C’est depuis 1210 que l’Ordre de la Sainte Croix existe. Son fondateur, le Bienheureux Théodore de Celles (1166 – 1234), jugea bon de se retirer de la Cathédrale de Liège, où il était chanoine et entreprit l’initiative de commencer une nouvelle forme de vie religieuse.

 

C’est avec quatre compagnons, prêtres comme lui, qu’il commence un nouveau parcours.  Ils se retirent au lieu dit Clarus locus, Clairlieu, près de , en .  est épris de la sainte Croix, symbole suprême de l’amour du Christ pour l’humanité. La source d’inspiration et d’action apostolique pour cette nouvelle communauté de Chanoines réguliers sera la Croix, sommet de la . Un choix qui, en partie, est aussi par réaction à la vie facile et parfois licencieuse de certains membres du clergé. Les gens les appelleront  «Frères de la Sainte-Croix; Porte-Croix ou Croisiers». Pour consolider leur jeune communauté, les Croisiers adoptent la règle de Saint Augustin. Le Pape saint Innocent IV approuve les Constitutions de l’Ordre en 1248. De la Belgique, l’Ordre de la sainte Croix a pris le large.  En peu de temps, il est présent en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Angleterre. Les prieurés ne comptent, en général, qu’une dizaine ou une douzaine de membres, des prêtres, des frères.

A la fin du 14ème siècle, l’Ordre pâtit sous les coups du schisme occidental et de la guerre de Cent ans. Mais au chapitre général de 1410, une profonde réforme voit le jour sous l’influence de la Devotio Moderna, un courant novateur aux Pays-Bas. Le 15ème siècle sera un siècle d’or pour l’Ordre, avec de nombreuses fondations nouvelles qui deviennent des centres de spiritualité et de culture.

Suivront aussi des moments sombres, tumultueux, de crise ; voire même de déclin. Au XVIII  siècle, la Révolution française faillit lui donner le coup de grâce.

 

Comme une flèche !

Et pourtant, l’Ordre est toujours là. Les nombreuses fondations du 20ème siècle en sont la preuve. Notamment, l’implantation de l’Ordre au Congo Belge (1920), en Indonésie (1926) et au Brésil (1934). 

On ne peut pas ne pas faire mémoire ici, du massacre de 23 pères et frères Croisiers à Buta (Province Orientale), où les mois précédents ils avaient été conduits de Bondo, par les rebelles.

«Le chef des rebelles, Christophe Gbenye se laissait photographier au milieu des missionnaires. Il leur disait: «Vous êtes ici bien mieux que ceux qui sont sous le régime central. Ce sont des francs-maçons ! Moi je suis catholique (et il montrait le chapelet). Je ne vous donnerai pas la chance d’être martyrs, mais si un bandit vient de la forêt, cela ne sera pas ma faute, et vous irez alors droit au ciel comme une flèche!»

La nuit 29-30 mai 1965, les Simba avaient permis à l’Evêque de Buta, Mgr Jacques Mbali, de visiter les prisonniers accompagné d’un major. Ce dernier, à un certain moment, accuse l’Evêque d’avoir appelé et renseigné l’Armée Nationale Congolaise au moyen d’un poste émetteur secret. Les missionnaires interviennent en disant que jamais personne n’a entendu parler ni vu le moindre poste émetteur; et que l’Evêque n’est pas un chef politique ou civil, mais leur Supérieur pour tout ce qui concerne le spirituel et l’apostolat. L’Evêque s’est avancé pour déclarer: «Si je suis coupable, je suis prêt à mourir. Fusillez-moi ici!» La nuit s’achève sans autre incident. Vers 17h du 30 mai, une soixantaine de Simba, dirigés par le major Philippe Likunde, ont tué et jeté dans le fleuve Rubi 23 Croisiers, 3 Capucins, 7 Frères de Saint Gabriel.» (Luc de l’Arbre. Ils étaient tous fidèles. Nos martyrs et témoins de l’Amour en RD Congo, 2005, pp. 136-150).

En 1985, l’Ordre a ouvert une nouvelle communauté dans le Diocèse de Butembo: une maison de formation, un noviciat. La lumière est toujours là!

La célébration du jubilé de 800 ans d’existence de l’Ordre de la sainte Croix, est pour les Croisiers un moment d’action de grâce ; un temps de remise en question et d’évaluation. Depuis le 14 septembre 2009, l’Ordre entier est entré dans un ‘pèlerinage jubilaire’.

Les Croisiers veulent interroger le passé, pour bien vivre le présent et préparer l’avenir. La célébration de huit siècles d’existence doit se traduire en action de grâce et en recherche de nouveaux chemins pour proclamer que – ainsi que le dit la liturgie, c’est dans la Croix ‘notre salut’.

P. Musubao Kasebi Odilon, osc

Ordre de la Sainte Croix: 800 ans