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Lecture. Ouf ! |
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«Aucun pays ne peut progresser et prospérer s’il n’arrive pas à établir un rapport serré avec le livre.» C’était le titre d’une conférence organisée au début de cette année au Pakistan, destinée aux enseignants de tous niveaux. Un thème toujours de grande actualité, celui de la lecture et auquel les moyens de communication actuels peuvent rendre un bon ou un moins bon service. En effet, il suffit de cliquer pour naviguer, être au courant de tout, contempler pendant des heures des images sur un écran, parler avec les amis, se distraire. Mais aussi lire des centaines de volumes dans un ‘livre électronique’.
Malgré les apparences contraires la lecture garde son pouvoir d’information et de formation. Et les livres peuvent être toujours nos meilleurs amis. Ils nous aident à réfléchir, à imaginer de nouvelles formes de vie, à enrichir nos connaissances. Ils nous introduisent dans de nouveaux mondes. Ils nous permettent de rêver, imaginer des réalités inconnues et à découvrir et peuvent devenir nos compagnons de tous les jours, nous aider dans les moments difficiles. Dans une des pages les plus célèbres des Confessions, Saint Augustin raconte comment, un jour, dans le tourment de ses réflexions, alors qu’il s’était retiré dans un jardin, il entendit subitement une voix d’enfant qui répétait une ritournelle jamais entendue auparavant: «Prends, lis; prends, lis». Il reprit un livre qu’il avait entre les mains quelques instants plus tôt, il l’ouvrit, et son regard tomba sur le passage de l’épître aux Romains où l’Apôtre exhorte «… ne vous mettez pas au service de vos convoitises.» Le jeune professeur Augustin comprit que ces mots lui étaient adressés. Ce fut le début de sa conversion.
Tirages. Illettrisme Chaque année, dans le monde, sont publiés 900.000 livres nouveaux. Pour un total d’environ 2 milliards d’exemplaires. Les magazines sont plus de 350 millions d’exemplaires et les journaux, 24 milliards. Les Japonais sont les plus grands lecteurs de la planète. Chaque jour, une centaine de quotidiens japonais diffusent environ 70 millions d’exemplaires, soit 554 copies pour 1 000 personnes. Le Yomiuri Shimbun est considéré comme le quotidien le plus diffusé au monde: 14 millions d’exemplaires; suivi de l’Asahi Shimbun, 12 millions d’exemplaires. L’ennemi le plus grand du livre, de la lecture est, naturellement, l’analphabétisme. Selon l’UNESCO, près d’un milliard d’habitants sur les six que compte la planète ne savent ni lire ni écrire. Les femmes et les filles représentent les deux tiers des analphabètes, bien que l’écart avec les hommes et les garçons soit en train de se réduire. Des études récentes montrent que l’accès à l’éducation, à la lecture et à l’écriture progresse plus rapidement chez les femmes que chez les hommes. La tendance est très marquée en Afrique, où le pourcentage de femmes analphabètes de plus de quinze ans a chuté de 6,4% au cours des dix dernières années, pour s’établir à 49%. La tâche n’en demeure pas moins écrasante. Pour assurer un enseignement primaire à tous les enfants du monde d’ici à 2015, il faudrait 15 millions d’instituteurs supplémentaires (dont trois millions en Afrique sub-saharienne), ce qui suppose des investissements considérables dans la formation. Par ailleurs, certains pays en développement ont beaucoup de mal à payer un salaire régulier à leurs enseignants ou même à les garder. La tentation d’émigrer est très présente dans ce secteur.
Promouvoir l’éducation Un élément qui décourage la lecture est sans doute ce qu’on appelle ‘illettrisme de retour’. Même dans les pays riches, où l’on considère que l’analphabétisme a disparu grâce à l’enseignement universel et gratuit, près du quart de la population est incapable de comprendre et d’utiliser les informations contenues dans les notices des appareils électroménagers ou d’une boîte de comprimés. Aucun pays n’est à l’abri de ce qu’on appelle «illettrisme fonctionnel », à savoir le fait d’avoir oublié ou de n’avoir jamais acquis correctement le niveau de lecture et d’écriture nécessaire dans la vie quotidienne. Ce phénomène en dit long sur les failles des systèmes éducatifs de beaucoup de pays, y compris les riches. En France, de nombreux adultes sont confrontés à l’illettrisme. Ils seraient près de 9% de la population âgée de 18 à 65 ans Et que le problème de l’éducation, primordial dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement d’ici l’an 2015, est toujours grave. Les dirigeants du monde entier se sont engagés à promouvoir l’éducation pour tous et accroître les niveaux d’alphabétisation global de 50% avant 2015. Un rêve? On a longtemps pensé qu’il suffisait d’aller cinq ans à l’école pour savoir lire et écrire. Mais aujourd’hui, on estime que six à huit ans d’apprentissage sont à peine suffisants pour acquérir le niveau d’alphabétisation nécessaire à la vie dans nos sociétés complexes. Tellement complexes qu’au Canada, par exemple, une association de parents a créé, pour encourager dans les enfants l’envie de la lecture, une espèce de contrat: s’ils lisent pendant 15 minutes, ils obtiennent le droit de jouer à l’ordinateur pendant le même laps de temps. Juste au moment où le gouvernement kenyan montrait au reste du monde la mise en œuvre de l’ambitieux programme de l’enseignement primaire gratuit, le ministre de l’Éducation, Sam Ongeri, a révélé que près de la moitié de la population du Kenya - 33 millions d’individus – se compose d’analphabètes: 39% des jeunes âgés entre 15 et 25 ans ne peuvent ni lire ni écrire. Ce fut un rude choc. «Une population analphabète aux débuts du 21è siècle est une abomination», a dit le ministre. Et chez nous? On dit qu’à l’école, Joseph Désiré Mobutu était un bon élève, gentil et très sociable. Ses matières préférées étaient l’histoire, la géographie et surtout la littérature. Sa passion pour la lecture dépassait de loin les exigences scolaires. Ce n’est donc pas par hasard qu’on l’appela à s’occuper du journal de l’école. A Kinshasa, la presse connaît des tirages très modestes. Après tout, une enquête, réalisée il y a dix ans, révélait que plus de 80 % de la population de Kinshasa ne lit pas les journaux, surtout les femmes et les jeunes. Que les enfants et les jeunes ne lisent pas, cela se remarque à leur orthographe! disent beaucoup d’enseignants. Mais est-ce que les enseignants lisent?
Prier, travailler, lire Au cours de sa récente visite au célèbre monastère de Mont-Cassin (Italie), Benoît XVI, en parlant des archives et de la bibliothèque y conservés, a dit qu’ «ils rassemblent d’innombrables témoignages de l’engagement d’hommes et de femmes qui ont médité et recherché comment améliorer la vie spirituelle et matérielle de l’homme.» Après 1500 ans et quatre destructions, ce monastère a encore quelque chose de très important à nous livrer. Quoi? Pour ceux qui désiraient consacrer totalement leur vie à Dieu, Benoît avait écrit une Règle modèle, dans laquelle la vie quotidienne était résumée par ces trois mots: «Prier, travailler et lire» (ora, labora et lege). D’abord la prière, qui indique le primat de Dieu dans la vie personnelle et communautaire des moines. Puis le travail: la fatigue quotidienne qui assure la nourriture pour vivre et partager avec ceux qui n’en ont pas. Enfin, la lecture: lire, étudier, soigner son éducation, approfondir les connaissances… C’est grâce aux monastères qu’une grande partie de la littérature ancienne est arrivée jusqu’à nous. Le livre, le journal, renvoie au papier nécessaire pour son impression. Près de 4 milliards d’arbres dans le monde entier sont abattus chaque année pour fabriquer du papier. Heureusement, la plupart des arbres utilisés pour le papier proviennent de forêts d’arbres qui sont plantés et renouvelés à cette fin. Aujourd’hui, la science offre des moyens fabuleux pour approcher un livre, un journal, enfin, un papier écrit. Surtout, le livre électronique. Il est désormais possible de disposer d’une bibliothèque de centaines de livres dans un lecteur qui ne pèse que 180 g et qui n’a qu’un cm d’épaisseur. Une sorte d’ardoise magique. Il n’y a plus, bien sûr, le plaisir de tourner les pages… 25 000 éditeurs de par le monde ont conclu un accord avec Google qui est en train de mettre sur la toile 15 millions de volumes repris de toutes les littératures de la planète. Naturellement cela aura un prix: mais, à la fin, lire un livre coûtera moins cher qu’acheter une bouteille de bière. Neno Gaétan Yawo |