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L’Afrique du Sud post-apartheid fait face à un tel afflux d’immigrants venant d’Afrique, d’Asie et d’Europe Orientale qu’on croirait à un véritable tourbillon humain. Parfois la cohabitation pacifique n’est pas possible et les violences xénophobes prennent la place.
L’Afrique du Sud, en tant que pays émergent dont la croissance est positive depuis plusieurs années, est considérée aujourd’hui par presque tous les pays africains comme un « Eldorado ». Ce pays exerce actuellement une grande attraction sur ceux qui recherchent des meilleures conditions de vie. Ainsi, d’après des statistiques de 2001, l’Afrique du Sud a accueilli 345.161 immigrés venus d’autres pays africains. Ce chiffre d’ailleurs ne tient pas compte des clandestins qui entrent par plusieurs voies non contrôlées, le pays ayant des frontières poreuses avec cinq nations différentes. Au nombre des Africains étrangers qui ont choisi l’Afrique du Sud comme leur seconde patrie, les plus nombreux sont les voisins Zimbabwéens et Mozambicains; viennent ensuite des Nigérians, Somaliens, Ethiopiens, Zambiens, Camerounais, Congolais, Gabonais, Angolais, Rwandais, Burundais, etc. Les Congolais de la RDC, dont le nombre est estimé à près de 500.000, résident surtout à Jobourg (quartier Yeoville), à Durban, à Pretoria et au Cape Town. D’autres immigrés viennent en masse des pays d’Asie : Inde, Chine, Pakistan, Bangladesh, etc. Le pourcentage de la population étrangère par rapport à la population globale du pays (49,5 millions) est évalué à 10%, soit environ 5 millions.
Immigrés Il convient de distinguer deux catégories d’immigrés: d’une part les réfugiés et demandeurs d’asile, et d’autre part les immigrés habituels à la recherche d’un boulot ou pour des raisons d’étude. La législation sud-africaine en matière d’immigration comprend aussi deux principales lois qui sont: Refugees Act 1998 pour les réfugiés et Immigrantion Act 2002 pour les immigrants habituels. Cette législation préconise la protection et la défense des immigrés et des réfugiés dans le pays. Mais la procédure pour obtenir des documents de séjour s’avère très compliquée, et beaucoup d’immigrés ne s’en sortent pas facilement. D’où la misère de tous ces gens qui affluent en Afrique du Sud; et parmi lesquels on trouve des étudiants d’enseignement supérieur ou universitaire; des hommes d’affaires et des entrepreneurs qui investissent dans des petites et moyennes entreprises; des médecins; des ouvriers qualifiés, etc. La plupart de ces immigrés contribuent sans aucun doute au progrès socio-économique du pays hôte. En guise d’exemple, 22% des réfugiés ont suivi de hautes études et travaillent maintenant au service du pays ; tandis que 34% d’immigrés emploient des Sud-Africains. Plusieurs font venir de l’argent de leurs pays d’origine pour bien vivre sur place. Cet afflux des étrangers fait peur aux Sud-Africains, qui craignent de s’enfoncer davantage dans la pauvreté et le sous-développement, et qui accusent les immigrés de venir voler leurs emplois et d’être à l’origine du taux élevé de criminalité, de chômage, de Sida ; et surtout de bénéficier des services sociaux gratuits, qui sont accordés par le gouvernement. Dans un hôpital de référence de l’Etat, une infirmière demandait à une dame étrangère malade: «Que venez-vous faire ici? Restez chez vous»! Tous les maux auxquels la population locale est confrontée, sont attribués aux immigrés, qui sont devenus indésirables. D’où, une forte répulsion, qui frise le mépris et la haine à l’égard de l’étranger. D’après un membre de l’Amnesty International qui avait mené une enquête sur le phénomène, certains dirigeants du pays ne sont pas étrangers à la montée de la xénophobie. Un ancien ministre de l’Intérieur et un ancien ministre de la Sécurité du gouvernement de Thabo Mbecki avaient eu des propos très violents à l’égard des immigrés, à l’occasion d’un point de presse locale.
Violences xénophobes Du sentiment de mépris et de répulsion envers les étrangers, surtout les Africains, la population en est arrivée aux violences xénophobes dans certaines villes du pays. Ces violences sont récurrentes depuis ces trois dernières années. En 2008, les attaques xénophobes ont débuté le 11 mai dans la township (bidonville) d’Alexandra à Jobourg et se sont étendues à toute la ville d’abord, et à tout le pays ensuite (dans 7 provinces sur 9). Pendant ces violentes attaques qui ont duré 2 semaines de tueries, viols, lynchages, incendies et pillages des biens des immigrés, ceux qu’on croyait être des amis devenaient des ennemis. Par leur atrocité, ces violences xénophobes ont donné une image choquante et embarrassante de l’Afrique du Sud. La Fédération Internationale des Ligues de défense des droits de l’homme et d’autres organisations de la société civile ont condamné fermement ces attaques xénophobes. Dans le pays même, des voix se sont levées pour condamner ces actes inhumains. Cette année, les violences devaient éclater au lendemain de la clôture des manifestations de la Coupe du monde. Elles devaient débuter à Jobourg (dans les townships d’Alexandra et de Tembisa) ; à Pretoria (dans la township de Soshanguve) et au Cape Town (dans les townships de Khayelitsha et de Gugulethu). Le Conseil des Eglises chrétiennes d’Afrique du Sud, qui était au courant des informations sur ces violences, s’est indigné de constater que les dirigeants du pays les minimisaient. Mais la grande question qui se pose est celle de savoir pourquoi cette vague des violences xénophobes et quelle est la vraie cause de ces attaques. Certaines personnes estiment qu’il s’agit de violence entre pauvres. Les Sud-Africains des quartiers pauvres s’en prennent aux étrangers pauvres qui habitent leurs quartiers. Certes, parmi les immigrés, beaucoup vivent misérablement, sans travail et sans ressources; il y en a même qui passent des nuits dans des parcs, les logements coûtant très cher. Cependant, d’après certaines organisations de défense des droits humains, ces attaques auraient pour but de saper le prestige international de l’Afrique du Sud ; elles illustrent l’affaiblissement des structures politiques et administratives du pays sur le terrain. Tout le monde s’étonne comment le gouvernement n’ait pu être informé exactement sur la préparation de ces violences, afin de les prévenir et les empêcher! Pour mettre un terme à ces violences contre les étrangers, les observateurs avertis préconisent d’abord une action forte, immédiate et visible ; ainsi la première mesure à prendre serait de faire respecter d’abord la loi, et puis condamner les criminels. En outre, puisque la simple répression de ces violences xénophobes peut s’avérer insuffisante à éradiquer le mal, les analystes de la situation recommandent au gouvernement de s’engager pour doter le pays des structures efficaces qui auront la confiance de la population. Enfin, l’éducation populaire à la tolérance et au respect de l’autre est à renforcer. C’est dans ce cadre que le Maire de la ville de Jobourg, Amos Masondo, s’est adressé aux résidents de la zone d’Alexandra en disant: «C’est vraiment mauvais d’attaquer les étrangers, car certains parmi eux viennent des pays qui ont accueilli et protégé les Sud-Africains pendant la lutte contre l’apartheid. Nous sommes des frères et des sœurs ».
Expulsions massives Aux violences xénophobes, s’ajoutent des expulsions des étrangers sans papiers qui ont été massives avant 2006. En effet, selon Sarah Motha, membre d’Amnesty International, l’Afrique du Sud a expulsé, entre 1991 et 1999, 500.000 sans papiers, en majorité des Africains. La même source précise qu’en 2004, 167.137 clandestins ont été expulsés contre 177.299 en 2005. Ainsi, à l’instar d’autres pays africains (voir le cas récent de l’Angola et de la RDC), l’Afrique du Sud expulse chaque année des dizaines des milliers d’immigrés, surtout africains. Certains parmi ces expulsés sont des clandestins et des sans papiers, mais beaucoup d’autres seraient arrêtés et gardés au centre de Lindela, puis reconduits à la frontière, alors que leur titre de séjour est en règle. Ces expulsions jointes aux violences xénophobes ne sont pas de nature à favoriser l’intégration continentale et régionale. Le pays de Nelson Mandela qui a l’ambition de jouer un rôle de premier plan au sein de la SADC et des autres organisations régionales pour l’intégration devrait bannir la xénophobie ostentatoire et les expulsions massives des immigrés. Il faudra surtout que l’Afrique du Sud admette que tous ces immigrés, en particulier ceux qui ont une qualification et apportent une expertise, contribuent réellement au développement socio-économique du pays. L’intégration africaine est possible et devrait devenir une réalité, et dépasser le niveau d’un simple slogan. Pour cela, les échanges socioculturels et économiques devraient être renforcés entre les peuples, qui sont appelés à se côtoyer et se soutenir pour le développement social et économique de leurs nations. Louis Kalonji
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Cohabitation difficile |