Un jour Jésus monta sur une barque et demanda d’éloigner quelque peu celle-ci de la berge qui formait un amphithéâtre naturel (cf Mt.13,2). Il pouvait ainsi longuement délivrer ses enseignements sans crier, car la sono était parfaite: accroché à ses lèvres, tout le monde pouvait suivre ses paroles qui se répercutaient sur l’eau et bondissaient harmonieusement vers la foule compacte de ses auditeurs répandus pêle-mêle le long du rivage… L’Audimat était au top ! Jésus à sa manière a ainsi utilisé des «médias» pour se faire entendre et se faire comprendre : le but-même de toute prise de parole. Aujourd’hui des sites Internet proposent des interprétations lumineuses de la Parole pour prédicateurs éventuellement court-circuités par le temps et qui peuvent s’en nourrir et nourrir leurs interlocuteurs.

 

Au regard de la mission évangélisatrice du prêtre, lors d’un échange, nous apprendrons de feu le Cardinal Malula que l’effort pour la culture «médiatique» pour lui  consistait fondamentalement en deux démarches liées: à long terme, lire beaucoup, lire encore et lire toujours ; à court terme, méditer et ruminer dans une manducation ininterrompue les textes de la messe du prochain dimanche tout au long de la semaine qui la  précède. «Et l’Esprit Saint vous livre alors l’exégèse la plus saine qui abreuve nos âmes» concluait-il avec un sourire entendu, «en dévoilant à son porte-parole des lumières que son intelligence et son cœur en harmonie peuvent traduire en une méditation porteuse du glaive qui transperce l’âme et la convertit (cf Hb.4,12-13): ce n’est jamais nous qui convertissons les hommes et les femmes qui nous écoutent. Ne nous faisons pas d’illusion ! Accomplissons donc notre devoir de porte-parole du mieux que nous pouvons, même et surtout quand nous avons l’impression que nous prêchons dans le désert!... » L’homme touché par la présence de Dieu dans cette Parole livrée dans la puissance de l’Esprit Saint, décide enfin de laisser Dieu « être Dieu pour lui ».

 

Les «médias» des Deux Tables de la Loi que Moïse furieux a brandies au-dessus des têtes révoltées contre le Seigneur, et que le Seigneur a dû reciseler  ont servi à ce rôle exemplaire : tous les cœurs  ont mesuré à leur aune le degré ou la profondeur de leur appartenance au Seigneur. Nous ne pouvons pas en fait nous passer des «médias» pour accueillir, garantir et transmettre la Parole de vie. Le Seigneur le sait et il en a fait abondamment usage. Ainsi des actes posés par Jérémie par exemple: la ceinture abîmée, porter ses sandales et ne pas se tondre cheveux et barbes alors que le deuil a frappé, les gestes du potier, le joug porté, etc.

 

Tant et tant de symboles, à travers des objets et des actes humains, ont servi à véhiculer le Message du salut de Dieu. La différence aujourd’hui c’est la modernité scientifique et technologique des «médias» modernes amplifiant au-delà de notre imagination l’intention qui demeure identique : rendre Dieu et l’homme présents  l’un à l’autre. Mais en ce domaine (comme en beaucoup d’autres d’ailleurs), les fils des ténèbres semblent nous avoir coiffés au poteau, - nous qui sommes supposés être des fils de la lumière -, avec les méga-concerts du Hard Rock Metal et Gothic  qui  en Europe abrutissent  la population jeune qu’on abreuve de messages ténébreux qui détruisent l’âme (cf Père Benoît Domergue, Culture jeune et ésotérisme. Vers une dérive antichristique de la culture des jeunes? Editions Bénédictines, 2007).

 

Ou chez nous même, ces innombrables concerts nocturnes sur les places publiques de nos communes et dans nos stades, moins spectaculaires que les méga-concerts  sans doute mais tout aussi percutants et destructeurs des mentalités de nos jeunes.

Les «campagnes d’évangélisation» essaient de se hausser  sur ce créneau pour rendre efficaces les talents chrétiens; ceux-ci du reste sont attendus sur le terrain  du populaire «théâtre de chez nous» et du film télévisé étalé en épisodes qui  tiennent les gens en haleine.

Des «médias» fort prisés par nos peuples mais où les chrétiens timides, frileux sinon pusillanimes, brillent par leur absence  notoire.

Mais un tel engagement prophétique, je crois que l’on en a honte quelque part...

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