Un peu partout, font leur apparition des livres célébrant les indépendances. Et les hommes qui par leur œuvre et même par le sacrifice de leur vie ont permis à l’Afrique de se libérer de la domination coloniale. Pères de la Nation, libérateurs, fondateurs etc. Une liste remarquable, où brillent, par leur absence… les femmes.

 

Au fond, il ne faut pas s’étonner. Dans le reste de la planète, entre les années 30 et 70 du siècle dernier, les femmes leaders politiques n’étaient pas nombreuses: Golda Meir (Israël), Indira Gandhi (Inde), Evita Perón (Argentine)… A cela il faut ajouter, pour ce qui concerne l’Afrique, que dans le secteur ‘éducation’, les colonisateurs s’étaient, en général, préoccupés de former les indigènes ‘hommes’ pour le bon fonctionnement de la colonie ou de la province d’outre-mer. Les femmes disposant d’une instruction supérieure, capables donc d’avoir des responsabilités dans les nouvelles nations, étaient peu nombreuses.

A cette époque-là, la femme jouant un rôle politique, ce n’est que la ‘first lady’. Et souvent ‘blanche’. Par exemple la femme de Nkwame Nkrumah, l’égyptienne Fathia: un mariage qui fut comme un coup de foudre pour le Ghana qui venait, en 1957, de célébrer son indépendance. Fathia n’était pas une Européenne, mais à ce moment là l’Afrique arabe était aussi perçue lointaine ou même hostile. Le poids de l’histoire était toujours là: le Sahara avait été, ainsi que l’Atlantique, un terrible scénario de traite esclavagiste. Dans la réflexion qu’aujourd’hui certains Ghanéens passent sur Internet, on arrive même à affirmer que le mariage de Nkrumah avec Helena Ritz Fathia constituait un outrage pour le pays. Un des fils de Nkrumah y trouvera une explication politiquement plus compréhensible: ce mariage-là faisait partie de la vision de son père, présente dans le slogan ‘Africa must unit’, l’Afrique doit s’unir.

 

«Il me saluait»

L’histoire entre Léopold Sédar Senghor et Colette Hubert fut un authentique roman d’amour. Précédé, cependant par un premier mariage ‘d’intérêt idéologique panafricaniste’: le futur chef de l’état sénégalais avait épousé la fille du gouverneur de l’Afrique Equatoriale Française, une noire originaire de la Guyane. Mais sera la normande Colette, la femme de la vie de Senghor. Il trouvera en elle la muse qui lui inspirera des nombreuses odes. Elle sera toujours avec lui jusqu’aux dernières années de sa vie à Calvados (France).

Simple mais inoxydable fut l’histoire d’Agostino Neto avec une adolescente (16 ans) portugaise. Il fit sa connaissance avec Maria Eugenia Da Silva à Lisbonne. Elle habitait juste en face de la Maison de l’étudiant que le futur père de l’Angola, assez plus âgé, fréquentait. «Il y avait des nombreux étudiants angolais. En passant, il me saluait - racontera plus tard la veuve. Un jour, un étudiant me dit: ‘Mademoiselle ne répond pas à notre salutation parce que nous sommes des nègres!’ Maria Eugénia, en effet, était très discrète. Cette phrase la débloqua. Au début, ce ne fut que de la sympathie entre elle et Neto pendant cinq ans. «Je le trouvais différent, dira-t-elle, très sérieux. Lorsqu’il fut arrêté parce qu’il recueillait des signatures pour la paix, je l’aidais, je lui envoyais quelque chose en prison. Il n’avait pas d’autres membres de sa famille au Portugal, et pour justifier ma présence devant la police, il m’appelait sa ‘fiancée’.

On s’est écrit beaucoup de lettres. Puis je lus ses poèmes et je tombai amoureuse du poète.» Neto épousera Maria Eugenia le jour même de l’obtention de son diplôme de doctorat en médecine. De leur union naquirent trois enfants.

Un autre grand leader lusophone, Eduardo Chivambo Mondlane (Mozambicain, né en 1920), aura aussi une épouse blanche, une Américaine. Ils s’étaient rencontrés en 1951 lors d’un champ d’été organisé par l’Église méthodiste.

Aussi dans ce cas-là une belle différence d’âge: Janet Rae Johnson, 17 ans, eut un coup de foudre pour le jeune professeur mozambicain. «Je ne veux pas de Noirs dans cette maison», réagit son papa. Mais Janet cultivait déjà l’idée de venir en Afrique comme docteur, et l’opposition de sa famille ne la découragea pas. Après l’assassinat de Mondlane (le premier chef du Frelimo, tué à Dar es-Salaam par un colis piégé en pleine lutte de libération) Janet - restée avec 3 enfants - continua son engagement infatigable au sein du Frelimo, le mouvement créé par son mari.

Après l’indépendance, on lui confiera de hautes responsabilités dans l’assistance sociale. Il y a une dizaine d’années, on a publié, au Mozambique, sa biographie, au titre suggestif: «Mon cœur dans les mains d’un Noir».

Mondlane avait écrit: «Nous avons été créés à l’image de Dieu et on a voulu nous faire croire que nous sommes de poules, alors que nous sommes des aigles».

 

Un rôle

Original enfin, et aussi entremêlé à la politique, le parcours sentimental d’Habib Bourguiba, l’homme qui conduisit la Tunisie à l’indépendance. Le futur ‘combattant suprême’ tombera amoureux de la femme auprès de laquelle il logeait à Paris pendant ses études en droit, à la Sorbonne. Elle s’appelle Mathilde Lorrain, née Le Fras; elle est veuve d’un officier français et plus âgée qu’Habib d’une douzaine d’années. En 1927, elle lui donne un enfant. Ils se marient. Ils se transfèrent en Tunisie où Mathilde donne main forte au mari, âme du mouvement pour l’indépendance, et lorsque celui-ci est condamné à l’exil, c’est elle qui assurera les connexions avec les militants. L’indépendance arrive en 1956, Mathilde se convertit à l’Islam et prend le nom de Moufida. Le mariage se brisera 5 ans plus tard. Le président convolera à des nouvelles noces avec Wassila Ben Ammar, mais il divorcera d’elle 25 ans plus tard.

 

Tout cela pour les femmes proches du pouvoir. Mais la liste de femmes qui jouèrent un rôle important dans l’histoire de la libération du continent est très longue. Entre autres: Miriam Makeba, la voix contre l’apartheid dans son Afrique du sud. Winnie Madikizela-Mandela, pour les années partagées avec sincérité et passion avec le futur prix Nobel de la Paix (bien que terminées par un triste divorce). Fatima Ahmed Ibrahim qui en 1952 fonda l’Union des femmes soudanaises et qui en 1965 sera la première femme élue au parlement de Karthoum. En Algérie, on peut rappeler Djamila Bouhired, symbole de la résistance à l’occupation française aux cotés des leaders du Front national de libération: elle fut condamnée à mort (sentence qui ne fut pas exécutée). Déjà en 1958, le grand cinéaste égyptien Youssef Chahine lui consacra un film ‘Djamila l’Algérienne’.

P. M. Mazzola C. fem

Femmes d’Afrique

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