terres productives.

En 2003,  sous les auspices de l’ONU, Kofi Annan, alors Secrétaire général, avait réuni à Johannesburg les sommités de la terre  -106 Chefs d’Etat et 18.000 représentants de 7.000 ONG et du secteur privé ainsi que 5.000 agents des mass-médias – afin d’ausculter la planète. Le constat  était  bien lamentable: la dégradation de la planète provient essentiellement des pays riches. La trentaine des pays développés représentant seulement 20% de la population mondiale produisent et consomment 85 % des produits chimiques synthétiques, 80 % de l’énergie non renouvelable  et 40 % de l’eau douce. Les économies des pays en développement reposant essentiellement sur l’agriculture, c’est la survie des millions de petits paysans qui se trouve ébranlée.

Près d’un milliard de personnes sur les six que compte la planète souffrent de la faim.

 

Journée de la Terre

Il  faut bien arrêter le gâchis!  Il faut bien parvenir à un juste équilibre entre les besoins économiques, sociaux et environnementaux pour les générations présente et à venir, en promouvant ainsi l’harmonie entre l’humanité et la terre. Dans cet ordre d’idées, l’Assemblée Générale de l’ONU a adopté une résolution

proposée par une cinquantaine de pays membres, proclamant le 22 avril comme «Journée internationale de la Terre nourricière».

Une telle résolution n’aura peut-être pas la magie d’ouvrir les cœurs de ceux qui détériorent l’environnement à si bon compte, mais au moins elle intervient en ce  moment critique où les dégâts s’avèrent pratiquement irréversibles.

C’est un pas de plus vers le changement de mentalités qui sont en train de faire de l’homme son propre autodestructeur.

C’est à juste titre que le Chef de l’Etat bolivien, Evo Morales, a salué cette résolution et a affirmé que le 21ème siècle devra être celui de la reconnaissance des droits de la Terre nourricière, comme les précédents 100 années l’ont été pour les droits de l’homme Et il a plaidé pour le respect des quatre droits de la nature :

- Droit à la vie humaine, animale et végétale ;

- Droit à la régénération de la nature qui doit  fixer des limites au développement socioéconomique ;

- Droit à une vie sans pollution ;

- Droit à la coexistence humaine avec des millions d’autres espèces vivantes.

 

Patrick Monzemu Moleli

Terre, mère nourricière