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Sœur Lucie Tokoyo Buna, originaire de Tadu, dans la Province Orientale de la RDC, est une missionnaire combonienne rentrée du Brésil où elle a travaillé neuf ans.
Sœur Lucie, comment est née votre vocation ? Mon parcours? Au commencement, ça a été sans doute le contact avec les missionnaires comboniens qui dirigeaient la paroisse de Tadu. A Isiro, où je suis partie pour continuer les études, j’ai connu, là aussi, les missionnaires comboniens. J’étais attirée par la vie, la cohérence, la donation totale de Comboni, qui se résument dans ses paroles «Sauver l’Afrique par l’Afrique».
Après vos années de préparation, vous êtes donc partie? Oui, j’ai été envoyée au Nord-est du Brésil, dans la région de Rondonia, dans la ville de Cacoal. C’est une ville qui a son martyr, le P. Ezéchiel Ramin, missionnaire combonien, tué en 1985 par des sicaires à la solde des latifundistes, parce qu’il défendait le droit des gens à disposer de la terre pour cultiver et vivre. Les gens s’étonnaient de voir une Africaine parmi eux. A mon arrivée, en remplacement d’une consœur, on m’a confié la responsabilité du Centre de formation pastorale, au niveau diocésain. Mon service comprenait aussi la catéchèse, la liturgie, la pastorale des prisonniers, etc.…
Est-ce que vous avez rencontré des difficultés dans cette nouvelle réalité? La première difficulté c’était, naturellement, l’apprentissage de la langue. Il faut du temps et de la patience pour bien l’apprendre. Souvent, les affiches sont alléchantes, vous trouvez des livres et méthodes avec des titres tels que: «Le Portugais en 10 leçons», ou «Le Portugais sans peine». Ce n’est pas toujours vrai. Pour bien apprendre une langue, il faut peiner. Une autre difficulté initiale a été celle de l’organisation pastorale, qui est tout à fait différente de la nôtre, en RDC. Au Brésil, c’est la Conférence épiscopale qui trace le programme pastoral et donne les thèmes et directives que toutes les paroisses devront suivre. Au début, je n’ai pas eu la possibilité de suivre des cours d’initiation et vu que la paroisse comptait 62 communautés de brousse et autres 21 au centre, je me suis trouvée directement immergée dans la pastorale et j’ai dû apprendre à me déplacer en moto.
Quelles sont les réalités brésiliennes qui vous ont frappée le plus? Dès mon premier long voyage de deux jours et deux nuits en autobus de Sao Paulo jusqu’en Rondonia, j’ai été frappée par le fait que tous les terrains au bord des routes sont délimités et clôturés avec du fil barbelé. Pour signaler qu’ils sont des propriétés privées. Pendant ces voyages, il y a parfois le risque de tomber dans des embuscades tendues par des bandits. Cela m’est arrivé une fois. Notre bus a été bloqué et détourné dans la forêt, où les bandits ont pris tout ce que nous avions. Les gens sont souvent armés et un litige ou une simple injure peut déchaîner des affrontements violents. Une autre réalité, très belle celle-ci, c’est que la population brésilienne est un vrai mélange de races. En me voyant, les gens me prennent pour une Sœur brésilienne. Je le dis parce que la présence afro-brésilienne (les descendants des esclaves venus d’Afrique) est très forte. Les gens s’organisent pour défendre leurs droits, pour exiger des changements. Les femmes savent s’organiser, être solidaires et unies mieux que les hommes, et pour défendre leurs principes.
Notre Eglise du Congo s’est sans doute inspirée de la vivacité de l’Eglise brésilienne. On pense, en particulier, aux CEVB (communautés ecclésiales vivantes de base). Le Brésil a une grande expérience dans ce domaine. Les CEVB brésiliennes aujourd’hui encouragent aussi la conscientisation et la défense des droits de l’homme, surtout quand il s’agit du bien commun comme, par exemple, la terre, la défense des communautés indigènes, etc. Les gens comprennent que sauver la nature, c’est sauver la vie des hommes et le futur de la nation, et pour cela, ils se forment eux-mêmes et informent sur les différents aspects et défis et luttent ensemble dans des associations. Ils éditent des brochures, organisent des rencontres, projettent des films, pour informer les populations sur les biens et les richesses de leur milieu. Ils les mettent en garde contre la rapacité de certaines multinationales, sur la privatisation. Il ne faut pas attendre, car plus on attend, plus les dégâts deviendront irréparables.
Fr. Duilio Plazzotta |
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Il ne faut pas attendre |