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Mgr Gabriel Charles Palmer Buckle, archevêque d’Accra et president intérimaire de la conference épiscopale du Ghana, parle de l’Eglise ghanéenne en marche vers ses 125 ans d’existence. Une Eglise qui petit à petit deviant véritablement africaine.
«L’Afrique doit être évangélisée par les Africains». Est-ce le cas aujourd’hui, au Ghana? En fait, c’était en 1969, lors de la création du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar, dont la XVème édition a eu lieu à Accra du 27 juillet au 1 août dernier, que le pape Paul VI avait déclaré: «Vous pouvez et devez avoir un christianisme africain».
Et c’est ce qui se passe au Ghana? En grande partie oui, tout à fait. Nous avons aujourd’hui 19 diocèses au Ghana, et tous les évêques sont Ghanéens. Il y a, en effet, des diocèses au Ghana qui, depuis quatre générations, ont un évêque ghanéen. Le dernier évêque étranger a quitté les côtes du Ghana au début, je crois, des années 70.
Quelle a été l’importance de ces premiers missionnaires pour l’Eglise du Ghana? Nous devons rendre grâces à Dieu pour eux. Les pères de la Société des missions africaines (SMA) ont commencé à œuvrer en 1880. Ils ont été les premiers à arriver dans le sud, à Elmina près de Cape Coast, sur la côte, et ont amorcé une évangélisation progressive le long de la côte, jusqu’au nord. Nous devons rendre grâce à Dieu pour leur ténacité et persévérance.
Et aujourd’hui? Selon les statistiques, dans notre pays il y a 1400 prêtres, dont environ un millier sont Ghanéens, natifs du pays. Il y a environ 800 religieuses, dont la moitié ou plus sont ghanéennes. Nous avons quelque 600 frères religieux, dont plus de la moitié sont également ghanéens.
Il y a donc une grande espérance pour l’Eglise locale? Oui, une très grande espérance. Le pays compte une population de quelque 22 millions d’habitants, dont un peu moins de 20% sont catholiques. Les protestants - anglicans, méthodistes, presbytériens, baptistes et autres - représentent environ 18% de la population, légèrement moins que les catholiques; les musulmans environ 16%, les pentecôtistes représentent aujourd’hui 24 % de la population, or ils ne sont arrivés qu’en 1929. Ainsi le Ghana compte plus de 60% de population chrétienne.
Le peuple ghanéen a un grand amour pour la Parole de Dieu. D’où vient-il? Les gens connaissent les Ecritures. Je voudrais dire que nous devons beaucoup aux Eglises protestantes, et en particulier aux pentecôtistes, pour avoir contribué à renforcer l’amour de la Parole de Dieu, des Ecritures, de la Bible; mais j’ajoute aussi que nous œuvrons ensemble dans un cadre œcuménique.
Le Ghana n’est pas que chrétien, il y a encore beaucoup de religions traditionnelles. D’après notre dernier recensement, qui a eu lieu en l’an 2000, seulement 8% environ de la population adhèrent encore fermement à la religion traditionnelle. Ce que nous admirons en eux, c’est leur respect de la création, leur respect de l’écologie pour laquelle, malheureusement nous chrétiens n’avons qu’un intérêt mitigé, et c’est regrettable. Une autre chose que nous devons leur reconnaître, c’est qu’ils ont maintenu notre structure de gouvernement et d’organisation traditionnelle. Ils ont préservé l’unité de la famille, le respect dans la famille entre père, mère, parents et enfants.
Devenir chrétien signifie parfois abandonner des usages traditionnels. Oui, jusqu’à Vatican II, selon la mentalité courante tout ce qui était traditionnel était soumis à un jugement sévère. Grâce à Vatican II, l’Eglise nous invite aujourd’hui à apprécier les valeurs de notre culture. Après tout il y a de nombreuses similitudes dans les rites traditionnels, dont le christianisme peut profiter.
Quels sont les éléments de la tradition que l’Eglise invite à corriger? La polygamie, par exemple? Il y a là des aspects très positifs et d’autres négatifs - du fait de la faiblesse humaine, les aspects négatifs ont éclipsé parfois les positifs, dans la polygamie par exemple. Quand un homme a été marié à deux ou trois femmes et a des enfants, ils travaillent tous à la ferme avec lui. Ils ont acquis le bien ensemble. Les enfants font plus ou moins partie de la main d’œuvre. Or, la difficulté du christianisme est de devoir dire à l’homme: renvoie deux de tes femmes... Une fois qu’ils ont accepté l’évangile, on doit les accompagner pour qu’ils grandissent dans la connaissance de leur foi et de ses èxigences. La polygamie et certains rites du veuvage, et d’autres choses encore qui peut-être ne sont pas conformes à la foi catholique ou chrétienne, doivent être soumis à un examen sérieux. Propos recueillis par Mark Riedemann |
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