Comme écrivain, elle a écrit en afrikaans et en anglais des poèmes, des romans, des nouvelles sur la vie socio-politique de son pays. Ses thèmes préférés pour les poèmes portent sur l’apartheid et le rôle de la femme. Féministe combattante, elle était engagée dans la lutte anti-apartheid et pour l’avènement d’une société juste et égalitaire en Afrique du Sud. Son œuvre littéraire est essentiellement l’expression de l’opposition non-violente au système séparatiste et raciste qui se radicalisait dans le pays. Ce faisant, elle marchait à contre-courant des options de la communauté des Afrikaners, dont elle était issue.

 

Dans mon beau pays

Née le 23 octobre 1952, dans l’Etat libre d’Orange, une province au centre du pays, Antjie Krog est issue d’une famille d’écrivains; elle a grandi dans une ferme. Ses parents faisaient partie de la communauté des Afrikaners, qui constituent le groupe le plus important parmi les Blancs sud-africains et qui étaient les plus nombreux parmi les partisans conservateurs du système d’apartheid.

Encore jeune et notamment à l’âge de 17 ans, Antjie a prouvé qu’elle était choquée par le système séparatiste et raciste de l’apartheid et qu’elle n’était pas d’accord avec les options et les comportements de sa communauté d’Afrikaners, en publiant, dans le journal de son école secondaire un poème percutant sous le titre de «mon beau pays». Ce poème a profondément bouleversé et interpellé les Afrikaners; il a également attiré l’attention de nombreux Sud-Africains blancs sur l’ignominie du système d’apartheid.

Dans ce poème écrit en afrikaans, la jeune poétesse souligne entre autre ceci:

«Voyez, je me fais un pays… Où Noirs et Blancs, main dans la main, vivront et travailleront en paix et avec amour... dans mon beau pays» (traduction de Georges-Marie Lory, dans son livre sur Antjie, paru en 2006). Après sa licence en anglais obtenue en 1973 à l’Université de l’Etat libre d’Orange et une maîtrise en afrikaans de l’Université de Pretoria en 1976, Antjie est aussi diplômée en sciences de l’Education de l’Université de l’Afrique du Sud (Unisa). Au terme de son cycle de formation universitaire, elle a opté d’enseigner dans l’Université pour les Noirs, car le système de discrimination raciale n’avait épargné aucun secteur de la vie.

Mariée, mère de 4 enfants et grand-mère de 3 gosses, elle est également une véritable universitaire qui, pour le moment, est engagée dans la lutte pour la promotion de la femme sud-africaine. Son mari, John Samuel est architecte dans une grande firme de construction des logements décents, au Cape Town, où le couple habite.

Depuis 2004, la poétesse enseigne la littérature à l’Université du Cap Occidental, où elle anime aussi des ateliers de production littéraire en afrikaans et en néerlandais. La même année, elle a été proclamée «Doctor Honoris Causa» des Universités de l’Etat libre d’Orange et de Stellenbosch. Elle a aussi l’honneur d’être élue cette année-là, au numéro 75 de la liste des 100 plus grandes personnalités sud-africaines de tous les temps. Le vote a été organisé par la plus grande chaine sud-africaine de radiodiffusion et de télévision. Sur cette liste, on trouve des personnalités comme Mandela, De Klerck, Thabo Mbeki, Chaka Zulu, Desmond Tutu, Gandhi, Myriam Makeba, etc.

 

Une œuvre multiforme

L’œuvre d’Antjie Krog est multiforme et multidimentionnelle: il y a d’abord l’œuvre poétique qui comprend 9 recueils de poèmes, dont 8 en afrikaans et 1 en anglais. Les meilleurs de ces poèmes, au nombre de 115, sont regroupés par thème et publiés en 2009 dans une Anthologie. Le tout premier poème date de 1970, comme nous l’avons déjà signalé et parmi les meilleurs, nous mentionnons les poèmes ci-après: «Les pèlerins de Jérusalem» en 1985; «Lady Anne» en 1989; «La couleur ne vient pas seule» en 2000; et deux ans après, elle a publié «Avec des mots comme avec des bougies». Dans cette œuvre littéraire poétique, Antjie compte aussi une bonne série de poèmes destinés aux enfants pour leur inculquer des valeurs intellectuelles, morales et spirituelles.

Cependant, comme on dit qu’on ne jette des pierres qu’à un arbre qui porte des fruits, Antjie a été l’objet des critiques acerbes de la part d’autres écrivains de son temps. Ainsi en février 2006, le poète Watson l’a accusée d’avoir plagié une partie de son livre intitulé «Return of the Moon». Il a ajouté qu’elle a plagié le livre d’un autre poète qui s’appelle Ted Hughes. Toutes ces accusations ont été rejetées et réfutées par la poétesse.

 

Les ouvrages les plus connus.

A côté de la poésie, Antjie Krog a aussi écrit et publié des livres en prose, dont les plus connus sont surtout: «Country of my Skull» (La douleur des mots) en 1999 et «A change of Tongue » ( En changeant de langue), en 2004. Le premier est une chronique sur la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), qui a été instituée par le gouvernement Mandela et présidée par Mgr Desmond Tutu, pour rétablir la vérité sur les atrocités commises durant le système d’apartheid. Le but final était d’aboutir à la réconciliation entre les victimes et les bourreaux d’hier, en vue d’aboutir à une paix durable. De ce livre, on a tiré un film intitulé « In My Country » (Dans mon pays) et réalisé par Ann Poacock.

Le second livre écrit en prose en anglais et publié en 2004 évalue l’évolution de la situation dans le pays, dix ans après l’abolition de l’apartheid. C’est aussi une réfle-xion sur les changements intervenus depuis l’organisation des premières élections démocratiques.

Avec humour, des exemples concrets et historiettes vécues, l’écrivain commente la lutte pour l’identité, la méfiance entre Blancs et Noirs et enfin le difficile changement.

Outre son œuvre littéraire proprement dite, Antjie a aussi publié des traductions des ouvrages d’autres écrivains. Elle a ainsi traduit de l’anglais en afrikaans l’autobiographie de Nelson Mandela intitulé «Long Walk to Freedom» (Longue Marche vers la Liberté, publié en 2001). L’ouvrage qui est disponible actuellement en français aussi, retrace l’itinéraire de la lutte des Sud-Africains vers l’avènement de la démocratie et de l’indépendance. La poétesse a traduit également du néerlandais en afrikaans, en 2002, la pièce de théâtre du Belge flamand Tom Lanoye, intitulé «Mama Medea».

Comme journaliste, elle a d’abord travaillé dans un journal, dont le titre était «Die Suid Afrikaan » et qui était publié en afrikaans, mais qui est disparu aujourd’hui. Puis elle a été reporter à la Télévision SABC et s’est fait remarquer par ses brillants reportages sur la Commission Vérité et Réconciliation.

 

Des mérites reconnus

Toute cette œuvre littéraire de Antjie Krog est couronnée par de nombreux prix littéraires et distinctions honorifiques, qui lui sont décernés par des organismes sud-africains et étrangers. Sur la liste des 11 prix qu’elle a obtenus, il y a lieu de relever le Prix Hertzog reçu en 1990 pour sa poésie «Lady Anne»; le Prix de la Fondation Hiroshima Peace Culture reçu en 2000 et surtout le Prix Alan Paton obtenu en 1999 pour «Country of my Skull». Ce prix est institué pour honorer le grand écrivain sud-africain Alan Paton, mort en 1988 et qui avait publié, en 1948, un roman sensationnel sous le titre «Pleure, ô mon Pays bien-aimé».

Ce roman a attiré l’attention du monde entier sur le système séparatiste qui s’enracinait dans le pays. C’était le début de la littérature de combat et de résistance, en Afrique du Sud contre la ségrégation raciale, dont le fantôme continue de tourmenter les Sud-Africains.

Dans son discours à l’occasion de la commémoration de l’indépendance du pays le 27 avril 2010, le président Zuma a lancé un vibrant appel à la nation afin de combattre avec énergie la résurgence de l’apartheid.

 

Louis Kalonji

Une société juste

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