Afriquespoir reprend le thème des indépendances. Les anniversaires sont toujours une bonne occasion pour dresser des bilans. Certains le font en rappelant ce qui n’a pas marché au cours de ce demi siècle (dictatures, guerres, pauvreté, exploitation piratesque des ressources). On souligne ce qu’on pourrait appeler précarité. Tout est précaire: le salaire à la fin du mois qui n’arrive pas ; la santé toujours plus précaire ainsi que les services de santé ; les transports, les routes qui s’arrêtent quelque part découragées par les trous qui les habitent ; trouver du travail, un transport, un document, tout se présente sous l’insigne de la précarité.

Tout est incertain, sauf la détresse, qui semble confortablement installée. On vote, mais avec un sentiment que tout est inutile, truqué, fictif, sans lendemain. Les médias ne font que souligner la grande détresse. Enfin, de quoi décourager même les individus les plus optimistes.

Et pourtant, nous sommes invités à voir les choses d’un œil optimiste. Le document qui préparait le Synode pour l’Afrique (octobre 2009) affirmait que tout n’est pas si sombre. «Du point de vue social, on peut relever certains nouveaux développements: l’avènement de la paix en certains pays africains; le désir ardent de paix largement répandu sur le continent, particulièrement dans la région des Grands Lacs; l’opposition croissante à la corruption; la forte prise de conscience de la nécessité de la promotion de la femme africaine et de la dignité de toute personne humaine; l’engagement des laïcs dans les «sociétés civiles» pour la promotion et la défense des «Droits de l’homme»; le nombre toujours croissant d’hommes politiques africains conscients et déterminés à trouver des solutions africaines aux problèmes africains.

 

Les célébrations pour l’anniversaire historique de la fin du colonialisme peuvent offrir sans doute l’opportunité pour mieux connaître ce qui ne va pas, le frein de tout progrès créé par la corruption, l’inutilité de la violence et de nos divisions. «Si l’Afrique ne s’unit pas plus en vue de défendre ses propres intérêts, il n’y a pas beaucoup de chance de voir les Africains bénéficier des richesses qu’ils possèdent», a écrit Mgr Francisco João Silota, Évêque de Chimoio, Mozambique.

Des pas ont été faits. Les Etats africains, par exemple, se sont exprimés d’une façon unanime par rapport aux armes nucléaires: le continent sera considéré zone complètement dénucléarisé.

Les statistiques révèlent que la circulation d’armes légères et de petit calibre dans le monde est de 600 millions. L’on dénombre 31 millions de ces armes sur le continent africain. Et bien, dans plusieurs pays on enregistre des opérations de ‘destruction’ d’armes. Des outils de morts, il faut le répéter, presque toujours fabriqués en dehors de l’Afrique, dans des pays apparemment soucieux de la paix, de la démocratie et de la justice dans le monde.

 

L’amour pour notre pays, le désir qu’il y ait plus de démocratie et un partage correct des ressources, doit pousser à aller au-delà d’un simple sentiment de déception ou de résignation (rien ne change, on n’y peut rien, la faute est aux autres…). Dans un commentaire à la parabole du bon Samaritain, Martin Luther King remarquait que le Samaritain s’est arrêté dans un endroit dangereux: il a payé et il s’est engagé à couvrir tous les frais nécessaires. Il a dépensé son argent, et pour un inconnu. L’amour ne se limite pas à soulager ceux qui souffrent: «Au début, nous devons être le bon Samaritain envers ceux qui sont tombés le long du chemin. Mais un jour, nous devrons admettre que le chemin de Jéricho doit être refait pour que les hommes et les femmes ne continuent pas à être battus et volés pendant qu’ils s’acheminent sur les sentiers de la vie.»

C’est le défi qui guette tous les choix politiques, économiques et sociaux.

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