Nâgaland est l’un des « sept Etats frères » du Nord-Est de l’Inde, aux confins de la Birmanie à l’Est, et des montagnes de l’Himalaya, au Nord. Aujourd’hui, il est le seul Etat de l’Inde dans lequel 90 % de la population est chrétienne. Mgr José Mukala, évêque catholique de Kohîma, évoque l’histoire du christiannisme dans la région de Nâgaland.

 

Quelle a été votre première impression quand vous avez débarqué pour la première fois au Nâgaland?

En effet, c’est de 1967 que date ma première visite au Nâgaland. J’ai été surpris de trouver des églises dans chaque village que nous traversions. Nous étions remplis de joie de rencontrer des chrétiens partout, de voir les églises surplombant les villages, tous les villages.

 

Est ce que les début de l’évangélisation ont été difficiles?

Je ne pense pas que cela ait été difficile car, aux dires des missionnaires chrétiens baptistes, ils ont été bien accueillis. Par leurs contacts avec les gens d’Assam, les Nagas ont découvert le progrès et le développement et ont pensé que le christianisme favoriserait ce développement dans leurs vies. Ils ont vu dans le christianisme quelque chose de plus attrayant et plus intéressant que la culture hindoue. Je n’en connais pas les raisons, mais peut-être que la multiplicité des dieux et autres aspects du bouddhisme ne les attiraient pas. L’autre intérêt était peut-être l’instruction. Les missionnaires parlaient souvent d’instruction, d’éducation. Cela a sans doute été l’autre raison de l’accueil qu’ils ont réservé aux chrétiens.

 

Les missionnaires catholiques n’ont pas été les premiers à œuvrer au Nâgaland.

Oui, le Conseil mondial des Eglises avait subdivisé la région, l’attribuant à différentes confessions, et les catholiques n’ont pas eu leur place. C’est ainsi que certaines zones au Nord-Est ont été attribuées aux luthériens, d’autres aux presbytériens, tandis que le Nâgaland, le Manipur et la partie haute du Mizoram étaient affectés aux baptistes qui venaient surtout d’Amérique.

Ils ont fait du bon travail. Ils sont allés dans tous les villages et ils ont traduit la Bible dans les différentes langues tribales. Que cette traduction soit parfaite, cela reste à prouver, mais c’est celle que nous utilisons toujours.

La scolarisation est-elle importante pour l’accueil de l’Eglise catholique dans ces villages?

Il y a des écoles laïques dans chaque village. La qualité de nos écoles et de notre système scolaire est très appréciée. En plus nos écoles sont beaucoup plus ouvertes aux moins fortunés.

La pauvreté et la faim sont-elles toujours un problème?

Je ne dirais pas que la faim représente un problème majeur au Nâgaland, parce que les gens travaillent très dur. Ils travaillent dans les champs. Ils ont de quoi manger. La forêt est riche en nourriture et en animaux. Ainsi, autour de la forêt, ils pratiquent le “jhum”, ce que nous appelons la «culture itinérante, jachère», et ils ont ainsi toujours quelque chose à manger. Personne ne meurt de faim; peut-être que lorsque les champs sont détruits par la pluie ou les glissements de terrain, ces villages n’ont pas assez à manger; mais, dans ce cas, les autres villages leur viennent en aide et, nous-mêmes, les aidons. Mais c’est rare. Même si personne ne meurt de faim, ils ont du mal à gagner de l’argent, même lorsqu’ils ont un excédent de production, parce qu’ils n’ont pas la possibilité de transporter la marchandise jusqu’à un marché. Le transport a un coût. L’Eglise a pris des initiatives pour les aider à commercialiser leur excédent de production à travers notre centre d’aide sociale à Dimapur; nous avons des bureaux dans toutes les paroisses et avons pris certaines mesures, mais beaucoup reste à faire sur ce point.

 

Ils tirent donc toujours le diable par la queue?

Oui, leur existence reste précaire, ils travaillent très dur, mais ils se montrent très coopératifs et nous donnent ce qu’ils peuvent. Si l’on compare les quêtes et offrandes dans les autres églises du reste de l’Inde, je trouve que nos gens sont beaucoup plus généreux: le peu qu’ils ont, ils le partagent.

 

Quel est le plus grand défi de l’Eglise au Nâgaland?

Ma préoccupation constante est de les éduquer dans notre foi. Ils viennent d’un passé baptiste, et n’ont donc aucune idée des sacrements et de notre catéchisme, ou de notre doctrine; aussi nous portons nos efforts surtout sur la catéchèse.

 

Quel serait votre appel à l’Eglise universelle?

Je voudrais demander aux membres de l’Eglise du monde entier de se souvenir de nous dans leurs prières, pour que notre Eglise devienne une Eglise missionnaire active et que nous soyons en mesure d’envoyer nos propres missionnaires. En effet, nous avons déjà quelques Nagas dans les missions: Nous espérons que beaucoup d’autres fils originaires du Nâgaland, puissent aller dans les autres parties du monde.

(A.F.)

Ils le partagent

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