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C’est ce que Mgr Oscar Romero, Archevêque de la capitale de Salvador, répétait aux militaires. Le 24 mars 1980, il était victime d’un attentat. Pour que le pays fasse mémoire de cet homme extraordinaire, en février dernier les Députés du Salvador, avec 56 votes favorables sur 84, ont décrété que le 24 mars soit la «Journée de Mgr. Oscar Romero.»
El Salvador, c’est un pays de l’Amérique Centrale, baigné par l’Océan Pacifique, d’une superficie de 21.041 km2 et avec 7 millions d’habitants. L’économie est basée essentiellement sur l’agriculture. Une minorité de latifundistes (= gros propriétaires des terres) contrôle presque la totalité de la production, qui est envoyée à l’étranger. Les principaux produits agricoles sont les suivants: le café, le coton, la canne à sucre, le maïs, le riz, etc. Les principaux partenaires commerciaux du pays sont les USA, suivis du Guatemala, de l’Espagne, de l’Allemagne et du Japon. L’amélioration des conditions de vie des habitants du Salvador (le PIB annuel est de 6.000 dollars par habitant) s’est accentuée à partir de 1992, lors des Accords de paix, qui ont mis fin à la guerre civile, qui avait duré 12 ans et qui avait fait plus de 100.000 morts.
Guerre civile Pourquoi la guerre civile? Il est donc nécessaire de connaître un peu l’histoire de ce pays. En 1931, le général Maximiliano Martinez s’empare du pouvoir par un coup militaire. La situation sociale était explosive. En effet, suite à la crise économique de 1929, le prix du café, principal produit du pays, chute énormément. Ce qui a provoqué une révolte paysanne, en 1932. Martinez réprime cette révolte en tuant presque 30.000 paysans, surtout indiens. Leur leader, Farabundo Marti, qui se proclamait communiste, est aussi tué. La violence s’installe à El Salvador, où une petite minorité est au pouvoir avec l’appui des militaires. A la fin des années 70, les violences entre groupes d’extrême droite et d’extrême gauche et l’armée s’accentuent. Le Gouvernement militaire en place est renversé en 1979 et la Junte Révolutionnaire Gouvernementale prend le pouvoir. Mais l’extrême droite, l’extrême gauche et l’oligarchie (= latifundistes) qui contrôle l’économie, refusent la collaboration et les violences se poursuivent. C’est la guerre civile, où tout était permis.
Les pelotons de la mort C’est dans cette situation tragique que le ministère de Mgr. Oscar Romero se déploie. Romero était né au Salvador en 1917. Devenu prêtre en 1942, il est nommé curé à Jucuarán. Il se manifeste immédiatement comme un bon berger d’un peuple qu’il écoute et qu’il guide avec compassion. Il est nommé archevêque de la capitale San Salvador en 1977. On comptait sur lui (surtout le Saint Siège) pour calmer les esprits et chercher à tout prix la solution à la violence et à l’exploitation endémique. Peu après sa nomination, le 12 mars 1977, son grand ami le p. Rutilio Grande, jésuite, est tué par les «pelotons de la mort», groupes paramilitaires possédant de forts liens avec l’armée. La mort tragique du p. Rutilio Grande a fortement affecté Mgr. Romero. Et il s’engage à conduire l’Eglise vers la lutte contre les oppresseurs et l’élimination de la violence. Il a dit: «Une Eglise qui ne s’unit pas aux pauvres et, à partir d’eux, ne dénonce pas les injustices commises contre eux, n’est pas la véritable Eglise de Jésus Christ.» Il a dit encore: «Les torturés et les assassinés sont de nouveaux Christ mis à mort par le péché». Chaque dimanche, dans sa cathédrale ainsi qu’à la radio diocésaine, Mgr. Romero dénonce les exactions commises par la Junte militaire au pouvoir, les massacres, les assassinats et autres atteintes aux Droits de l’Homme. Soutenu par des dizaines des milliers de simples chrétiens, il continue sur ce chemin de ministère prophétique, acquérant peu à peu une notoriété et une audience nationale et internationale. Mais il était conscient aussi des dangers. «S’ils me tuent – disait-il, - je ressusciterai dans le peuple salvadorien». Et de rajouter: «Nous accomplissons dans notre vie une fraction minuscule de l’entreprise magnifique qu’est le travail de Dieu. Nous plantons les graines qui un jour croîtront». Il a eu le courage, la veille de son assassinat, durant une homélie, d’inviter les militaires à refuser les ordres qui les obligeraient à tuer. «Je fais appel à vous, - a-t-il dit - membres de la Garde Nationale, soldats, policiers, vous qui faites partie de notre peuple. Ces paysans que vous tuez, ce sont vos propres frères. Tout ordre injustifié d’un homme qui vous demande de tuer est subordonné à la loi de Dieu qui dit: ‘Tu ne tueras pas’. Aucun soldat n’est tenu d’obéir à un ordre immoral, contraire à la loi de Dieu. Il est temps d’obéir à votre conscience… Au nom de Dieu, au nom du peuple qui souffre et qui crie vers le ciel, je vous implore, je vous supplie, je vous ordonne: cessez la répression!» Et ce qu’il prévoyait arriva. Le 24 mars 1980, il était en train de célébrer la messe dans la chapelle de l’hôpital «La Divine Providence» de San Salvador. Après avoir lu l’évangile, il a commencé à parler ainsi: «Cette Eucharistie est vraiment un acte de foi. Pour la foi chrétienne, les luttes et les violences se transforment dans le corps du Seigneur qui se donna pour le salut du monde, et ce calice de vin se transforme dans le sang qui a été le prix de notre rédemption. Que ce corps immolé et ce sang versé pour l’humanité nous fortifie, afin que nous soyons capables de donner notre corps et notre sang dans la souffrance et dans la douleur, comme le Christ, non pas pour nous-mêmes, mais pour contribuer à donner plus de justice et de paix à notre peuple.» Il venait juste de terminer son homélie et commencer les prières de l’offertoire, quand des coups de feu ont retenti et Mgr. Romero tombait à terre dans une flaque de sang, tué par une balle au cyanure, tirée par les « pelotons de la mort ». L’ordre était venu de Roberto d’Aubuisson, un des ténors du régime en place.
Des valeurs Mgr. Oscar Romero: un martyr. Il avait osé prendre ouvertement position pour les pauvres et les opprimés de son pays. Il avait osé dénoncer publiquement les actes de répression contre les organisations paysannes et populaires, et s’attaquer au régime militaire qui les écrasait pour protéger les intérêts de quelques familles de riches propriétaires terriens. Il avait osé se porter à la défense de milliers de gens qu’on emprisonnait et assassinait sans vergogne. Il a toujours prêché la justice, la paix, la non violence, le dialogue, le partage. Ce sont des valeurs évangéliques qui font de Mgr. Oscar Romero un martyr et donc un saint. Mgr. Gregorio Rosa Chavez, évêque auxiliaire de San Salvador, face à la prudence de certains, a proclamé haut et fort que « Mgr. Romero, pour nous, est bien un martyr.» Jean Paul II aussi, en visite au Guatemala en 1996, a reçu la liste des martyrs d’Amérique Centrale du XX siècle, et Mgr. Romero y était inclus aussi. Lors du Synode des Evêques pour l’Amérique Latine en 1997, il a parlé ouvertement de Mgr. Romero comme d’un martyr. En mai 2007, Benoît XVI, dans l’avion qui le conduisait au Brésil, en répondant aux questions des journalistes, a dit ces mots: «Le procès de béatification de Mgr. Romero avance très bien. Il était un homme de grande vertu chrétienne, qui s’était dévoué en faveur de la paix et contre la violence. Il a été tué au cours de l’Eucharistie. C’était donc une mort véritablement incroyable, un grand témoignage de foi». Treize ans après la mort de Mgr. Romero, le mouvement des jeunes des Oeuvres Pontificales Missionnaires a choisi, en 1993, la même date pour commémorer chaque année les missionnaires martyrs. Mgr. Oscar Romero, un martyr, un saint! Tonino Falaguasta Nyabenda |
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